Fractures professionnelles et coronavirus, comment appréhender les écarts qui se creusent ?

par La rédaction
.

Reprise progressive des activités – mais les fractures professionnelles antérieures à la crise du coronavirus se sont exacerbées tandis que émergent de nouvelles problématiques liées à la fois au métier qu’au contexte social. Lanalyse France Stratégie “Les métiers au temps du corona” révèle que les changements survenus au 17 mars vont davantage en profondeur qu’on ne le pense. Malgré les garanties sociales et les mesures gouvernementales pour aider entreprises et salariés à faire face au ralentissement de l’activité, les vulnérabilités sont multiples et complexes selon les familles professionnelles. Cet article expose les perspectives à prendre en compte pendant cette reprise progressive de l’activité.

À différents secteurs leurs vulnérabilités professionnelles

Les métiers perçus comme les plus à risques et prioritaires, dits “de front” sont majoritairement exposés au risque sanitaire puisque 73 % de ces métiers sont effectués en contact avec le public. Ils appartiennent aux familles professionnelles suivantes : alimentaire, agricole, corps soignant, aide aux personnes fragiles, propreté, enseignant (faisant classe aux enfants de soignants) et les métiers de sécurité. De plus, 54 % des actifs de cette catégorie travaillent le week-end, les exposant à des rythmes intensifiés et une précarité sanitaire. D’une part la période de convalescence des contaminés peut être relativement longue. D’autre part, on ne sait pas grand chose sur les séquelles laissées par le virus.

Les métiers déjà en situation de vulnérabilité professionnelle avant la crise du coronavirus. En France, 4,2 millions de personnes cumulent l’impossibilité de travailler à distance avec un statut souvent précaire, ce groupe est composé à 77 % d’hommes.

Confrontés à un haut risque de chômage, malgré le dispositif de chômage partiel, les ouvriers de l’industrie et du bâtiment, les marins-pêcheurs, les employés administratifs d’entreprise et les personnels de ménage étaient déjà vulnérables économiquement depuis la crise de 2008. L’impossibilité de travailler à distance et la précarité de leurs conditions d’emploi (presque 1 sur 5 sont en CDD ou en intérim) font également leur particularité. S’y ajoutent des risques physiques pour 53 % et des rythmes de travail intenses pour 40 % d’entre eux.

Des métiers vulnérabilisés par la crise en raison de l’impossibilité d’effectuer leur activité en télétravail comptent l’hôtellerie, la restauration, les transports, les métiers de services aux particuliers (coiffeurs, esthéticiens, etc.), les secteurs de l’art, de la culture ou du sport, soit 4,3 millions d’emplois. Le risque économique est important puisqu’un tiers des actifs de cette catégorie ont des contrats précaires, dont l’interruption les coupe aussi du chômage partiel.

Pour les métiers en inactivité partielle depuis le 17 mars, la désociabilisation pose un vrai risque puisque l’éloignement de la sphère professionnelle rend leur retour au travail ou la recherche d’un nouvel emploi d’autant plus difficile. À cela s’ajoutent les difficultés financières puisqu’ils figurent dans les professions les moins bien payées.

Les métiers du télétravail exposés au burn-out et à l’isolement social. 

Même si les métiers de cadres, qui constituent en grande partie cette catégorie, sont exposés à un risque économique faible et ont une plus forte appétence pour le télétravail : 38 % travaillent habituellement à leur domicile contre 20 % du reste des familles professionnelles. À 90 % en CDI ou indépendants avec salariés, ces professionnels sont près de 4 millions. Si leur statut paraît plus confortable pendant ces temps de crise sanitaire, ils ne restent pas moins exposés à des fractures professionnelles comme les risques psychosociaux. En effet, le mélange entre la sphère privée et de la sphère professionnelle provoqué par les mesures imposées depuis le 17 mars fait grimper la probabilité de burnout, notamment dû à l’hyper connectivité et la charge mentale accrues, de surcroît dans les familles monoparentales.

Des vulnérabilités métier sources de fractures professionnelles profondes, quelles pistes pour les RH ?

Pas tous logés à la même enseigne et à chacun ses vulnérabilités. Le rapport Stratégie départage les métiers en trois types de vulnérabilités :

  • La conciliation vie professionnelle et vie personnelle (garde d’enfants, monoparentalité et caractéristiques du logement), 
  • La précarité financière (charges, emprunt et salaire),
  • Les situations de handicap ou de perte d’autonomie. 

Enfin, la surreprésentation des femmes (65 %) dans des métiers devenus prioritaires et essentiels contraste avec la majorité d’hommes (77 %) dans la catégorie des métiers déjà vulnérables avant la crise du coronavirus.

L’analyse Stratégie France démontre que chaque métier comporte sa part, voire une combinaison, de risques de fracture professionnelle. Si les mesures prises pendant le confinement ont exacerbé certaines fractures, les décideurs et RH peuvent jouer un rôle pour réduire l’écart, d’une part en instaurant une réorganisation plus inclusive face aux risques affrontés par la (ou les) catégorie qui les concerne. D’autre part, explorer les solutions à la fois technologiques et humaines dans le cadre de transformations numériques, logistiques et sanitaires en réponse à cette crise du coronavirus, et en prévention à d’éventuelles autres instances similaires à l’avenir.

Mai TREBUIL

Articles RH relatifs

Laisser un commentaire