[Amazon et RH] Que retirer de la gestion de crise ?

par La rédaction

Amazon et RH : 2020 aura été une année au chiffre d’affaires exponentiel pour Amazon, au même moment, elle aura porté un coup dur à la marque employeur de l’entreprise. Le choix de renforcer le travail en présentiel en pleine pandémie de la Covid19 au détriment de la santé des salariés a choqué les Français. La firme d’Outre-Atlantique implantée en France accumule les mauvaises pratiques et conditions de travail à risque. Quelles leçons tirer pour la DRH en gestion de crise ?

 

Santé des salariés : des conditions de travail à risque dans les entrepôts

Lors de la première vague, il avait déjà été reproché à l’entreprise de poursuivre son activité malgré les cas positifs à la Covid19, sans consultation formelle avec les membres du CSE. Ceci a contribué à ternir l’image du géant du e-commerce : le bon déroulement du système de commande – préparation – livraison paraît prioritaire au détriment du bien-être des salariés. Cette démarche avait valu des sanctions de la part du tribunal de Nanterre en avril dernier. Cette démarche avait valu des sanctions prises contre l’entreprise en avril dernier par le tribunal de Nanterre pour manquements à protéger ses salariés de la Covid19.

Le deuxième confinement et la fermeture des commerces non-essentiels n’a fait qu’exacerber les torts nourris contre le géant du e-commerce. En novembre, deux syndicats d’Amazon (SUD et CGT) sont montés au créneau avec les demandes suivantes :

  • 2 euros bruts de l’heure de plus, rejoignant les conditions salariales mises en place pendant le premier confinement, 
  • l’obtention de 100% du salaire pour les personnes à risque en activité partielle, 
  • 1 000 euros de prime.

Certains groupes de salariés avaient déjà mené des actions de contestation contre les conditions de travail à risque, interrompant le travail sur plusieurs sites (un débrayage). Une situation qui pourrait bien se reproduire à l’heure actuelle avec la hausse des effectifs qui s’étoffent d’intérimaires pour répondre au traditionnel pic d’activité de fin d’année.

En réponse à cet article, Amazon cite plus de 150 processus adaptés pour protéger ses salariés de la COVID-19, ils sont toujours en place à ce jour. Une campagne de sensibilisation en interne a également été relancée pour rappeler les mesures en place. Les employés ont également été invités à télécharger et à utiliser l’application « Tous Anti Covid », conformément aux directives du Gouvernement.

L’espionnage des salariés

Novembre a été un mois riche en rebondissements pour la firme américaine, le duo média Vice-Motherboard le contenu de documents datant de 2019 dans lesquels il est évident que l’entreprise espionne les salariés dans les entrepôts à leur insu. Tout est répertorié : activités syndicales, mouvements concernant la justice sociale et la cause environnementale. Le contenu des réunions est rapporté, ainsi que les thèmes abordés et les actions menées au sein de l’entreprise, les décideurs veulent tout savoir.

À ce sujet, Amazon explique vouloir garantir un certain niveau de sécurité sur l’ensemble de ses activités, des collaborateurs aux bâtiments et stocks. “La mise en place d’une équipe d’enquête interne qui travaille, en cas de besoin, avec les forces de l’ordre est conforme à la loi et est menée avec le soutien des autorités locales compétentes qui en ont connaissance. Il est faux et irresponsable de suggérer à des fins de sensationnalisme qu’agir de la sorte est inhabituel ou illégal,” nous a communiqué l’entreprise. 

Amazon et RH : la valeur de l’humain revue à la baisse

Visiblement, la rentabilité passe avant tout. Le géant du e-commerce impose ses conditions dans des régions où le marché de l’emploi est moins riche. Les pratiques qui lui sont reprochées éclatent au grand jour, dans un autre temps elles seraient restées des secrets bien gardés en interne. Hélas, les langues se délient de plus en plus facilement et la vérité sort du cercle des salariés. Le succès économique de l’entreprise cette année ne profitera pas équitablement à tous ceux qui y ont contribué. Que représente une prime de 1 000 euros par rapport à un chiffre d’affaires de 88,9 milliards de dollars au deuxième trimestre 2020, soit 40% de plus que celui de 2019. Le pire ? Les chiffres prouvent que cette tactique fonctionne, économiquement parlant.

En réponse à cet article, Amazon déclare avoir proposé l’attribution d’une prime supplémentaire de 300 euros (versée en janvier) afin de reconnaître l’engagement de tous les salariés et intérimaires présents sur ses sites logistiques en cette fin d’année. Les partenaires de livraison bénéficieront également d’une prime exceptionnelle. La prime versée aux salariés intervient en complément des avantages issus des Négociations Annuelles de cet été. Ces négociations ont également abouti à une prime exceptionnelle de 500 euros liée à la première vague de la crise sanitaire en France au mois de mars, une augmentation annuelle de salaire de 1,6% ainsi qu’une prime pendant la période des fêtes.

Un rapport commandé par Mounir Mahjoubi, ancien secrétaire d’État au numérique, rapporte que l’entreprise embaucherait bien moins, 9 300 CDI français en 2019 pourtant, qu’un commerçant traditionnel à chiffre d’affaire égal. À savoir que Amazon arrive en tête du classement 2020 de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad) en termes de nombre de clients avec 53,7% de part de marché. En revanche, les achats sur internet ne représentent que 10% du commerce de détail en France, Amazon prendrait 20% de cette part selon la Fevad. La leçon ici ? Bien faire tous ses calculs entre marque employeur et bénéfices engagés. 

Les chiffres de l’étude Comcor de l’Institut Pasteur sur les facteurs de contamination par la Covid19 rappellent l’enjeu de protéger la santé de ses salariés. 44% des sondés infectés savent qui les ont contaminés. Le milieu professionnel (28,8 %) serait le deuxième lieu de contamination, hors foyer. Pour 96% des cas de contamination lors de l’exercice professionnel, en majorité le contact a lieu à l’intérieur. La prise de mesures efficaces pour réduire les conditions de travail à risque n’est aujourd’hui pas une option, mais un devoir de la part de l’entreprise.

Sous-estimer les mouvements sociétaux

Avec le mouvement “Noël sans Amazon”, un fort sentiment d’injustice s’est éveillé avec le géant du e-commerce comme Némésis, à la fois symbolique et réel. Lutter contre Amazon revient à soutenir les petits commerces non-essentiels et contraints de fermer pendant le deuxième confinement. L’entreprise, consciente de son environnement concurrentiel, aurait pu anticiper cette mauvaise presse. Ce qu’elle a tenté de faire en mettant en avant les marques et commerçants français référencés sur la plateforme lors de l’opération du Black Friday le 4 décembre dernier, mais l’effort arrive trop tard. L’opposition entre le volume de commandes qui explose et les conditions de travail à risque alimente le sentiment d’injustice sociale.

Malgré un chiffre d’affaires au beau fixe, l’entreprise saura-t-elle partager sa part du gâteau ? Le cas échéant, ce faux pas risque de ne pas pardonner face aux exigences éthiques des plus jeunes générations. Ne pas protéger la santé des salariés et promouvoir une surconsommation peu scrupuleuse à l’image du Black Friday et ses envois destinés à être renvoyés, a achevé de faire de la firme américaine l’ennemi numéro 1 de tout un groupe d’actifs qui cherchent à rétablir l’équilibre socio-environnemental de notre planète.

En réponse à cet article Amazon a souhaité apporter quelques précisions : “Rappelons que notre activité accompagne plus de 11 000 entrepreneurs et commerçants français qui s’appuient sur Amazon pour maintenir leurs activités et leurs emplois. Nous avons investi plus de 9,2 milliards d’euros dans nos activités en France depuis 2010 et sommes à l’origine de plus de 130 000 emplois répartis sur l’ensemble du territoire français, dont plus de 9 300 collaborateurs en CDI à la fin de 2019. Les emplois que nous proposons s’accompagnent d’un salaire et d’avantages sociaux compétitifs ainsi que d’excellentes opportunités de carrière, le tout dans un environnement de travail positif, sûr et moderne. À mesure que nos recrutements et notre activité en France se développent, Amazon apporte une participation croissante au financement des services publics et du modèle social français. Pour 2019 les prélèvements obligatoires liés aux activités d’Amazon en France se sont élevés à plus de 420 millions d’euros.”

Amazon et RH : Les salariés Amazon montent au créneau

Se sentant visés en permanence par les accusations montées contre leur employeur, certains salariés Amazon ont pris la parole pour défendre leur position. Satisfaits d’y travailler ou pas, ils avancent la création d’emplois par l’embauche d’intérimaires en cette fin d’année économiquement compliquée pour beaucoup et l’accès au marché en ligne pour les petits commerces français. Les effectifs du site de Sagan (Loiret) auraient doublé à l’approche de Noël, passant de 2 000 à 4 000 salariés, selon France info. “Que les gens qui critiquent sachent de quoi ils parlent,” déclare Linda salariée Amazon sur France Bleu. “Et ce n’est pas toujours le cas.” 

Un encouragement à la digitalisation

S’il y a une grande leçon à tirer du cas Amazon, c’est que la digitalisation est plus que jamais essentielle à la survie des TPE. “Il faut faire en sorte que les e-commerçants français soient encore meilleurs qu’Amazon,” affirmait Cédric O, le secrétaire d’État chargé du Numérique.

À ce sujet, Amazon annonce avoir mis en place un Accélérateur Numérique à la disposition des entreprises françaises pour les faire monter à bord du e-commerce. “Nous offrons aux nouveaux vendeurs français : accès gratuit à notre boutique en ligne (suppression des frais d’abonnement mensuels pour une durée de trois mois), mise en place de webinars quotidiens pour accompagner les commerçants dans la vente en ligne en créant leur propre site ou en rejoignant la marketplace, un coaching avec une équipe 300 personnes mobilisées pour les accompagner. Concrètement: en 3 jours vous êtes en ligne et prêt à commercialiser vos produits,” nous a précisé l’entreprise. 

Il s’agit aussi de se rappeler que de s’affranchir des règles parce que l’on est une multinationale ne passe plus inaperçu, surtout quand la crise sanitaire présente une aubaine pour l’activité de l’entreprise. Le fait que l’on parle plus librement des mauvaises pratiques en entreprises, surtout quand elles touchent à la santé des salariés, peut porter préjudice à tout employeur – même aux géants du web.

Maï TREBUIL

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