Recruter sans discriminer : les entreprises à l’épreuve

par La rédaction
.

Encore aujourd’hui, en France, à compétence égale, le nom et l’origine peuvent obliger à envoyer 4 fois plus de CV pour décrocher un entretien. Afin de lutter contre toutes les discriminations à l’embauche, le gouvernement a lancé une campagne « Les compétences d’abord », ainsi qu’une opération de « testing » auprès des entreprises afin d’encourager les bonnes pratiques.

Un visage mixant deux couleurs de peau, côté blanc : « Bienvenue dans l’équipe », de l’autre : « vous n’avez pas le profil »… Durant 15 jours, en avril, à grand renfort d’affiches dans les gares, métros et kiosques, le gouvernement a mené une campagne afin de combattre les préjugés liés à l’origine, à l’âge comme aux croyances. Baptisée « Les compétences d’abord », cette campagne s’est étendue sur la toile et les réseaux sociaux, à travers des vidéos et témoignages de nombreux Français. Car aujourd’hui, 3 salariés sur 10 déclarent avoir déjà été victimes de discrimination au travail, qu’elle soit liée au sexe, à l’âge, à la nationalité, à l’appartenance ethnique, au handicap ou à la grossesse. Un véritable fléau sur un marché de l’emploi déjà tendu. Et selon le 8e baromètre du Défenseur des droits et l’Organisation du travail réalisée par l’Ifop, 85 % des demandeurs d’emploi estiment que les discriminations à l’embauche sont « fréquentes ».

 

Seniors et femmes enceintes premières victimes

A l’encontre des idées reçues, c’est l’âge au-delà de 55 ans qui est le facteur le plus discriminant, pour 88 % des sondés par ce nouveau baromètre. Viennent ensuite le fait d’être enceinte (85%), d’être en situation de handicap (77 %) ou obèse (75 %). Le fait d’être une femme reste un inconvénient à l’embauche pour encore 37 % des sondés, malgré un recul de 5 points par rapport à 2013. Pourtant, les questions « Voulez-vous avoir des enfants ? Vivez-vous maritalement ? Que fait votre mari ? …» sont interdites et passibles de sanctions. Le code du travail est formel : « les informations demandées à un candidat ne peuvent avoir comme finalité que d’apprécier sa capacité à occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles » (article L 1221-6). L’origine continue malheureusement à rester un des facteurs importants de discrimination : 66 % des demandeurs d’emplois pensent qu’un nom à consonance étrangère peut être un frein pour trouver un travail et 62 % estiment que la couleur de peau peut être pénalisante. Un reflet de la réalité pour Myriam El Khomri, ministre du travail : « A diplôme égal, il y a deux fois plus de chômage chez les jeunes des quartiers populaires. Cela crée un sentiment d’humiliation terrible, cela montre encore les barrages, les frontières qui existent dans notre société ». Les conséquences de ces discriminations sont à prendre au sérieux tant sur le plan humain qu’économique : 43 % des demandeurs d’emplois victimes ont par la suite abandonné leurs recherches en 2015.

 

La précarité, nouveau critère de discrimination

Parallèlement, le gouvernement a débuté une opération de « testing » auprès d’une cinquantaine d’entreprises de plus de 1000 salariés sur des métiers et secteurs variés, afin de vérifier leurs pratiques en matière de recrutement. Cette méthode consiste à l’envoi de 2 candidatures similaires en tout point, sauf un critère relevant des 20 motifs de discrimination. La synthèse des résultats fera l’objet d’une publication et chaque entreprise testée sera tenue de tirer le bilan de ses résultats, et de mettre en place le cas échéant les mesures correctives appropriées. Le gouvernement souhaite ainsi encourager le recours à l’auto-testing, déjà pratiqué par des entreprises vertueuses et les récompensera par la remise d’un « label diversité ». Outils et guides ne manquent pas pour aider les recruteurs à être exemplaire, et ce dès la rédaction de l’offre d’emploi, qui ne doit pas exiger du candidat une situation de famille particulière ni imposer un sexe ni un âge. Lors de l’entretien, les informations demandées doivent avoir un lien direct et nécessaire avec l’emploi proposé, sous peine de sanctions pouvant atteindre des amendes de 45 000 € et/ou 3 ans d’emprisonnement. Car la loi protège tout salarié sur 20 critères relevant de quatre domaines : La sexualité et la situation matrimoniale ; Les activités syndicalistes ou mutualistes ; Les opinions politiques ; Les convictions religieuses. Et depuis le 14 juin, l’Assemblée nationale a ajouté à la liste des 21 critères de discrimination la « précarité sociale ». Face à la multiplication de cas de personnes écartées pour un poste au vu de leur passage par une entreprise d’insertion comme un centre d’hébergement par exemple, la loi ajoute donc la discrimination pour « particulière vulnérabilité résultant de la situation économique, apparente ou connue ».

Gérald DUDOUET

 

En savoir plus :

Guide Agir pour l’égalité dans l’emploi :

  • Guide Recruter avec des outils numériques sans discriminer
  • Dépliant Combattre les discriminations
  • Fiche La rédaction des offres d’emploi

 

 

Articles RH relatifs

Laisser un commentaire