À l’occasion de la publication de l’Observatoire des Fragilités du Travail 2026, myRHline et TrainMe ont consacré un webinar aux grands enseignements de cette étude menée auprès de 269 professionnels RH. Dans un contexte marqué par l’intensification des rythmes, la multiplication des sollicitations et des attentes croissantes en matière de santé travail, les signaux d’alerte se multiplient dans les organisations.
Pour les RH, l’enjeu n’est plus seulement d’identifier ces fragilités, mais de comprendre leurs causes et de construire des réponses concrètes. Santé mentale, charge de travail, management, déconnexion ou encore prévention : sur quels leviers agir en priorité ?
L’accélération du travail fragilise les salariés
Le premier enseignement de l’Observatoire est sans appel : 92 % des professionnels RH interrogés estiment que le rythme de travail s’est accéléré au cours des cinq dernières années. Cette intensification ne se limite pas à une augmentation du volume de tâches. Elle se traduit aussi par davantage d’interruptions, de réunions, de notifications et d’attentes de réponse immédiate.
Résultat : 65 % des répondants constatent une hausse de la fatigue cognitive dans leur organisation. Les sollicitations multiples arrivent en tête des facteurs identifiés, devant la pression d’immédiateté, le multitâche, la surcharge informationnelle et le manque de temps consacré à la concentration.
Comme cela a été résumé pendant le webinar : « La fatigue cognitive est produite par le fonctionnement ordinaire du travail. » Elle n’est donc pas seulement liée à des situations exceptionnelles. Elle peut être générée par l’organisation elle-même lorsque les collaborateurs doivent en permanence passer d’un outil, d’un sujet ou d’une urgence à l’autre.
La santé mentale reste ainsi le premier sujet de prévention identifié par les RH, devant la sédentarité, le vieillissement des salariés, la fatigue chronique ou les troubles du sommeil. Parallèlement, 80 % des répondants constatent des attentes de plus en plus fortes des salariés en matière de santé et de bien-être au travail.
Le management, levier central de prévention
L’étude met également en lumière une fragilité managériale importante : 62 % des répondants considèrent que les managers ne sont pas suffisamment préparés aux enjeux humains et relationnels.
Ce constat est particulièrement préoccupant, car le manager joue un rôle déterminant dans la définition des priorités, la régulation de la charge et l’application concrète du droit à la déconnexion. Lorsque les managers sont jugés insuffisamment préparés, la capacité à déconnecter est dégradée dans 57 % des cas, contre 29 % lorsqu’ils sont considérés comme mieux préparés.
« Le manager doit être exemplaire, c’est lui qui définit les objectifs, donc la charge au quotidien », a rappelé Valentine Gourdet lors du webinar. Pourtant, de nombreux managers cumulent encore un rôle d’expert opérationnel et la responsabilité d’une équipe, sans être suffisamment formés à l’écoute active, à la détection des signaux faibles ou aux conversations sensibles.
Agir sur la santé travail suppose donc de mieux les accompagner. Il ne s’agit pas de leur transférer toute la responsabilité de la prévention, mais de leur donner des outils, du temps et des règles claires pour réguler la charge et ouvrir des espaces de discussion sur le travail réel.
Passer des actions ponctuelles à une stratégie durable
Le webinar souligne un décalage entre la prise de conscience des fragilités et la capacité réelle des entreprises à agir. Une entreprise sur trois seulement a formalisé sa politique de QVCT, tandis que 42 % ne proposent aucun dispositif avancé de prévention santé.
Les intervenants ont notamment alerté sur les réponses qui traitent les conséquences sans s’attaquer aux causes. Les cellules d’écoute psychologique, par exemple, peuvent apporter un soutien utile, mais elles ne remplacent pas un travail de fond sur les objectifs, les outils, le management ou la charge.
La même logique s’applique au sport et au bien-être en entreprise. Une action ponctuelle peut créer un moment positif, mais son impact reste limité si elle n’est pas intégrée à une politique globale. Les entreprises peuvent notamment s’appuyer sur des acteurs spécialisés comme TrainMe pour construire des dispositifs réguliers, accessibles à tous et adaptés à leurs contraintes.
Pour passer à l’action, les RH peuvent commencer par mesurer la charge réelle, poser des règles numériques minimales, former les managers et suivre quelques indicateurs clés : fatigue cognitive, capacité à déconnecter, absentéisme de courte durée, départs précoces, signalements RPS ou participation aux actions de santé.
La conclusion du webinar résume l’enjeu : faire de la soutenabilité du travail une condition de la performance durable. Prévenir les fragilités ne consiste donc pas à ajouter quelques actions de bien-être à une organisation inchangée. Il s’agit de revoir les conditions dans lesquelles le travail est demandé, réalisé et évalué.
Les entreprises qui agiront sur la charge, le management et la prévention ne protégeront pas seulement leurs collaborateurs : elles renforceront aussi leur engagement, leur performance et leur capacité à durer.

