« Les chômeurs de Moulinex » : le prix du livre RH 2012

par La rédaction

Rencontre avec la sociologue Manuella Roupnel-Fuentes, auteure de « Les Chômeurs de Moulinex », édité chez PUF, qui vient de remporter le 12ème prix du livre RH,  décerné par Sciences Po, le Syntec Conseil en Recrutement et le quotidien le Monde.

 

Pouvez-vous nous présenter l’ouvrage « Les chômeurs de Moulinex » ?

Le 7 septembre 2001, l’entreprise Moulinex déposait le bilan et la liquidation de la société était prononcée. Après une procédure de redressement judiciaire, le groupe Seb se présentait et était désigné comme le repreneur partiel de l’activité. Si les usines de la Sarthe et de la Mayenne, qui employaient 1500 salariés étaient reprises par Seb, les usines des trois départements de Basse Normandie fermaient et entrainèrent le licenciement de 3000 personnes. « Les Chômeurs de Moulinex », basé sur un échantillon représentatif de tous ces salariés, témoigne de la difficulté de retrouver un emploi après un licenciement de masse. Une problématique d’autant plus laborieuse, lorsque 3000 personnes, aux caractéristiques socioprofessionnelles quasi identiques sont licenciées, au même moment, dans un périmètre géographique restreint. Ce livre approfondit également d’un point de vue sociologique les répercussions du chômage sur la santé, le comportement psychologique, la sociabilité, le niveau de vie et les difficultés de réinsertion professionnelle. 

 

Qu’est-ce qui vous a amené à rédiger cet ouvrage ?

La préparation d’une thèse de doctorat en sociologie sur les thématiques du chômage et de la précarité. J’étais dans une démarche de recherche sur les questions d’employabilité de personnes peu ou pas qualifiées lorsque Moulinex a déposé le bilan. Etant d’origine normande, j’ai suivi de très près, à l’époque, cette actualité. Connaissant le marché de l’emploi dans la région, j’ai très vite compris l’incidence dramatique de cet événement sur les populations concernées. Il s’agissait, pour moi, de mieux comprendre et d’approfondir les mécanismes du chômage, soit les dégâts qu’il provoque. 

 

Quel regard portez-vous sur la démarche RH qui a été pratiquée, à l’époque,  par Moulinex ?

Avant la fermeture définitive des sites, Moulinex a mené des plans de formation qui n’étaient absolument pas en faveur de ses salariés. Alors que l’entreprise allait très mal depuis une dizaine d’années, toutes les formations proposées et mises en place n’ont concerné que des plans d’adaptation internes aux systèmes de production de Moulinex. Les formations étaient toujours en lien avec l’urgence industrielle, comme lorsque Pierre Blayau, le PDG du groupe a décidé d’augmenter la productivité de 40 %.  Aux yeux de la direction, malgré toutes les difficultés économique Moulinex était insubmersible. Or, il aurait été essentiel de permettre aux salariés de l’entreprise de bénéficier de certaines formations de base pour, par la suite, rebondir professionnellement et mieux faire face à un reclassement. 

 

Comment s’est déroulé le reclassement des salariés licenciés ?

Des cabinets privés spécialisés dans le reclassement et chapeautés par une mission interministérielle ont pris le relais. Il a été promis à chacun des 3000 salariés licenciés, trois propositions d’emploi en CDI. Dans les faits, c’était impossible à tenir. Le reclassement de Moulinex a été sauvé par les mesures d’âge, soit les préretraites, dont deux tiers des anciens salariés bénéficient aujourd’hui. Les autres, notamment les plus jeunes qui étaient qualifiés sur des métiers de mécanicien, de tourneur, d’ajusteur, d’agents de maitrise (…) ont retrouvé par eux-mêmes du travail. Pour 10 %, des salariés licenciés, le chômage est encore d’actualité. La plupart vivent du RSA et rencontrent des problèmes de santé et d’isolement. Pour eux la réinsertion professionnelle est devenue quasiment impossible. 

 

Quels conseils donneriez-vous aux responsables RH qui se trouvent confrontés à la même situation que ceux de Moulinex ?

Je leur recommanderais de ne pas penser le reclassement uniquement de manière professionnelle. Même s’il ne s’agit pas de se transformer en psychologue, en travailleur social, ni en banquier (…) appréhender la personne dans toute ses dimensions, notamment personnelle m’apparait capital. Il est impossible d’accompagner au mieux un individu dans une démarche de reclassement sans empathie, sans être à l’écoute. Il s’agit de revaloriser la personne. Chez Moulinex, j’ai rencontré des hommes et des femmes qui ne savaient absolument pas reconnaitre leurs valeurs et les différentes tâches et actions qu’ils avaient, et étaient capable d’accomplir. Je pense également qu’il faut adapter l’accompagnement en fonction des catégories socioprofessionnelles. Un cadre ne se reclasse pas comme un agent de production. De plus, la formation doit toujours profiter aux salariés, certes dans le cadre de l’entreprise, mais aussi et surtout en vue d’une évolution professionnelle globale, voire d’un éventuel changement de carrière. 

 

Les Chômeurs de Moulinex, par Manuella Roupnel-Fuentes. PUF, 2011.

 

Gérald Dudouet

 

 

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