Augmenter le pouvoir d’achat des salariés ne passe pas uniquement par le salaire. Une entreprise peut aussi agir sur les dépenses de santé restant à leur charge, sur la protection de leur revenu en cas d’arrêt de travail et sur la façon dont elle partage sa performance. Mutuelle, prévoyance, intéressement, prime de partage de la valeur, PEE ou PER collectif : ces leviers n’ont toutefois ni le même horizon ni le même cadre social et fiscal.
Comment les articuler dans une PME sans transformer la politique de rémunération en catalogue d’avantages ? Au micro de Christophe Patte, Mattias Vander Ham, courtier associé chez MIA Assurances, propose une méthode : partir des besoins réels des salariés, sécuriser la protection sociale existante, puis construire un partage de la valeur lisible et soutenable.
Le pouvoir d’achat des salariés dépasse le salaire net
Le salaire reste le socle de la rémunération. Les dispositifs d’épargne salariale et de partage de la valeur ne peuvent d’ailleurs pas s’y substituer. Mais le revenu disponible d’un salarié dépend aussi des dépenses qu’il doit assumer, de sa couverture face aux aléas et de l’épargne qu’il peut constituer.
Pour la fonction RH, trois horizons se complètent :
- l’immédiat, en réduisant certaines retenues ou certains restes à charge ;
- la protection du revenu, lorsque la maladie, l’invalidité ou le décès fragilisent le foyer ;
- le moyen et le long terme, grâce au partage de la valeur et à l’épargne salariale.
Cette lecture en rémunération globale rejoint le principe du bilan social individuel : un avantage mal compris est rarement valorisé à sa juste mesure. Le choix du dispositif et sa communication doivent donc être pensés ensemble.
Premier levier : optimiser la mutuelle d’entreprise
Dans le secteur privé, l’employeur doit proposer une complémentaire santé collective à ses salariés, sauf cas de dispense, et financer au moins 50 % de la cotisation. L’accord de branche ou la convention collective peut prévoir des garanties ou un financement plus favorables. Le guide myRHline sur la mutuelle d’entreprise détaille les principaux points de vigilance.
Revoir le tarif sans dégrader la couverture
La première étape consiste à distinguer la hausse générale du tarif de la situation propre au contrat. L’entreprise peut analyser le rapport entre cotisations et prestations, la structure démographique, les frais, la qualité de gestion et les services réellement utilisés. Elle peut ensuite négocier avec l’organisme assureur ou comparer le marché.
Après la première année de souscription, un contrat de complémentaire santé peut, dans le cadre légal applicable, être résilié à tout moment sans frais ni pénalité ; la résiliation prend effet un mois après réception de la notification. Pour l’entreprise, cette souplesse n’exonère pas de vérifier les règles de branche, l’acte juridique qui institue le régime, l’information du CSE et des salariés, la continuité des affiliations et la conformité du nouveau contrat.
Augmenter la part patronale : un effet visible sur le bulletin de paie
Lorsqu’un employeur finance plus que le minimum de 50 %, la part retenue sur la paie du salarié diminue. Le net à payer peut donc augmenter mécaniquement, à cotisation totale inchangée. Cette décision doit néanmoins être chiffrée dans son ensemble : contribution patronale, CSG-CRDS, forfait social éventuel, traitement fiscal pour le salarié et limites d’exonération.
La hausse de la participation patronale peut être progressive. Une PME peut, par exemple, définir une trajectoire sur plusieurs exercices afin d’absorber une partie des augmentations de cotisation sans créer un engagement budgétaire qu’elle ne pourrait pas tenir.
Traiter les vrais restes à charge
Une formule haut de gamme n’élimine pas nécessairement tous les restes à charge. Les dépassements d’honoraires en médecine de ville ou à l’hôpital, notamment, peuvent rester insuffisamment couverts selon les garanties et le parcours de soins.
Mattias Vander Ham invite les RH à partir des postes qui exposent réellement les salariés : hospitalisation, consultations de spécialistes, dentaire ou optique. Un renfort ou une surcomplémentaire peut être pertinent, mais son caractère responsable ou non responsable modifie son traitement social et fiscal. Avant toute décision, l’entreprise doit comparer le coût supplémentaire, la population couverte, les plafonds, les exclusions et le reste à charge résiduel. La promesse ne doit jamais être celle d’un remboursement intégral sans étude du contrat et de la dépense concernée.
Deuxième levier : protéger le revenu avec la prévoyance
La prévoyance collective intervient lorsque le salarié subit un arrêt de travail, une invalidité ou un décès. Elle complète les prestations des régimes obligatoires. Son effet sur le pouvoir d’achat est moins visible au quotidien que celui de la mutuelle, mais il devient décisif lorsque le revenu du foyer chute.
Pour auditer ce volet, les RH peuvent examiner :
- le niveau de maintien de salaire et la durée d’indemnisation ;
- les franchises applicables aux arrêts courts et longs ;
- la couverture de l’invalidité et du décès ;
- les obligations de la convention collective ;
- la répartition entre contribution patronale et salariale ;
- la qualité de gestion des dossiers et l’accompagnement des bénéficiaires.
La contribution patronale peut bénéficier d’un régime social favorable lorsque le dispositif respecte notamment les conditions de caractère collectif et obligatoire et les plafonds applicables. Ici encore, l’objectif n’est pas d’afficher le taux le plus élevé, mais de choisir les risques que l’entreprise veut réellement couvrir et de les expliquer.
Troisième levier : partager la valeur quand l’entreprise performe
L’épargne salariale associe les salariés aux résultats ou à la performance de l’entreprise. Elle peut produire un complément de revenu immédiat ou financer une épargne. La prime de partage de la valeur, l’intéressement et la participation répondent cependant à des logiques différentes.
L’obligation des entreprises de 11 à 49 salariés reste conditionnelle
Depuis les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025, une expérimentation concerne certaines sociétés de 11 à 49 salariés. Elles doivent mettre en place un dispositif de partage de la valeur lorsqu’elles ont réalisé un bénéfice net fiscal au moins égal à 1 % du chiffre d’affaires pendant trois exercices consécutifs et qu’elles ne sont pas déjà soumises à la participation obligatoire, sous réserve des autres conditions et exclusions prévues par la loi.
Les entreprises concernées peuvent notamment mettre en place un intéressement ou une participation, abonder un plan d’épargne salariale ou verser une PPV. L’article myRHline Partage de la valeur en 2025 : les PME sont-elles prêtes ? revient sur ce dispositif. Il ne faut donc pas résumer la règle à « l’épargne salariale est obligatoire dès 11 salariés » : l’effectif ne suffit pas.
L’intéressement pour relier prime et performance
L’intéressement est un dispositif collectif et aléatoire. Sa formule doit reposer sur des critères objectifs et mesurables liés aux résultats ou aux performances : chiffre d’affaires, marge, rentabilité, qualité, sécurité, délais, satisfaction client ou critères environnementaux pertinents. Une PME peut retenir une formule simple, avec plusieurs seuils, afin que chacun comprenne ce qui déclenche la prime.
Pour l’employeur, les primes d’intéressement respectant le cadre légal sont exonérées de cotisations sociales ; le forfait social est supprimé dans les entreprises de moins de 250 salariés. Pour le salarié, elles restent notamment soumises à la CSG et à la CRDS. Elles sont imposables en cas de versement immédiat, mais peuvent être exonérées d’impôt sur le revenu dans la limite légale lorsqu’elles sont affectées dans les délais à un plan d’épargne salariale. Le ministère de l’Économie détaille ces règles de l’épargne salariale.
Une bonne formule évite deux écueils : un objectif inaccessible, qui décrédibilise le dispositif, et un indicateur trop facile, qui transforme l’intéressement en coût quasi automatique. Des simulations sur plusieurs exercices passés permettent de tester sa cohérence avant la signature et le dépôt de l’accord.
PPV, participation et abondement : trois usages différents
- La PPV offre une mise en œuvre ponctuelle et souple. Son régime fiscal et social dépend notamment de l’effectif, de la rémunération du bénéficiaire, de la date et de l’affectation éventuelle à un plan.
- La participation redistribue une part du bénéfice selon un cadre légal. Elle est obligatoire à partir du seuil prévu par la loi et peut être instaurée volontairement en dessous.
- L’abondement complète les versements du salarié ou certaines sommes affectées au plan, dans les limites du règlement et des plafonds légaux. Il crée une incitation très concrète à épargner.
Aucun de ces dispositifs ne doit remplacer une augmentation de salaire, une prime contractuelle ou un élément de rémunération déjà dû.
PEE ou PER collectif : choisir l’horizon de l’avantage
| Dispositif | Objectif | Disponibilité | Point de vigilance RH |
|---|---|---|---|
| PEE | Projets à moyen terme | Après cinq ans, sauf cas légaux de déblocage anticipé | Choix des fonds, frais, risque de perte en capital et information des salariés |
| PER d’entreprise collectif | Préparation de la retraite | À la retraite, sauf cas légaux de déblocage anticipé | Fiscalité variable selon l’origine des versements et le mode de sortie |
Le PEE ne signifie pas que l’argent est systématiquement immobilisé pendant cinq ans. La loi prévoit plusieurs motifs de déblocage anticipé, dont trois nouveaux cas ajoutés en 2024, par exemple pour la rénovation énergétique de la résidence principale, l’activité de proche aidant ou l’acquisition d’un véhicule propre. Le PER collectif est, lui, orienté vers la retraite, avec une liste plus restreinte de sorties anticipées.
La décision ne se résume donc pas à l’avantage fiscal. Les RH doivent aussi expliquer la durée, les cas de déblocage, les frais, les supports proposés, le risque financier et la fiscalité de sortie. Un salarié qui ne comprend pas où va son argent percevra mal l’avantage, même si l’entreprise l’abonde.
Une méthode en cinq étapes pour les PME
- Cartographier l’existant. Relever les cotisations, les garanties, les répartitions patronales et salariales, les accords, les plans d’épargne, les frais et les usages.
- Identifier les irritants des salariés. Restes à charge, incompréhension des garanties, difficulté à épargner, préférence pour du revenu immédiat ou besoin de protection familiale.
- Chiffrer plusieurs scénarios. Comparer le coût employeur, le gain net estimé pour le salarié, les prélèvements, la durée d’engagement et les risques.
- Sécuriser le cadre. Vérifier la convention collective, les seuils d’effectif, les actes juridiques, la consultation ou l’information du CSE, le dépôt des accords et les règles sociales et fiscales en vigueur.
- Expliquer la rémunération globale. Présenter des exemples simples, distinguer disponible et bloqué, rappeler les risques de placement et donner aux salariés les contacts utiles.
Cette démarche permet d’éviter l’empilement. Une entreprise peut commencer par corriger une faiblesse de sa mutuelle, ajuster sa participation patronale, puis mettre en place un intéressement assorti d’un PEE. Une autre privilégiera la prévoyance ou la retraite collective parce que sa population et ses métiers l’exigent.
Les réponses courtes aux questions des RH
L’employeur peut-il payer plus de 50 % de la mutuelle ?
Oui. Les 50 % constituent un minimum légal pour la couverture collective obligatoire, sous réserve de dispositions conventionnelles plus favorables. Une prise en charge supérieure doit être formalisée et analysée sur les plans social, fiscal et budgétaire.
Une meilleure mutuelle augmente-t-elle le pouvoir d’achat ?
Elle peut réduire certaines dépenses de santé restant à la charge du salarié. L’effet dépend toutefois des cotisations, des garanties, des plafonds, des exclusions et des soins réellement consommés.
L’intéressement remplace-t-il une augmentation de salaire ?
Non. L’intéressement est collectif, aléatoire et lié à des résultats ou à des performances. Il ne peut pas se substituer à un élément de salaire.
Le partage de la valeur est-il obligatoire dès 11 salariés ?
Pas automatiquement. L’expérimentation vise certaines sociétés de 11 à 49 salariés qui remplissent notamment une condition de bénéfice net fiscal pendant trois exercices consécutifs et ne relèvent pas déjà de la participation obligatoire.
Quelle différence entre un PEE et un PER collectif ?
Le PEE finance une épargne à moyen terme, en principe disponible après cinq ans. Le PER collectif vise la retraite. Dans les deux cas, des sorties anticipées sont possibles dans les situations prévues par la loi.
Protection sociale et partage de la valeur : une politique à rendre lisible
Mutuelle, prévoyance et épargne salariale peuvent améliorer concrètement la situation financière des salariés, mais chacune agit à un moment différent. La mutuelle limite certaines dépenses immédiates. La prévoyance protège le revenu lorsqu’un accident de la vie survient. L’intéressement, la PPV, le PEE et le PER collectif associent pouvoir d’achat, épargne et performance de l’entreprise.
Le bon arbitrage n’est donc pas de choisir le dispositif le plus généreux sur le papier. Il consiste à construire une politique soutenable, conforme et comprise. C’est à cette condition que la rémunération globale devient aussi un levier d’attractivité, d’engagement et de fidélisation.

