Sandra Gaumont, contre le préjugé du fauteuil roulant

par La rédaction

Le 22 mars dernier, pendant que l’ANDRH remettait leur trophée Juni’Or aux lauréats, l’une d’entre eux, Sandra Gaumont en décernait d’autres, les trophées HAN-PLOI, aux agences du groupe O2 distinguées pour leur actions d’intégration des personnes en situation de handicap. C’est justement pour sa politique handicap et diversité, au sein d’une entreprise de services à la personne, que l’ANDRH a souhaité la féliciter.

 

« Cherche homme à tout faire, handicapé »

Ce plan en faveur de l’emploi des personnes handicapées, lancé il y a plus d’un an, s’est imposé comme un vrai défi. « Nos métiers d’intervenants à domicile sont des métiers qui ne sont pas toujours compatibles avec certains handicaps, car ce sont des métiers très physiques, raconte le coup de cœur du jury. Au début, nous recevions peu de candidatures de la part de certains Cap Emploi ».
 
Bilan aujourd’hui : « plus de 100 recrutements, parmi lesquels 95% sont des assistants ménagers ou des gardes d’enfants. Cela montre bien que c’est possible », s’enthousiasme Sandra Gaumont, 33 ans. Trouver les bons partenaires, voilà ce qui compte. « Nous avons travaillé, pour la première fois en 2010, avec 3 ESAT (Etablissements et Services d’Aide par le Travail), pour des missions de bricolage, de livraison de plateau repas et de mises sous pli », continue-t-elle. Le groupe a également recruté, au sein de leurs propres agences, des assistants et des téléconseillers.
 
Mais la chargée de mission handicap et diversité ne veut pas seulement recruter, elle veut « faire évoluer les mentalités » et s’est donc aussi penchée sur les aspects intégration et sensibilisation. « Nous avons équipé certaines personnes de sièges ergonomiques et avons mis en place des téléphones avec SMS illimités pour des salariés avec déficience auditive », donne-t-elle en exemple.
 

Quelle sensibilisation fonctionne ?

Bien sûr, elle a eu recourt à la vidéo qui vise à « faire tomber les préjugés », mais aussi à d’autres pratiques plus originales, comme cet atelier théâtre lors du séminaire annuel d’entreprise. « Une chouette expérience, dit-elle, car ce n’est pas facile de jouer devant un public, mais les gens ont joué le jeu ». Pour ouvrir le dialogue entre les candidats et les recruteurs des agences, une simple affiche a suffit. « J’ai eu des retours des agences où le salarié confiait qu’il avait osé parler de son handicap en voyant cette affiche », poursuit la lauréate. La newsletter interne a également été enrichie d’articles sur le sujet du handicap. « Suite à ces articles, j’ai reçu de nombreux appels de salariés qui avaient des interrogations liées à leur problème de santé », se réjouit-elle.
 
Le groupe a mis en place des journées de formation destinées aux assistants d’agence, « les personnes qui sont le plus en contact avec les salariés intervenant à domicile », explique la lauréate. Comment accueillir une personne handicapée, comment mener un entretien, ce que l’on peut et ne peut pas dire ? Des questions qui paraissent simples, mais ne sont pourtant pas des évidences et permettent aussi d’être plus à l’aise avec le sujet. « Même si une personne me dit qu’elle est très ouverte, je ressens souvent une petite appréhension », constate Sandra Gaumont.
 
Ces formations sont l’occasion de revenir sur des idées reçues sur ce qu’est le handicap et ses différentes formes. « Il y a beaucoup de représentations, dit-elle. On parle de plus en plus du handicap, mais souvent les connaissances sont réduites. Une personne handicapée n’est pas forcément en fauteuil roulant. 80% des handicaps ne sont pas visibles ».
 

De Pôle Emploi à Cap Emploi

Lors de ses études à l’Institut de Gestion de Rennes, elle s’était « penchée sur le sujet, mais c’est au cours de ma vie professionnelle que je me suis orientée vers les politiques handicap et diversité ». Avant de prendre son poste en tant que chargée de mission chez 02, elle a eu « des expériences variées, qui m’ont permis de voir différentes facettes du domaine RH ». Sandra Gaumont a été consultante, responsable de recrutement dans une agence de travail temporaire, conseillère ANPE – « c’était avant la fusion », précise-t-elle – et a commencé chez 02 par le bas. « J’ai d’abord travaillé dans une agence locale, avant d’arriver au siège, preuve de mon investissement », aujourd’hui consacré par le Trophée Juni’Or de l’ANDRH.
 
C’est en tant que consultante qu’elle a eu l’occasion d’accompagner, pour la première fois, une personne en situation de handicap.
 

D’après son expérience à l’ANPE, elle avoue être heureuse de faire ce qu’elle fait aujourd’hui, sans vouloir défendre l’image négative souvent renvoyée par l’institution. « Mais il est vrai que, quand vous terminez votre journée, vous êtes contente, accorde-t-elle. Le rythme est très cadencé, les plannings précis. Et 20 minutes par personne, c’est peu pour proposer des pistes, rechercher des offres, décrocher son téléphone pour appeler un employeur », raconte la lauréate.

 

 Typhanie BOUJU