RATP : une prime de “présence” pour lutter contre l’absentéisme des chauffeurs de bus

par Laurène Boussé
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La RATP prévoit de mettre en place une prime de “présence” progressive pour lutter contre l’absentéisme des conducteurs de bus et apaiser le climat social. L’entreprise connaît une augmentation des arrêts de travail et une dégradation du service proposé au public. Le mois dernier, 25% du service de bus à Paris et en petite couronne n’a pu être assuré. En quoi consiste cette prime de présence ? Est-ce vraiment une solution pérenne ?

 

Une prime de “présence” de 450 euros pour lutter contre l’absentéisme

Qu’est-ce-que la prime de “présence” de la RATP ?

La RATP prévoit d’instaurer une prime mensuelle de présence afin de lutter contre le taux d’absentéisme des chauffeurs de bus et la pénurie des talents. À ce jour, 4000 postes sont vacants à la RATP dont 700 concernant les conducteurs de bus. Le taux d’absentéisme atteint 13% au mois d’octobre, contre 10% les mois précédents selon Radio France.

Comme l’ont révélé deux journalistes du Parisien, la prime sera attribuée progressivement chaque mois jusqu’à la fin de l’année, à partir du mois d’octobre. 

Le premier mois, son montant atteindra 100 euros, puis 150 euros le deuxième mois de présence consécutive et 200 euros le troisième mois. Pour atteindre ainsi 450 euros de prime de présence au total après trois mois consécutifs sans absence (sans compter les congés). 

La RATP a indiqué que l’objectif de la prime était d’améliorer l’offre de service en soutenant “l’engagement et l’investissement des conducteurs de bus présents à leur service”.

Les difficultés de recrutement intenses que connaît le secteur se traduisent par un manque de chauffeurs de bus et des difficultés d’exploitation.

La prime de présence de la RATP sous le feu des critiques

À chaque nouveau jour d’absence, le compteur est remis à zéro. Ce dispositif vise à inciter les chauffeurs de bus de la RATP à être présents sur le long terme.

D’après France Info, une document interne liste 13 motifs d’absence pouvant annuler le versement de la prime exceptionnelle de la RATP. Les absences sans solde, celles pour cause d’enfant malade, de jour de grève, les arrêts maladie et les accidents du travail sont cités parmi ces motifs.

Ce qui a déclenché la colère des organisations syndicales.

Si la direction veut retrouver une attractivité dans le métier, elle doit revaloriser les salaires et améliorer les conditions de travail.

Cémil Kaygisiz, secrétaire général de la CGT RATP-Bus

La CGT a affirmé que la direction de la RATP avait “perdu la raison” après avoir “elle-même organisé le sous-effectif”. De son côté, L’Unsa-RATP a dénoncé une “provocation” et Force Ouvrière estime que cette prime de présence a pour objectif de “faire revenir des agents en arrêt maladie, en burnout ou au chevet d’un enfant malade.”

 

Une solution viable pour pallier l’absentéisme ?

La nécessité d’identifier les causes des absences

L’absentéisme au travail est une problématique majeure au sein de nombreuses organisations. Il peut être causé par différents facteurs. Selon le baromètre Absentéisme de Malakoff Humanis 2022, cette année on remarque une augmentation significative de l’absentéisme de 4 points par rapport à 2021. Chaque année depuis 2016, plus de 40% des salariés sont arrêtés.

Pour y pallier, la RATP a également instauré le recrutement par cooptation. Ce qui signifie que si un salarié propose à la direction un profil en adéquation avec le poste à pourvoir et que cette personne est embauchée, le coopteur touche 150 euros. Si la nouvelle recrue compte toujours parmi les effectifs de la RATP un an après, le coopteur recevra de nouveau 150 euros. Mais, des solutions, telles que la prime de présence chez la RATP, sont-elles véritablement efficaces à long terme pour lutter contre l’absentéisme ? Ou bien, faudrait-il comprendre les causes de cet absentéisme pour agir dessus ? 

En dehors du Covid, les maladies ordinaires représentent la première cause en 2022, suivie par les troubles psychologiques. La situation de fragilité des salariés explique ce phénomène. La qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) est bien souvent en cause.

La QVCT : la clé pour lutter contre l’absentéisme ?

Comment lutter contre l’absentéisme ? Outre la prime de présence, il est possible d’améliorer la QVCT dans l’entreprise. Cette dernière représente un levier non négligeable pour développer l’engagement des salariés et leur épanouissement. Les champs d’actions de la QVCT regroupent le contenu et la qualité du travail (clarté des consignes, moyens donnés, répartition de la charge …), le développement professionnel, l’égalité hommes femmes, l’équilibre des temps de vie (work-life balance), la prise en compte de l’environnement, le climat social, la dimension managériale ainsi que la prévention des risques.

Les organisations peuvent l’améliorer notamment en :

  • Anticipant et évitant la surcharge de travail
  • Mettant en place des parcours de développement professionnel pertinents
  • Proposant plus de flexibilité horaires aux collaborateurs 
  • Respectant le droit à la déconnexion
  • Valorisant le travail des collaborateurs
  • Prenant en compte la parentalité en entreprise 

 

Laurène Boussé