4ème édition du Baromètre Apprentis d’Auteuil : Les entreprises embaucheront moins d’apprentis en 2012

par La rédaction
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Pour Apprentis d’Auteuil, il faut préserver les formations de niveau CAP en temps de crise et améliorer la lisibilité du financement de l’apprentissage

 

Dans son baromètre annuel, Apprentis d’Auteuil apporte un éclairage sur les intentions et les attentes des chefs d’entreprise en matière d’apprentissage, avec cette année un focus particulier sur la taxe d’apprentissage qui vient de faire l’objet d’une réforme augmentant la part du quota réservée aux formations en apprentissage(1).

 

Des intentions d’embauche en apprentissage en berne pour 2012

 

Les prévisions révélées par l’enquête quant au recrutement d’apprentis sont pessimistes : 40% des chefs d’entreprises interrogés ont l’intention d’avoir moins recours à l’apprentissage en 2012, 43% n’y auront ni plus ni moins recours. Pour 63% d’entre eux, la crise ne renforce pas leur intérêt pour l’apprentissage.

 

Cette tendance menace spécifiquement les formations techniques de niveau 5 (CAP et BEP). C’était déjà le cas en 2011 : on a constaté une augmentation de l’apprentissage dans les niveaux supérieurs tandis que la part des formations de niveaux CAP et BEP connaissait une décrue (+5,7% en moyenne pour les niveaux supérieurs / -9,5% en 2010 pour le niveau 5) (2).

 

Dans ce contexte, Apprentis d’Auteuil alerte sur le risque de détournement des réformes en cours. Pour la fondation, qui forme majoritairement des jeunes en difficulté, il est nécessaire que des dispositifs spécifiques soient largement déployés pour soutenir l’accès à l’alternance des jeunes de niveau CAP, optimiser leurs chances de réussir leur formation, leur permettre d’envisager un bac professionnel et d’intégrer l’entreprise.

 

Apprentis d’Auteuil veut favoriser l’apprentissage au niveau 5

 

Apprentis d’Auteuil a interrogé les chefs d’entreprises sur deux des propositions de son « Plaidoyer pour la jeunesse en difficulté » (3), rendu public en novembre dernier. Pour améliorer la formation des jeunes les plus en difficulté et maintenir les formations de niveau 5, la fondation propose d’encourager les entreprises à embaucher des apprentis de niveau CAP, par des incitations financières et fiscales spécifiques, mais aussi de garantir aux entreprises pendant la durée du contrat la présence d’un interlocuteur relais, impliqué dans le suivi éducatif du jeune. Ces deux mesures sont plébiscitées par respectivement 79 et 82% des entreprises.

 

Sur le terrain, Apprentis d’Auteuil expérimente déjà cet accompagnement dans ses unités de formation par apprentissage, qui accueillent en majorité des jeunes de niveau CAP. Persuadée que ces derniers doivent être encore mieux accompagnés que les autres pour les rendre éligibles à une formation par alternance, la fondation souhaite aussi prévenir les risques de rupture de contrat (25% des contrats en 2010, pour plus de la moitié au niveau CAP).

 

Recours à l’apprentissage : pour les chefs d’entreprise, les freins sont encore nombreux

 

Partagés sur la réforme sur le relèvement du quota d’apprentis et l’instauration d’un bonus-malus (47% pensent que cela accroîtra le recours à l’apprentissage / 38% ne le pensent pas), les chefs d’entreprises citent comme premier obstacle au recours à l’apprentissage l’inadéquation du profil des candidats (54%), qui recouvre l’insuffisante adaptation des apprentis au monde de l’entreprise (pour 29%) et le manque de candidats (25%). La charge salariale représentée par l’apprenti (22%) et la complexité administrative (15%) sont ensuite évoquées.

 

Et pourtant, les chefs d’entreprise interrogés par IPSOS ont bien conscience du rôle de l’apprentissage comme atout pour l’emploi : 89 % d’entre eux jugent que c’est un outil efficace pour l’insertion sociale des jeunes et 76% un moyen efficace de lutte contre le chômage.

 

La taxe d'apprentissage, une boîte noire pour les chefs d’entreprise ?

 

Le fonctionnement de la taxe d’apprentissage est opaque et mal connu de 71% des dirigeants. 34% ne savent pas à qui leur entreprise la verse. 58% s’estiment mal informés du mécanisme de répartition de la taxe vers les régions et les différents organismes de formation et 45% de l’utilisation qui en est faite. La réforme en cours aura du mal à inverser cette tendance : 74% n’ont pas entendu parler de la réforme qui vise à augmenter la part du quota réservée aux formations en apprentissage et seulement 4% la connaissent.

 

Paradoxalement, l’enquête révèle le "potentiel" de cette taxe, que les chefs d'entreprise considèrent à 75% comme un moteur d'intégration des jeunes dans l’entreprise. La crise renforce leur attachement à la possibilité de choisir l’organisme bénéficiaire de leur taxe d’apprentissage, pour 68% d’entre eux. La législation permet en effet à toute entreprise d'affecter la quasi-totalité de sa taxe d’apprentissage à l'organisme de son choix. Elle peut ainsi financer les formations en rapport direct avec son secteur, s’engager dans une politique de responsabilité sociétale et témoigner de son engagement citoyen face aux problèmes de chômage qui affectent aujourd’hui les jeunes.

 

Les chefs d’entreprise sont conscients des spécificités de la taxe d’apprentissage, sinon attachés à cette taxe. Pour 81% d’entre eux, cette taxe est importante pour assurer le développement et le succès de l’apprentissage et pour 68%, elle permet de proposer une formation dont l’entreprise a besoin. Si elle reste opaque, elle n’en est pas moins proche des entrepreneurs.

 

Rendre lisible cette taxe pour en libérer tout le potentiel

 

La réforme aujourd’hui en cours en matière de financement de l’apprentissage suffira-t-elle à combattre l’opacité et à développer le potentiel de cette taxe ? Pour Apprentis d’Auteuil, cette réforme va dans la bonne direction en augmentant la part du quota réservée aux formations en apprentissage. Mais pour Xavier Delattre, directeur des Ressources à Apprentis d’Auteuil : « La taxe d’apprentissage ne peut rester absente du débat sur l’apprentissage et il faut la réformer en profondeur pour accroître sa lisibilité pour les dirigeants. Il sera sans doute nécessaire de réformer le montage de cette taxe, aujourd’hui extrêmement compliqué, pour concrétiser le lien des chefs d’entreprises avec l’apprentissage. Cette réforme doit aussi refléter les priorités gouvernementales en matière d’apprentissage, avec un engagement clair sur les priorités de formations et l’avenir des filières techniques ».

 

 

Apprentis d’Auteuil est une fondation catholique, reconnue d’utilité publique, qui accueille, éduque et forme plus de 13 000 garçons et filles en difficulté, de la naissance à 26 ans, pour leur permettre de s’insérer dans la société en adultes libres et responsables. Ces jeunes lui sont confiés par leur famille ou par les services de l'Aide sociale à l'enfance. Apprentis d’Auteuil accompagne également les familles dans leur rôle éducatif.

 

Apprentis d’Auteuil accueille 635 apprentis (564 en 2009, 540 en 2008) dans 19 unités de formation par apprentissage et délivre 66 formations professionnelles dans 12 filières. A ce titre, elle collecte la taxe d'apprentissage.

 

www.apprentis-auteuil.org

www.taxeapprentissage.org

 

 

 

 


(1) Sondage réalisé par téléphone entre le 28 nov. et le 7 déc. 2011 par IPSOS auprès de 301 dirigeants de PME de 1 à 499 salariés

 

La réforme (décret paru au JO du 23 décembre) prévoit d'augmenter la part du Quota réservée aux formations en apprentissage pour la faire passer progressivement de 52% de la taxe brute aujourd'hui à 59% en 2015

 

(2) Résultats de l’étude annuelle de la Dares de décembre 2011 sur l’emploi des jeunes

 

(3) Retrouvez ce plaidoyer en intégralité sur www.apprentis-auteuil.org