Ce qui attend la nouvelle Ministre du Travail

par La rédaction

 

A peine nommée, Myriam El Khomri débarquait hier dans une agence Pôle emploi du 19 ème arrondissement de Paris pour rencontrer des demandeurs d’emploi. Il faut dire que la nouvelle Ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation Professionnelle et du Dialogue Social, n’a pas intérêt à chômer vu le nombre de dossiers chauds qui l’attendent dans les jours et les mois à venir.

 

Faire baisser le chômage : dossier prioritaire. C’est simple, si d’ici la fin du quinquennat elle n’y parvient pas, le big boss François Hollande a d’ores et déjà prévenu qu’il ne se représenterait à la présidentielle de 2017. Du coup, pour la benjamine du gouvernement Valls, la pression est terrible. Même si évidemment, elle ne devrait pas porter seule l’éventuel échec de cette inversion de la courbe du chômage. La bonne nouvelle (si tant est que l’on puisse se réjouir de plus de 5,4 millions de demandeurs d’emploi en France/ catégories A, B et C) est qu’à sa prise de fonction, les derniers chiffres du chômage étaient encourageants : moins 0,1% en juillet. Une première depuis janvier. La nouvelle Ministre doit désormais mobiliser l’ensemble des dispositifs déjà existants, notamment les contrats de génération et les emplois d’avenir, pour intensifier la lutte contre le chômage.

 

Droit du travail, le code doit changer : dossier sensible. Même si Emmanuel Macron s’est fait reprendre ce week end après son interrogation sur le bien fondé des 35 heures, le Premier Ministre entend poursuivre la réforme du travail engagée en 2013 et poursuivie plus récemment avec la loi Rebsamen. Objectif : « donner plus de latitude aux employeurs, aux salariés et à leurs représentants pour décider eux-mêmes de leur politique de formation, d’organisation du travail, d’insertion des jeunes par des négociations au plus près de leurs besoins », souligne-t-il. Sur le sujet, Myriam El Khomri va devoir trancher, et vite, en essayant de faire un maximum consensus. Et ce n’est pas gagné. Le sujet suscite déjà de vives polémiques, y compris dans son propre camp. Après l’ouvrage « Le travail et la loi » de Robert Badinter et Antoine Lyon-Caen paru cet été qui fustigeait un droit du travail devenu trop obèse, c’est au tour de la Fondation Terra Nova de jeter un pavé dans la mare. Ce think tank proche du PS publie aujourd’hui un rapport choc sur le code du travail. Rédigé par Gilbert Cette, un économiste et Jacques Barthélémy, fondateur du cabinet d’avocats éponyme,  ce rapport préconise de donner davantage d’importance aux accords collectifs par rapport à la loi. Reste à savoir si le rapport sur l’évolution du droit du travail du conseiller d’Etat Jean-Denis Combrexelle, attendu dans quelques jours, tiendra compte de ces préconisations. En tout cas, pour Myriam El Khomri, le débat sur le sujet ne fait que commencer. Gageons qu’il sera évoqué lors de la prochaine conférence sociale prévue les 19 et 20 octobre prochain.

 

Compte personnel d’activité : dossier titanesque. Encore un sujet qui devrait être à l’ordre du jour de la prochaine conférence sociale. En effet, le Chef de l’Etat veut faire du compte personnel d’activité (CPA) « la grande réforme sociale du quinquennat ». Créé par la loi sur la dialogue social, au 1er janvier 2017, le CPA devra regrouper les différents comptes personnels : pénibilité, formation, droit rechargeable au chômage, compte épargne temps… Voire de nouveaux « comptes » à venir. Objectif : que les salariés, selon leurs besoins et aspirations, puissent piocher dans cette boite à outils pour sécuriser au maximum leurs parcours professionnels.  Ce projet, cher à Martine Aubry, fait peu à peu son chemin auprès des partenaires sociaux. La CGT milite depuis longtemps pour cette forme de « sécurité sociale professionnelle ». Le patronat juge pour sa part l’idée « intéressante » mais redoute les risques d’usine à gaz. Une concertation sur le sujet sera ouverte avant le 1er décembre et pourrait déboucher sur  une négociation entre partenaires sociaux. Et les contours de ce CPA devraient être précisés dans un projet de loi en 2016.

 

Convention d’assurance chômage : dossier épineux. Les partenaires sociaux vont devoir se remettre rapidement autour de la table pour renégocier les conditions de la convention d’assurance chômage qui arrive à son terme le 30 juin 2016. Vu les comptes rouge foncé (plus de 20 milliards d’euros de dette et plus de 4 milliards de déficit), la négociation sera évidemment suivie de près par la nouvelle Ministre du Travail. En octobre dernier, la ligne Valls était claire : réformer plus fermement le régime, jugeant même « légitime » le débat sur l’instauration d’allocations dégressives et donnant son feu vert aux contrôle renforcé des chômeurs. Face aux levées de boucliers des syndicats, il avait alors reporter l’idée de renégocier la convention avant l’heure. Ce dossier revient donc à Myriam El Khomri.

 

Sylvie Laidet

 

 

Myriam El Khomri, working girl 

En étant nommée à la tête du Ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation et du Dialogue Social, elle a déjoué tous les pronostics qui voyaient déjà Alain Vidalies, Bruno Le Roux ou encore Jean-Marc Germain  tout en haut de l’affiche. Et pourtant à 37 ans, Myriam El Khomri n’est pas une novice en politique. L’ancienne Secrétaire d’Etat à la politique de la ville du gouvernement Valls II, a fait ses « premiers pas » à la mairie du 18eme arrondissement parisien avant de rejoindre le PS en 2002, au lendemain de la cinglante défaite de Lionel Jospin. D’abord adjointe de Bertrand Delanoé en 2008, en charge de la protection de l’enfance puis des questions de sécurité, elle fait campagne pour Anne Hidalgo en 2014 en tant que porte-parole. Son crédo est simple : le terrain, le terrain, le terrain. Normal donc que quelques heures après sa nomination, elle débarque dans une agence Pôle emploi. Désormais, cette jeune ministre d’origine marocaine va devoir convaincre le « terrain » des biens fondés de sa politique. Mais aussi faire fi de toutes les remarques, commentaires et autres réflexions misogynes qui ont déjà fleuri depuis sa nomination. Dans l’opposition mais aussi dans son propre camp. Heureusement, les questions d’égalité professionnelles entre les femmes et les hommes relèvent de son ministère.

Crédit photo : gouvernement.fr

 

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