Pourquoi dans les entreprises françaises le e-learning représente seulement 10% du budget de formation?

par La rédaction

 

Malgré de nombreuses enquêtes, rapports, analyses et articles de presse affirmant de grands progrès dans l'apprentissage en ligne français, un examen plus attentif des faits révèle une absence inquiétante d’e-learning dans une grande majorité des entreprises françaises. Le secteur de l'éducation est également à la traîne loin derrière les Etats-Unis et les autres membres du G8 (2% d’e-learning éducatif en France contre 30% aux Etats-Unis).

Alors que le marché de l'apprentissage en ligne français a augmenté de 25% entre 2012 et 2013 pour atteindre 200 millions d'euros, le e-learning ne représente que 10% du budget total de la formation en entreprise en France. Cet article se penche sur les données et les raisons possibles pour expliquer ce « retard en e-learning » Français.

 

Données récentes

Voici les principales et les plus récentes sources chiffrées de données sur le marché du e-learning français:

  • Silk Road (2012)
  • Ambient Insight Research (estime le marché du e-learning mondial à 50 milliards d'euros en 2015)
  • Capital et Edxus Group (2013)
  • SIPA (2013)
  • CrossKnowledge avec Fefaur et IPSOS (2013), (Leur étude du e-learning européen a montré que les organisations de plus de 10.000 employés représentent 68% de l'usage professionnel européen du e-learning)
  • CEGOS (2013)
  • AFINEF (2014)

 

Ces études indiquent toutes une tendance positive pour l'apprentissage en ligne en France, avec une forte croissance (1500% en 10 ans) et le fait que de plus en plus d'entreprises se tournent vers des solutions d'apprentissage mixte. Cependant, les utilisateurs sont principalement les entreprises de plus de 1000 employés. Selon l'Insee seulement 125 entreprises en France disposent d'un personnel de plus de 2000 personnes, mais 37 000 sont enregistrées avec un effectif entre 50 et 200 employés. Nous savons que ce dernier groupe utilise rarement le e-learning et que 12% des responsables RH français s’opposent fermement à l'apprentissage en ligne.

 

Les données montrent également que la plus grande utilisation du e-learning est faite par les entreprises qui l’ont utilisé pendant plus de trois ans, avec une certaine maturité donc. Ceci diffère de l'Allemagne et du Royaume-Uni où le e-learning a un taux de pénétration beaucoup plus élevé parmi les nouveaux utilisateurs.

 

Dans une étude européenne de 2013, on nous indique que seulement 19% des salariés français ont déjà pris un cours d'apprentissage en ligne, contre 37% des Allemands, 42% des Britanniques et 57% des Espagnols. En outre, dans une autre étude, seulement 17% des entreprises françaises interrogées ont confirmé avoir formé plus de 50% de leur personnel en utilisant le e-learning, contre 40% au Royaume-Uni, Espagne et Benelux).

Il n'y a aucune preuve que la qualité du contenu ou le niveau de la technologie disponible en France soit un facteur dans ce « retard en e-learning », nous devons donc examiner des facteurs plus subtils présents sur le marché.

 

Qu’est-ce qui peut donc bien ralentir l’utilisation du e-learning dans les entreprises françaises ?

Pour commencer, regardons quelles sont les 4 raisons principales d’utilisation du le e-learning citées par les responsables de formation français :

  • La réduction des coûts de formation (avec une épargne moyenne sur les coûts directs de 35% rapportés en 2013)
  • Surmonter le problème de dispersion géographique
  • Proposer une formation « Juste à temps »
  • Atteindre un plus grand nombre d'employés

 

Absent de cette liste on note tout de suite les notions de qualité et de pertinence des contenus, ce qui est un premier indice. Les utilisateurs e-learning interrogés dans 400 entreprises françaises ont – de leur côté – montré être plus préoccupés par la qualité, la pertinence et l'exactitude du contenu des cours. Cela diffère de facteurs de satisfaction tels que des graphiques, le format et l'accessibilité, préférés par les utilisateurs dans d'autres pays européens. Ainsi, on remarque que la satisfaction des utilisateurs et la pertinence des cours proposés n'est pas cité comme l’objectif prioritaire des responsables de formation en France.

 

Les données montrent également que la majorité des contenus e-learning français concernent surtout l’informatique, l'apprentissage des langues et la formation « métiers », alors que le développement des compétences et du management est beaucoup moins développé qu’au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. La disponibilité de contenu principalement en anglais explique en partie ce problème de la pénétration.

 

Ce facteur est aggravé par le fait que les apprenants français ont tendance à être des gestionnaires  et des cadres qui feraient plus de e-learning si le contenu de développement des cardres était disponible en français. Les employés de plus bas profil, ne se voient quant à eux généralement même pas offrir l’accès au e-learning, ce qui explique aussi les taux d'utilisation encore inférieurs.

 

Deuxièmement, les enquêtes révèlent la passivité française pour l'apprentissage individuel par rapport à leurs homologues européens. Au Royaume-Uni, en Allemagne et en Espagne 70% des employés gèrent leur propre plan de formation et de prennent l'initiative, activement ; alors qu'en France seulement 50% des employés pilote pro activement son propre plan de développement.

 

Les enquêtes montrent aussi que les salariés français ne sont pas prêts à payer pour leur propre développement et comptent exclusivement sur leurs employeurs pour couvrir tous les coûts, tandis que les professionnels allemands et britanniques sont heureux d'acheter des cours d'apprentissage en ligne pour l'auto-amélioration, sans attendre que leurs employeurs leur disent ce qu'ils doivent apprendre.

 

Troisièmement, en France, les processus de gestion et d'évaluation du rendement sont beaucoup moins susceptibles d'être utilisés après que les employés aient suivi des cours d'apprentissage en ligne ; les DRH français et les responsables de formation admettent volontiers qu'ils ne mesurent pas les compétences acquises après une formation e-learning. C'est en partie parce que l'apprentissage en ligne est souvent déployé en dehors du département des ressources humaines. Nous savons que mesurer les progrès et les résultats est un facteur clé dans la motivation des utilisateurs d’e-learning.

 

Enfin, l'État est un facteur : tout ce manque de motivation pour l'apprentissage en ligne vient malgré la loi française sur les droits individuels à la formation (le DIF, le CIF et les règlements VAE) qui sont bien plus avancés que dans d'autres pays en Europe. Les lois françaises sur l'utilisation de l'apprentissage en ligne sont arrivées plus tard (vers 2009) contre 5 ans auparavant pour les autres pays comme l’Angleterre.

L'Etat français n'a pas encouragé activement le e-learning, notamment si on compare à l'Espagne (57% des salariés ont déjà utilisé le e-learning) où le gouvernement investit 8 euros par module e-learning et par employé. Un soutien financier du gouvernement serait également un facteur à prendre en considération.

 

Sally Ann Moore,

Directrice et fondatrice iLearning Forum

 

Au sujet de Sally-Ann Moore

Sally-Ann est la fondatrice et Directrice Générale d’une série mondiale de conférences et expositions dédiées aux eLearning. Elle a bâti sa carrière dans la recherche technico-économique, la gestion de projets, le conseil de gestion et plus récemment la gestion des compétences, la gestion de la performance et la gestion de la formation et le développement des ressources humaines.

Diplômée de l’Université de Manchester (Institute of Science and Technology), et titulaire d’un Master en Finance à l’INSEAD, la carrière de Sally-Ann a démarré au sein l’institut Batelle à Genève (de 1980 à 1986), prestigieux centre de recherche américain. Pendant six ans avec Batelle, Sally menait des programmes multi-clients de recherche technico-économiques. De 1986 à 1996, Sally-Ann a occupé le poste Directeur Européen pour le service de formation client de Digital Equipment. Enfin, avant de créer eLearn Expo en 2000, Sally a été Cofondateur et Responsable de développement d’affaires et de développement de nouvelles offres en services et produits eLearning chez Global Knowledge Network, la plus grande entreprise de formation informatique au monde.

En 2013 et en 2014 Sally-Ann a été nommée parmi les “TOP 10 Movers and Shakers” du e-learning en Europe

 

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