L’enquête annuelle Besoins en Main-d’Œuvre (BMO) de France Travail révèle 2,3 millions de projets de recrutement pour 2026. Le ralentissement est deux fois moins marqué qu’en 2025, confirmant la stabilité du marché du travail.
Un marché du travail qui se normalise
France Travail a publié fin avril la 25e édition de son enquête BMO. Les résultats révèlent une tendance majeure : le marché se stabilise après deux années compliquées. Les intentions de recrutement reculent de 6,5 % en 2026, un déclin deux fois moins brutal qu’en 2025 (- 12,5 %).
En revanche, cette modération du déclin masque des réalités contrastées. Les grands groupes se montrent prudents et réduisent leurs embauches de 12,8 %. Les PME et TPE, au contraire, tiennent bon :
- Très petites structures (0-9 salariés) : – 6,5 %
- Petites structures (10-49 salariés) : – 5,8 %
Deux recrutements sur trois proviendront des PME-TPE. Le tissu économique de proximité porte donc l’emploi régional tandis que les grands groupes se réorganisent. Parallèlement, 23 % des établissements déclarent vouloir recruter en 2026, proportion inchangée par rapport à 2025.
Secteurs en croissance et tensions qui se résorbent, lentement
Les tensions de recrutement diminuent pour la première fois après plusieurs années. Quelque 43,8 % des projets restent jugés difficiles à pourvoir, mais l’année précédente ce taux atteignait 50,1 %. Cette baisse de 6,3 points indique que les efforts d’ajustement entre offre et demande portent leurs fruits.
Cependant, les besoins structurels restent massifs. Certains secteurs connaissent une croissance soutenue :
- Santé, social, services à la personne : 322 000 projets (+ 0,4 %)
- Hôtellerie-restauration : 319 000 projets
- Commerce-distribution : 264 000 projets
- Industrie : 211 000 projets
- Agriculture : 193 000 projets
- Industrie extractive et déchets : + 24,8 % (l’exception notable)
8 secteurs structurants, 4 piliers de la stratégie France Travail
France Travail redéfinit son approche face aux tensions de recrutement. La stratégie sectorielle identifie 30 filières, dont 11 prioritaires couvrant 80 % des emplois à venir :
- Santé
- BTP
- Hôtellerie-restauration
- Commerce-distribution
- Transport-logistique
- Agriculture
- Industrie
- Emploi public
- Numérique
- Nucléaire
- Énergies
Pour chaque filière, France Travail construit des ambitions communes avec tous les acteurs. Résultat concret : plus de 40 accords de partenariat signés avec fédérations, OPCO, entreprises et branches.
Cette stratégie repose sur 4 piliers opérationnels :
- Attirer : Des plateformes sectorielles rendent les métiers visibles (exemple : prendresoin.fr pour la santé). L’immersion professionnelle et les sessions de simulation (Méthode de Recrutement par Simulation) permettent une découverte concrète des réalités du terrain.
- Former : 50 % des budgets formation financent désormais des cursus courts avant embauche, via la Préparation Opérationnelle à l’Emploi. Objectif : acquérir en quelques semaines les compétences attendues par l’employeur.
- Recruter : Les 6 000 conseillers France Travail Pro ciblent les recruteurs. L’objectif 2026 : 400 000 prospections, soit quatre fois plus qu’en 2023. Preuve d’impact : 160 000 visites d’entreprises au second semestre 2024 ont généré 30 000 créations d’emplois.
- Pérenniser : L’accompagnement continue après l’embauche. France Travail sécurise les transitions intersectorielles et anticipe les reconversions vers les métiers porteurs.
Santé, agriculture, industrie, numérique : des enjeux structurels
La BMO 2026 révèle des besoins de recrutement massifs dans plusieurs secteurs clés.
L’agriculture face à la retraite
L’agriculture prévoit 193 000 recrutements en 2026. L’urgence est générationnelle : un exploitant sur deux partira à la retraite d’ici 2030. La filière doit anticiper ces départs massifs et attirer des talents pour maintenir la capacité productive du pays.
La santé face au vieillissement
La santé devra pourvoir 500 000 postes d’ici 2030 (aides-soignants, infirmiers, auxiliaires de vie). Dès 2026, le secteur recrute 322 000 personnes. Cet enjeu découle directement du vieillissement de la population et de la montée en charge structurelle des services de soins.
Le numérique et l’industrie face à la transformation
L’industrie doit recruter 200 000 salariés annuels jusqu’en 2035. Le nucléaire seul devra embaucher 100 000 personnes d’ici 2035, l’aéronautique 25 000 par an. Parallèlement, le numérique connaît une pénurie de talents avec 49,5 % des postes qui restent difficiles à pourvoir. Ces deux secteurs portent la transformation écologique et numérique du pays. Les métiers évoluent rapidement. Les formations doivent anticiper ces mutations en collaboration étroite avec les OPCO.
Source(s) documentaire(s) :
- France Travail déploie sa stratégie sectorielle face à près de 2,3 millions de projets de recrutement

