L’échéance relative à la directive sur la transparence des salaires n’a jamais été aussi proche. Enfin, en théorie. En pratique, nous le savons maintenant, la transposition en droit français n’aura pas lieu en juin 2026 et quelques mois de plus seront nécessaires pour que la transparence des salaires ne vienne bouleverser le marché du travail français.
Il n’empêche que le sujet avance et soulève, au-delà de la question des écarts femmes-hommes qui en constitue le point de départ, des interrogations profondes sur la façon dont les entreprises évaluent, rémunèrent et managent leurs collaborateurs.
Dans ce nouvel épisode d’En voiture les RH, le podcast Factorial produit par myRHline, Christophe Patte embarque Frédéric Béziers Rose, PDG de Hays France, Luxembourg et Maroc, pour décrypter ce que cette directive changera vraiment et, en parallèle, ce qu’elle ne pourra résoudre.
Transparence des salaires une mise en œuvre encore à construire
Comme le souligne, Frédéric Béziers Rose l’objectif de la transparence salariale est légitime. Accepter des écarts de rémunération à compétences et travail égaux est inacceptable.
Mais dès qu’on entre dans les modalités concrètes, les questions s’accumulent. Comment mesurer et comparer des compétences non techniques d’un poste à l’autre ? Comment traiter les écarts géographiques de rémunération dans un contexte de full remote généralisé ? Et surtout, les entreprises auront-elles les moyens financiers de régulariser des écarts existants du jour au lendemain ?
Hays, précurseur sur le sujet depuis 25 ans (le groupe affiche les fourchettes salariales dans ses offres d’emploi depuis ses origines anglo-saxonnes) dispose déjà de grilles de rémunération pour 80 % de ses effectifs. Pourtant, Frédéric Béziers Rose juge la mise en œuvre de la transparence des salaires complexe, et plaide pour une approche itérative plutôt qu’une conformité précipitée.
Application de la transparence des salaires : les vrais défis qui attendent les RH
Au-delà de la technicité administrative, la transparence des salaires soulève d’autres sujets. La dimension managériale, par exemple. En effet, dès qu’elle sera transposée au droit français, cette directive permettra à un collaborateur d’accéder aux données de rémunération de ses collègues et questionner son manager sur les écarts constatés. Le manager devra justifier, avec des critères objectifs et documentés, pourquoi tel collègue est mieux rémunéré. Une pression nouvelle, dans un contexte où l’évaluation des compétences, en particulier non techniques, reste fondamentalement subjective.
Or, cette subjectivité ne disparaîtra pas avec la transparence. Ce qui risque de fragiliser des managers déjà peu formés à ces arbitrages et d’ouvrir la voie à des contentieux salariaux d’un nouveau type.
Autre impact négatif identifié par Frédéric Béziers Rose : la directive ne s’applique qu’aux salariés permanents. Dans un marché du travail où les entreprises diversifient déjà leurs modes de contractualisation, le recours à l’intérim, à la prestation externe et aux indépendants pourrait s’accélérer puisque cela ouvrira une voie de contournement d’une obligation perçue comme trop contraignante.
La transparence salariale est-elle une avancée sociale majeure ou une réforme dont les effets néfastes dépasseront les bénéfices attendus ? Frédéric Béziers Rose livre dans cet épisode un regard lucide et nuancé sur ce sujet qui agite la communauté RH depuis des mois. À découvrir dès maintenant dans En voiture les RH, un podcast Factorial.

