Théologie de la Libération : Dieu reconnaîtra les siens

par La rédaction

Chaque mois, un DRH anonyme, issu d’un groupe du CAC 40, porte un regard critique sur son quotidien.

" Bien qu’y soit présent beaucoup de beau Monde, c’et le meeting auquel personne n’a envie de participer. Organisé par le grand DRH de ce groupe pharmaceutique très connu et côté en Bourse, il est provoqué par le courrier récemment parvenu au Directeur de l’usine de Palavas, où on fabrique plusieurs molécules phares de la Company. Une très belle usine au demeurant, restructurée récemment par les soins d’un architecte prestigieux, elle fait date en matière d’Ecologie et de Développement Durable. Elle recycle sa propre consommation d’énergie, s’intègre dans son environnement. Et elle est simplement belle, le choix architectural d’intégration de ses éoliennes est tout bonnement sublime.

La lettre est étalée devant le Grand DRH : désignation par la CFTC d’un délégué syndical. Froid glacial dans l’assistance. Un syndicat à Palavas ! Pourquoi pas au siège tant qu’on y est ! De mémoire de manager on n’avait jamais vu ça. Cette grande société se targuait de ne pas avoir de syndicat. Elle est une grande Famille où on sait s’arranger entre gens de bonne volonté. Les Comités d’établissement y fonctionnent avec des ouvriers appréciés et réputés pour leur professionnalisme, des gens pondérés sur qui les salariés peuvent compter. Leur avis compte, ainsi à Palavas ils avaient eu leur mot à dire sur le design de la nouvelle usine. L’encadrement et ces délégués Maison s’entendaient à ce que pour le bien du personnel ce système harmonieux ne soit pas remis en cause.
 
Le DRH de l’usine aurait préféré être ailleurs. Cette désignation était son échec personnel. Son chef le DRH industriel ne le lui avait pas envoyé dire, avant que ce soit à lui qu’on le reproche. Le Directeur de l’usine n’était pas plus fier. On leur faisait sentir qu’ils auraient dû anticiper. On attendait d’eux toutes les mesures nécessaires à ce que ces affaires syndicales ne viennent pas troubler le bon fonctionnement de la Production et la réputation de l’entreprise. Le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’avaient pas brillé. Le Directeur Scientifique, un pharmacien qui les aimait bien, tenta bien de venir à leur secours mais il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre que la Paix Sociale n’était pas du ressort de sa science.
 
« C’est qui ce type ? Un alcoolique ? Un fainéant qui veut se protéger ? »
« Pourquoi il n’est pas avec nos délégués Amis ? »
« Il y a qui derrière ? Qui veut nous mettre des bâtons dans les roues ? »
« Est-ce que la désignation est régulière ? On peut l’attaquer ? »
« On a prévenu la Sécurité ? Il faut enquêter sur lui »
Le DRH dut s’expliquer sous l’œil courroucé de sa hiérarchie. « C’est un idéaliste. Il est diacre dans sa paroisse et a pensé utile de s’engager dans un syndicat Chrétien »
« Alors c’est un trotskyste, ils le sont tous à la JOC »
« Pas un prêtre ouvrier quand même ? »
« Non c’est un chic type… » il fut interrompu par un brouhaha de réprobation générale. Un Délégué ne pouvait pas être un Chic Type, ou pire c’est pour mieux nous nuire.
Le Grand DRH ramena le débat à l’ordre du jour : Que faire pour que ce syndicat disparaisse ? Pas de recours juridique envisageable, si ce n’est pour mettre la pression.
« Il veut quoi le curé ? On peut l’acheter ? » «Une enveloppe pour ses pauvres ! »
« Ou une promotion, il veut être chef ? »
« Il veut pas une mutation dans un coin plus sympa. Palavas c’est nul » « On a quelque chose à Lourdes ?»
« Non je vous assure il n’est pas du tout comme ça. Il veut rendre service. Etre utile »
« C’est ça et moi je suis archevêque. C’est quoi son truc ? Les filles ? » « Il faut que la Sécurité fouille dans sa vie. C’est peut être pas les femmes, on ne sait pas ce qu’on va trouver. On va le casser »
Il était temps de décider les actions à mener. Le Grand Drh en revint aux fondamentaux : le management. « Il faut que ce type soit vu par toute sa ligne managériale. Son agent de maitrise, son chef, jusqu’ au directeur industriel. On lui met la pression. Sa carrière, l’intérêt de la boite, sa famille il faut le faire craquer ».
« Il a de la famille dans l’usine ? » « Son beau frère » « Convoquez le aussi »
« Les délégués aussi, les Bons. Qu’ils se mettent dessus »
 
Le Directeur des Relations Sociales proposa d’appeler ses contacts à la Confédération. Le Directeur Régional, qui allait à la messe le dimanche, d’en parler en haut lieu. Le Directeur Juridique d’en toucher un mot au Préfet.
L’affaire se termina heureusement pour le dialogue Social et sans que le Président apprenne qu’il avait failli avoir un syndicat. Le délégué a compris l’intérêt de demander un congé pour création d’entreprise. Le pécule qu’il reçut lui permit de reprendre un bistrot. Dans une ville de pèlerinage. Le Drh et son adjointe furent discrètement priés d’aller voir ailleurs. Le patron de l’usine a été muté à la Qualité au siège et remplacé par un homme de terrain, ancien de la Chambre Patronale. Le Préfet a promis un contrôle fiscal du bistrot pour l’année prochaine."
 

 

Par Charles Déconnyncke

 

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