Dans ce nouvel épisode de HR Tech Stories, Marianne Blanc reçoit Séverine Loureiro, Directrice générale du Lab RH, pour interroger le rôle de l’écosystème RH face aux transformations du monde du travail.
À l’heure où l’intelligence artificielle bouscule les métiers, les outils et les pratiques, une question devient centrale : comment les RH peuvent-elles rester pertinentes et créer davantage d’impact ?
Entre start-up, grandes entreprises, experts, écoles et institutions, le Lab RH occupe une place particulière. Depuis dix ans, l’association agit comme un facilitateur pour faire circuler les idées, connecter les acteurs et accélérer l’innovation RH.
Mais dans un contexte marqué par l’IA, l’enjeu n’est plus seulement d’innover. Il s’agit de mieux structurer les projets, de développer les compétences et de redéfinir la valeur ajoutée de la fonction RH.
Innovation RH : connecter les acteurs pour créer de la valeur
L’innovation RH ne se construit pas en vase clos.
C’est précisément l’un des rôles du Lab RH : faire dialoguer des acteurs qui n’ont pas toujours les mêmes codes, ni le même langage. D’un côté, des start-up qui développent des solutions innovantes. De l’autre, des DRH et des équipes RH confrontées à des besoins très opérationnels.
Entre les deux, un enjeu : créer les conditions de la rencontre.
Le Lab RH agit ainsi comme un tiers de confiance. Il permet aux entreprises de :
- découvrir de nouvelles solutions ;
- benchmarker les pratiques du marché RH ;
- comprendre les tendances à venir.
Pour les start-up, il offre un accès direct aux besoins du terrain, afin de challenger leurs offres et de les rapprocher des attentes réelles des RH. Une mise en relation essentielle, donc, puisque l’innovation ne crée de la valeur que si elle répond à un usage concret.
Sortir de sa bulle RH pour mieux transformer la fonction
Dans les grandes organisations, les équipes RH peuvent parfois fonctionner en circuit fermé.
Même problématiques, mêmes interlocuteurs, mêmes réflexes. Or, dans un monde du travail en transformation rapide, cette logique atteint ses limites.
Le rôle de l’écosystème devient alors clé. Rencontres entre pairs, learning expeditions, événements en région, start-up tours, ateliers de co-développement… autant de formats qui permettent de faire circuler les idées et de confronter les pratiques.
Au-delà d’inspirer, il s’agit aussi de prendre du recul, d’identifier ce qui fonctionne (ou non), et de mieux comprendre comment d’autres organisations abordent les mêmes sujets.
Cette circulation des bonnes pratiques permet aux RH de ne pas rester seules face aux transformations. Elle favorise une approche plus ouverte, plus collective, et surtout plus ancrée dans le réel.
IA : une opportunité de redéfinir la valeur ajoutée RH
Automatisation des tâches administratives, analyse de données, assistance à la décision, production de contenus… de nombreuses missions historiquement associées à la fonction RH peuvent désormais être en partie déléguées à des outils. En particulier à l’intelligence artificielle.
Néanmoins, cette évolution pose une question directe : que reste-t-il au cœur du métier RH lorsque certaines tâches peuvent être automatisées ?
Pour Séverine Loureiro, l’IA représente moins une menace qu’une opportunité de recentrage.
La valeur ajoutée RH ne se situe pas uniquement dans l’exécution de processus. Elle se trouve dans la relation, la culture, l’évaluation humaine, la compréhension des collectifs et la capacité à accompagner les transformations.
Autrement dit, l’IA oblige les RH à clarifier leur rôle.
Ce qui peut être automatisé le sera probablement de plus en plus. Mais ce qui relève de l’humain, de la confiance, de la culture d’entreprise et du discernement restera central.
Monter en compétences pour ne pas subir l’IA

Face à ces évolutions, la montée en compétences devient un enjeu majeur.
Il ne suffit pas de sensibiliser les RH à l’intelligence artificielle. Il faut leur permettre de se l’approprier dans leur quotidien, en lien avec leurs métiers, leurs enjeux et leur niveau de maturité.
C’est dans cette logique que le Lab RH a lancé RH IA Society, une plateforme dédiée à la montée en compétences des équipes RH sur l’IA.
Le principe repose sur plusieurs dimensions :
- un auto-diagnostic pour identifier son niveau et ses besoins ;
- des parcours adaptés aux différents profils RH ;
- des contenus et outils pour progresser dans la durée ;
- une communauté pour partager les pratiques et retours d’expérience.
L’objectif étant d’inscrire l’apprentissage IA dans le quotidien. Ceci afin que les équipes RH qui se retrouvent encore face à une difficulté, malgré les conférences, les bootcamps ou les sensibilisations, appréhendent plus sereinement le passage de la prise de conscience à l’usage concret.
Créer plus d’impact : le nouveau défi des ressources humaines
L’innovation RH entre dans une nouvelle phase.
Après le temps de l’expérimentation, vient celui de l’impact. Les RH ne peuvent plus seulement tester des outils ou suivre les tendances. Elles doivent être capables de structurer leurs démarches, de mesurer leur utilité et de les relier aux enjeux réels de l’organisation.
Cela suppose de connecter les bons acteurs, de sortir de sa bulle, de développer les compétences et de prendre le temps de construire une vision.
Dans ce contexte, l’IA agit comme un accélérateur.
Elle oblige les RH à se poser les bonnes questions : quelle est leur valeur ajoutée ? Quelles missions doivent être repensées ? Quels projets méritent d’être lancés ? Et surtout, comment créer un impact durable ?
Une chose est sûre : l’innovation RH ne se résume plus à adopter de nouveaux outils.
Elle devient une manière de repenser le rôle des RH, leur posture et leur contribution à la transformation du travail.

