Le changement climatique n’est plus un sujet lointain pour les entreprises. Il devient un sujet RH, un sujet de santé au travail et un enjeu de prévention des risques professionnels.
Canicules plus fréquentes, vagues de chaleur plus longues, exposition aux UV, dégradation de la qualité de l’air, allergies, maladies chroniques aggravées, fatigue, baisse de concentration… Les effets du dérèglement climatique se font déjà sentir dans le quotidien des salariés.
À l’occasion d’un webinar myRHline, Flore Serré, Directrice Générale de VerbaTeam, et Danielle Lombard, Responsable Ressources Humaines chez Legrand, sont revenues sur les enseignements de l’étude VerbaTeam x Viavoice et sur les actions concrètes mises en place pour protéger les salariés face aux nouveaux risques climatiques.
Un sujet d’autant plus actuel que la réglementation évolue et que les entreprises sont désormais attendues sur leur capacité à anticiper, organiser et rendre visibles leurs actions de prévention.
Le climat devient un risque professionnel à part entière
Pendant longtemps, le changement climatique a été perçu comme une menace éloignée. Un sujet environnemental. Un sujet RSE. Un sujet de long terme.
Ce n’est plus le cas.
Selon l’étude VerbaTeam x Viavoice présentée pendant le webinar, 87 % des salariés considèrent le changement climatique comme un enjeu de santé important. Plus encore, 78 % estiment qu’il deviendra un enjeu de santé aussi important que les autres risques professionnels.
Autrement dit, pour les salariés, le risque climatique entre progressivement dans la même catégorie que les risques professionnels plus traditionnels : accidents du travail, pénibilité, troubles de santé, exposition à des conditions de travail difficiles.
Autre enseignement fort : cette inquiétude ne concerne pas uniquement les jeunes générations, ni seulement les métiers les plus exposés. Elle est largement partagée, quels que soient l’âge, le genre, la catégorie socioprofessionnelle ou le secteur d’activité.
Des impacts déjà visibles sur la santé des salariés
Près d’un salarié sur deux déclare déjà ressentir les effets du changement climatique sur sa santé. Et si la chaleur est l’impact le plus visible, elle n’est pas le seul.
La chaleur augmente la pénibilité du travail
Les fortes chaleurs ont des conséquences très concrètes : fatigue, troubles du sommeil, baisse de vigilance, difficulté à se concentrer, pénibilité accrue, risque de malaise, voire accidents du travail.
Dans certains environnements industriels, ces effets sont encore plus marqués. Chez Legrand, par exemple, certains sites de production utilisent des procédés qui dégagent eux-mêmes de la chaleur, notamment l’injection plastique. En période de canicule, la température ressentie à proximité des machines peut devenir particulièrement difficile à supporter.
Danielle Lombard l’a rappelé pendant le webinar : l’enjeu est double. Il faut protéger les salariés, mais aussi permettre à l’activité de continuer, dans des conditions acceptables et sécurisées.
La qualité de l’air, les allergies et les maladies chroniques deviennent aussi des sujets RH
Le changement climatique ne se limite pas aux épisodes de chaleur. Il peut aussi aggraver la pollution, favoriser certains pics allergiques ou accentuer les effets de pathologies déjà existantes.
Pour les salariés souffrant de maladies chroniques, comme les maladies cardiovasculaires ou le diabète, les périodes de températures extrêmes peuvent devenir particulièrement sensibles. L’enjeu pour l’entreprise est alors d’identifier les populations les plus exposées, d’adapter les mesures de prévention et de renforcer l’information.
La prévention climatique ne consiste donc pas seulement à distribuer de l’eau ou à adapter les horaires pendant une canicule. Elle suppose une approche plus large de la santé au travail.
Les salariés attendent davantage de leur employeur
L’étude met également en lumière un point essentiel : les salariés considèrent que l’entreprise a un rôle à jouer.
82 % des salariés interrogés estiment que l’anticipation climatique est essentielle pour l’entreprise. Et 76 % considèrent que l’employeur a un rôle clé à jouer.
Mais un décalage demeure. Beaucoup d’entreprises agissent déjà, mais les salariés ne voient pas toujours clairement ce qui est mis en place. Selon les résultats partagés pendant le webinar, seuls 15 % des salariés sont certains que des actions de sensibilisation ou de protection sont déployées dans leur entreprise.
Le message est clair : il ne suffit plus d’agir. Il faut aussi expliquer, rendre visible, communiquer et associer les salariés aux démarches de prévention.
Chez Legrand, un plan fortes chaleurs structuré depuis 2004
Le retour d’expérience de Legrand montre que la prévention des risques climatiques peut s’inscrire dans la durée.
À Limoges, l’entreprise a commencé à structurer un plan canicule dès 2004, à la suite de la canicule de 2003. Ce plan est progressivement devenu un plan fortes chaleurs, actualisé chaque année avec les acteurs internes de la prévention, les représentants du personnel, la médecine du travail, les préventeurs et les équipes industrielles.
L’objectif : adapter les actions au niveau de vigilance annoncé par Météo-France et permettre à chacun — salariés comme managers — de savoir quoi faire selon la situation.
Adapter l’organisation du travail
Chez Legrand, plusieurs leviers sont activés selon les niveaux de chaleur : adaptation des horaires lorsque c’est possible, allongement des pauses, accès à des espaces climatisés, communication renforcée, présence des infirmières dans les ateliers, rappel des consignes de prévention.
Dans certains cas, notamment lors des niveaux de vigilance les plus élevés, l’entreprise peut aller jusqu’à supprimer l’équipe d’après-midi pour éviter aux salariés de travailler sur les plages horaires les plus chaudes.
Cette décision peut entraîner une perte de production. Mais le choix est assumé : mieux vaut dégrader temporairement l’activité que mettre en danger la santé des salariés.
Adapter les équipements et les bâtiments
Legrand travaille aussi sur les équipements et les infrastructures : rafraîchisseurs, ventilation, isolation, stores brise-soleil, vitrages adaptés, espaces de pause climatisés, serviettes rafraîchissantes, adaptation des vêtements de travail lorsque la sécurité le permet.
Dans un environnement industriel, l’équation est complexe. Climatiser des ateliers qui produisent eux-mêmes de la chaleur peut vite devenir un non-sens. L’enjeu consiste donc à réduire l’exposition, mieux organiser les flux, cloisonner certains espaces et limiter autant que possible l’accumulation de chaleur.
Du plan canicule à la stratégie d’adaptation climatique
Le webinar montre une évolution importante : les entreprises ne peuvent plus se limiter à une logique de réaction en période de crise.
Le sujet doit désormais entrer dans une démarche plus structurée : document unique d’évaluation des risques professionnels, plan de continuité d’activité, politique QVCT, dialogue social, prévention santé, management de proximité, communication interne.
La question n’est plus seulement : “Que fait-on quand il fait très chaud ?”
La vraie question devient : comment l’entreprise adapte-t-elle durablement son organisation du travail à une réalité climatique qui change ?
Prévention santé : sensibiliser les salariés aux bons réflexes
Au-delà de l’organisation et des équipements, Flore Serré insiste sur un troisième levier : la santé.
Les salariés doivent être mieux informés sur les bons réflexes à adopter en cas de vague de chaleur, de grand froid, d’inondation, de pollution ou d’exposition aux UV.
L’enjeu n’est pas de tenir un discours catastrophiste, mais de sortir de la banalisation. Une canicule n’est pas un simple inconfort. Elle peut fatiguer fortement l’organisme, augmenter les risques de malaise et fragiliser certaines populations.
Cette sensibilisation est d’autant plus importante que certains salariés peuvent se croire moins concernés : les plus jeunes, les sportifs, les personnes en bonne santé apparente. Or, les épisodes de chaleur extrême peuvent toucher toutes les catégories de population.
UV et dépistage : un risque encore trop peu visible
Le changement climatique pose aussi la question de l’exposition aux UV, notamment pour les salariés travaillant en extérieur.
Pendant le webinar, Flore Serré a rappelé l’importance du dépistage dermatologique, en particulier dans les entreprises dont les salariés sont exposés au soleil. Les campagnes de dépistage peuvent permettre d’identifier des situations nécessitant une action médicale et de faire passer des messages de prévention très concrets.
C’est aussi une manière pour l’entreprise de démontrer son engagement en matière de santé au travail, au-delà des mesures classiques de prévention.
Ce que les RH doivent retenir
Le changement climatique oblige les entreprises à élargir leur vision de la santé au travail.
La chaleur reste le risque le plus visible, mais elle n’est qu’une partie du sujet. Pollution, allergies, UV, maladies chroniques, fatigue, concentration, absentéisme, organisation du travail : les impacts sont multiples.
Pour les DRH, les responsables QVCT, les préventeurs et les managers, l’enjeu est désormais de passer d’une gestion ponctuelle des épisodes extrêmes à une véritable stratégie d’adaptation.
Cette stratégie repose sur plusieurs piliers : évaluer les risques, adapter l’organisation, équiper les salariés, former les managers, sensibiliser les équipes, associer les représentants du personnel et rendre les actions visibles.
Regarder le replay du webinar
Pour aller plus loin, retrouvez le replay complet du webinar myRHline : “Changement climatique : comment protéger la santé des salariés face aux nouveaux risques ?”
Avec :
- Flore Serré, Directrice Générale de VerbaTeam
- Danielle Lombard, Responsable Ressources Humaines chez Legrand
Au programme : les enseignements de l’étude VerbaTeam x Viavoice, les attentes des salariés, les impacts du changement climatique sur la santé au travail et le retour d’expérience concret de Legrand sur la prévention des fortes chaleurs.
FAQ : changement climatique et santé au travail
Pourquoi le changement climatique devient-il un enjeu de santé au travail ?
Parce que ses effets ont des conséquences directes sur les conditions de travail : fortes chaleurs, fatigue, troubles du sommeil, baisse de concentration, risques de malaise, pollution, allergies, exposition aux UV ou aggravation de certaines maladies chroniques.
Quels sont les principaux risques climatiques pour les salariés ?
Les risques les plus visibles sont liés à la chaleur et à la canicule. Mais les entreprises doivent aussi prendre en compte la qualité de l’air, les pics de pollution, les UV, les inondations, les épisodes de froid extrême et l’impact sur les salariés fragilisés par des pathologies existantes.
Que peut faire l’employeur face aux fortes chaleurs ?
L’employeur peut adapter les horaires, renforcer les pauses, aménager les postes, prévoir des espaces rafraîchis, communiquer les consignes de prévention, former les managers, identifier les populations vulnérables et intégrer le risque chaleur dans sa démarche de prévention.
Pourquoi les RH doivent-elles s’emparer du sujet climatique ?
Parce que le changement climatique touche directement la santé, l’engagement, l’absentéisme, la performance et l’organisation du travail. Il devient donc un sujet RH à part entière, au croisement de la prévention, de la QVCT, du dialogue social et de la responsabilité employeur.

