Les modes et espaces de travail ont profondément évolué depuis la crise sanitaire. Le télétravail, d’abord solution d’urgence, s’est installé dans les pratiques. Le modèle hybride s’est généralisé, les bureaux se sont transformés, et les attentes des collaborateurs vis-à-vis de leur environnement professionnel ont changé en conséquence.
En parallèle, les politiques de retour au bureau se multiplient partout dans le monde, les directions générales remettent sur la table la question du présentiel, et les DRH se retrouvent à arbitrer entre des salariés attachés à leur flexibilité et des dirigeants en quête de cohésion.
Où en est-on vraiment du télétravail en France ? Le retour au bureau s’impose-t-il ou se heurte-t-il à une forme de résistance ? Et quelle place pour les espaces de travail et le présentiel en 2026 ? Décryptage.
Télétravail et retour au bureau : où en est-on en 2026 ?
Avant d’analyser les conséquences pour la fonction RH, un état des lieux chiffré s’impose. Les études publiées entre 2024 et 2026 dressent un panorama clair des pratiques et des attentes.
Le télétravail, une pratique installée
- 22% des salariés du privé télétravaillent au moins une fois par mois, avec un rythme moyen proche de 2 jours par semaine (Insee, 2025).
- Deux tiers des cadres télétravaillent régulièrement (Apec, 2024).
- 80% des cadres télétravailleurs seraient mécontents en cas de suppression du télétravail, et près d’un sur deux chercherait alors à changer d’entreprise (Apec, 2025).
- 59 % des salariés déclarent télétravailler pour pouvoir se concentrer.
Un retour au bureau qui s’impose à l’international, beaucoup moins en France
- 66% des salariés dans le monde sont désormais soumis à une obligation de présence au bureau, avec 3,7 jours attendus sur site en moyenne (JLL, 2025).
- Le taux d’acceptation de ces politiques est de 72% au niveau mondial, mais tombe à 64% en France (JLL, 2025).
- Le modèle hybride à 3 jours reste dominant pour 40% des salariés français, contre 33% pour le modèle à 4 jours sur site (Owl Labs, 2025).
- 30% des salariés français refuseraient un poste imposant le 100% présentiel (Owl Labs, 2025).
Un retour du présentiel informel
- 77% des salariés déclarent que leur employeur n’a pas supprimé le télétravail.
- 31% indiquent que leur employeur encourage le retour au bureau de manière informelle, sans règle écrite (Observatoire du télétravail, 2025).
L’espace de travail : vecteur du retour au bureau
Reste une autre voie pour faire revenir les collaborateurs : leur donner envie. Rendre l’espace de travail suffisamment attractif pour que le déplacement en vaille la peine. Sur ce terrain, les études convergent.
Côté entreprises, le baromètre Parella 2024-2025 montre que 32% des salariés travaillent en flex-office, et que 73% considèrent les espaces de travail comme un critère important dans le choix d’un employeur.
Le baromètre Actineo 2025 chiffre aussi l’effet d’un bon aménagement. Parmi les salariés satisfaits de leurs locaux :
- 93% le sont aussi de leur qualité de vie au travail (QVCT), contre 82% en moyenne ;
- 87% des très satisfaits développent un sentiment d’appartenance plus fort vis-à-vis de leur entreprise, contre 71% en moyenne ;
- 82% des télétravailleurs sont heureux de retrouver leurs collègues quand ils viennent au bureau.
Preuve que, quand la vie au bureau et les locaux sont agréables, il y a de l’engagement. À condition, cependant, que l’espace de travail soit pensé pour et avec les collaborateurs.
En effet, comme le révèle la dernière édition de l’Observatoire du télétravail, parmi les salariés concernés par une réorganisation (flex-office, open-space, déménagement), 66% disent ne pas avoir été consultés.
Or, comme le souligne CBRE, groupe de conseil en immobilier d’entreprise, dans une analyse publiée début 2026 : la réussite d’un projet flex-office tient moins au choix du mobilier qu’à la manière dont il est accompagné.
C’est ce qui fait de l’espace un sujet RH, et plus seulement immobilier. Consulter les équipes avant le projet et pas après, définir les règles d’usage avec les collaborateurs, former les managers aux nouveaux modes de collaboration : ce sont ces conditions qui transforment un aménagement réussi en vecteur d’engagement.
Espaces de travail, IA et bien-être en entreprise
Piloter un projet espaces de travail demandait déjà un vrai travail de fond avec les équipes. Deux évolutions récentes viennent ajouter de la complexité.
La première, c’est l’irruption de l’IA au bureau. Nous le savons, l’adoption de l’intelligence artificielle progresse vite et elle s’intègre aussi dans la gestion des espaces eux-mêmes. CBRE parle ainsi de « bureau augmenté » : réservation intelligente des postes, analyse d’occupation en temps réel, pilotage énergétique.
Cela signifie que les données de fréquentation individuelle vont être collectées à grande échelle. Pour les DRH, cela devient un sujet de dialogue social et de protection des données, à traiter avant le déploiement plutôt qu’après.
La seconde évolution, c’est le bien-être physique. Actineo mesure précisément son impact : 43% des salariés estiment que leur environnement de travail pèse sur leur bien-être physique, 41% sur leur bien-être psychologique. L’offre de services au bureau (restauration, sport, santé mentale) est vue comme un avantage clé par 47% des actifs.
Dans les deux cas, le constat est le même : le périmètre RH autour des espaces de travail s’élargit. Ce qui relevait de l’immobilier, de l’IT ou des services généraux touche désormais à l’engagement et à l’expérience collaborateur. Ils deviennent donc aussi des sujets de fidélisation des talents et, de ce fait, des sujets RH.
Dans un contexte où la suppression du télétravail n’est pas envisageable sans coût social, et où le retour au bureau imposé ne produit qu’une adhésion limitée, l’espace de travail s’impose comme un nouveau levier de réengagement des collaborateurs. Mais à une condition : qu’il soit pensé comme un projet RH, co-construit avec les équipes, et non comme un sujet purement immobilier.
Dans les faits, cela redessine le périmètre de la fonction. Piloter les espaces en 2026, c’est travailler en lien avec la direction immobilière, consulter les collaborateurs en amont, anticiper avec le CSE les questions liées à l’IA et aux données d’occupation, intégrer le bien-être physique à la stratégie QVCT et accompagner les managers dans les nouveaux modes de collaboration.
Source(s) documentaire(s) :
- Insee Analyses n°105 — Télétravail et présentiel : le travail hybride, une pratique désormais ancrée dans les entreprises (mars 2025, données 1er semestre 2024) :
- Apec — Télétravail des cadres (mars 2024) & Regard des cadres, managers et employeurs sur le télétravail (mars 2025) :
- Insee Flash Île-de-France n°109 — Un tiers des salariés franciliens télétravaillent régulièrement
- JLL / Kantar — Baromètre des préférences salariés 2025
- Owl Labs — État des lieux du travail hybride en France 2025
- Observatoire du télétravail — « Télétravail : stop ou encore ? » — Édition 2025
- Parella / CSA Research — Baromètre 2024-2025 sur l’évolution des modes et espaces de travail
- Baromètre Actineo 2025 — Comment réinventer le bureau à l’ère du télétravail ?
- CBRE — Le bureau post-2025 : comment l’IA et le flex office redéfinissent l’environnement de travail (mars 2026)

