Le jambon dans le sandwich ou le recruteur au bord de la crise de nerfs

par La rédaction

Vous recherchez un emploi et je comprends que vous soyez agacé car :

– Certains cabinets de recrutement ne vous répondent pas ou envoient des réponses automatiques.

Lors de l’envoi de la candidature, vous recevez souvent le classique accusé de réception mentionnant que « sans réponse sous 4 semaines, la candidature doit être considérée comme non retenue »

– Les entreprises ne sont pas toujours réactives quand il s’agit de signer le contrat d’embauche même pour un poste à pourvoir de manière urgente.

« On vous recontactera… »

– Les DRH mettent du temps à se décider sur l’embauche d’un profil qui ne correspond qu’à 90% de leurs attentes du mouton à cinq pattes.

« C’est exactement le profil qu’il nous faut mais il ne parle pas le javanais couramment ! »

 

Vous connaissez tout cela par cœur, alors aujourd’hui, j’ai décidé de ne pas vous parler du combat épuisant des seniors pour trouver un emploi : je sors de mon rôle de Dr Jekyll (le sympa) pour entrer dans celui de Mr Hyde (l’affreux). Car le cahier des doléances est bien rempli aussi chez les recruteurs.
Je vais donc vous parler du jambon dans le sandwich. Le jambon, c’est moi, moi qui fais du recrutement, moi qui suis tiraillée constamment entre la demi-baguette du haut : l’entreprise qui me demande un profil et la demi-baguette du bas : le chômeur-senior-chercheur-d’emploi. Et dans ce sandwich, il manque souvent du beurre pour huiler les rouages et il a trop de cornichons !

Voici à quoi je suis confrontée avec la demi-baguette du bas : le chômeur-senior-chercheur d’emploi

Nous vous contactons par mail parce que vous avez déposé votre CV sur notre site ou sur une bibliothèque de CV en ligne ou bien que vous êtes inscrit sur l’APEC ou au Pôle Emploi. C’est aussi, bien sûr, parce que votre profil nous intéresse.
Mais pourquoi déposez-vous un CV ? Si vous ne lisez pas vos mails
Nous avons constaté qu’un nombre important de seniors ne consulte sa boîte mail que tous les mois et encore ! Lorsque nous leur envoyons une alerte parce qu’un poste peut leur convenir ; ils ne sont souvent au courant que plusieurs jours plus tard ce qui signifie plusieurs jours TROP TARD.
Peut-être, aussi, que votre licenciement vous a permis d’obtenir une indemnité de départ qui vous rassure et vous laisse penser que cela vous permettra de vivre normalement pendant quelques mois sans trop de difficultés financières. Un chômeur ne peut pas toucher plus de 5.800 euros nets par mois, ce qui est tout de même le niveau plus élevé d’Europe. La durée d’indemnisation est limitée à deux ans (trois ans pour les plus de 50 ans), sans dégressivité. Ce montant correspond en moyenne à 60% de l’ancien salaire brut. Cependant, le temps joue contre vous ! Quand vous ne toucherez plus vos indemnités ASSEDIC et qu’en plus vous aurez un « trou » de 2 ans dans votre cv, que se passera t-il ?
Mais pourquoi déposez-vous un CV ? Si vous lisez vos mails, mais n’y répondez pas
Vous pouvez être sollicité pour des propositions de poste qui ne correspondent pas totalement à votre profil ou à vos attentes. Dans ce cas, vous devez impérativement apporter une réponse négative en précisant vos raisons (localisation, rémunération, compétences, …). Le fait de ne pas répondre, nous laissera penser que vous n’êtes plus en recherche d’emploi et nous supprimerons votre cv de la base de données. Les précisions apportées dans votre réponse nous permettront de mieux cibler par la suite. Au cours du temps, les recruteurs sont tenus d’optimiser leur base de données en ne prenant en compte que des candidats qui sont en recherche active. Ils ne prendront plus le temps de solliciter des candidats qui ne répondent pas. Il nous arrive d’envoyer un email avec AR. Le mail est lu mais nous n’obtenons pas de réponse. Que faites-vous quand c’est un courrier traditionnel arrivant par la voie postale ?
Mais pourquoi déposez-vous un CV ? Si vous lisez vos mails et y répondez de manière désinvolte en mettant votre CV en pièce jointe sans un mail d’accompagnement. Ni « Bonjour », ni « Cordialement ».
On reproche aux cabinets de recrutement de « robotiser » leurs réponses, les chômeurs s’y sont mis aussi ! Lorsque vous envoyez un email, n’oubliez pas d’écrire l’objet de votre message ainsi qu’un texte d’accompagnement décrivant la raison de votre message : faute de quoi, vous donnez l’impression de ne pas être motivé et sachez aussi que les mails sans message sont traités comme des spams donc détruits. L’envoi d’un mail sans contenu et uniquement avec une pièce jointe est toujours très mal perçu. N’envoyez jamais de mail avec uniquement « Pièce jointe », « mon cv », « pour information », « à votre disposition », « à lire », dans le texte.
On n’envoie pas un CV par mail comme ça sans aucune explication ; votre CV n’est pas une pub que vous distribuez dans les boîtes à lettres. Le curriculum vitæ, CV (« chemin de vie » ou encore « course de la vie » en latin), c’est votre chemin de vie, respectez-le ce n’est pas un prospectus ventant les mérites d’un vulgaire produit.
– Soit il s’agit d’une réponse à une offre, dans ce cas reprenez l’intitulé du poste : « en référence au poste de …je… »
– Soit il s’agit d’une candidature spontanée, reprenez quelques mots porteurs trouvés sur le site de recrutement par exemple « connaissant votre sensibilité au recrutement des seniors, je….. »
– Ou bien encore mentionnez le nom de la personne qui vous recommande.
– Pour gagner du temps, précisez aussi si vous êtes en veille (ce n’est pas un problème) ou en recherche active, si vous êtes disponible tout de suite ou à la fin de votre préavis, si vous êtes mobile ou pas.
– Mettez votre numéro de portable, faites court, il ne s’agit pas d’une lettre de motivation qui viendra après pour étayer votre engagement et vérifier la compréhension du poste
Lorsque vous déposez un CV, vous vous engagez moralement à répondre à toutes propositions de poste que vous recevez. Ceux qui réussissent le mieux dans leur recherche d’emploi sont ceux qui sont constamment en action c’est-à-dire qu’ils utilisent tous les moyens qui leur permettent d’établir de nouveaux contacts et de trouver de nouvelles pistes. Cette attitude donne d’excellents résultats car elle permet de découvrir les emplois cachés.

Voilà à quoi je suis confrontée avec la demi-baguette du haut : l’entreprise qui me demande un profil

Pourquoi déposez-vous une « offre urgente » si vous mettez trois semaines à répondre à nos mails qui vous avertissent de la qualification de plusieurs profils correspondant à votre demande ? Nous sommes bien conscients que le temps de l’entreprise est nettement différent du temps individuel mais sachez que nous sommes aussi impatients que nos candidats. Sachez aussi que certains profils très demandés n’attendent pas des semaines pour être placés, dès lors vous avez loupé la perle rare : celui qui parle le javanais !
 
Pourquoi ne pas vous assurer que les opérationnels sont d’accord pour un recrutement externe (outsourcing) ? Il nous arrive aussi de découvrir à mi-parcours que la stratégie de recrutement est purement politique, le recrutement se fera autrement (cooptation, piston…) et nous avons travaillé pour rien.
 
Pourquoi la définition du poste à pourvoir est-elle à géométrie variable ? Eh oui, souvent elle est revue et corrigée plusieurs fois en fonction des profils proposés, ce qui nous amène à chercher le candidat idéal puisque son profil est constitué de l’addition de plusieurs cv. D’où le mouton à cinq pattes qui parle toujours le javanais
Point particulièrement délicat, l’indication du salaire. Ne changez pas le montant au cours de l’entretien avec le candidat : «La Direction Générale nous indique que ce n’est plus un poste à 60 mais à 40 000 euros ». Vous vous comportez comme les agents immobiliers qui se font forts de vendre votre appartement très cher et très vite pour vous appâter et vous tombez vite du cocotier lorsque vous avez le couteau sous la gorge avec votre crédit relais !
Donc, le jambon pète les plombs.
Le recruteur itou.
Crises de nerfs et schizophrénie.
 
Symptômes positifs : le patient-recruteur souffre d’hallucinations verbales. C’est-à-dire qu’il entend des voix, qui lui semblent réelles : « nous voulons recruter 10 ingénieurs et 5 commerciaux de manière urgente »
Symptômes négatifs : ce sont des traits de comportements qui se “soustraient” à un comportement normal. Après avoir envoyé les profils qualifiés et dans l’attente interminable de la réponse de l’entreprise, le recruteur entre dans une sorte de dépression, sans réelle tristesse, mais avec beaucoup de whisky.
Désorganisation : elle se caractérise par l’impossibilité chez les malades de coordonner leurs actions, leurs pensées. Les recruteurs peuvent ainsi tenir un discours totalement incohérent : « l’entreprise souhaite vous embaucher mais elle n’a pas l’argent ??? »
Les délires schizophréniques peuvent être de plusieurs ordres, hallucinatoires (10 postes à pourvoir), de persécution (le sujet se croit en butte à l’hostilité d’une ou plusieurs personnes cherchant à lui nuire) par exemple, l’entreprise qui change le salaire ou la définition du poste, ou mégalomaniaques (il se croit doté de capacités extraordinaires) par exemple pouvoir donner du travail aux chômeurs ou pire encore aux seniors.

Elisabeth Lahouze Humbert 

Consultante RH

 

A propos de Cadres Seniors Consulting :
Créé en 2006 est le premier cabinet de recrutement spécifiquement dédié aux cadres seniors. Précurseur dans ce domaine, CSC intervient au niveau national et international et dans tous les secteurs du tertiaire et de l’industrie.
La mission de Cadres Seniors Consulting :
· Réintégrer les seniors rejetés du marché du travail,
· Combattre les idées reçues qui mènent la vie dure aux plus de 50 ans
 
Cadres Seniors Consulting vient de faire paraître 2 ouvrages chez l’éditeur Maxima (www.maxima.fr)  
Le Retour des Quinquas : Basé sur des cas concrets et des situations vécues, Le Retour des Quinquas est un ouvrage positif avant tout. Conçu pour faciliter votre recherche, il va vous permettre de vous repositionner sur le marché de l’emploi… et vous aidera de surcroît à rester optimiste!
 Le choc générationnel : C’est le premier ouvrage qui offre à tous : managers, DRH ou consultants, les moyens d’adapter leur management (délégation, évaluation, motivation, communication, formation…) en fonction des différences de comportement de chaque génération. Ainsi, cette enquête sur le terrain est aussi une très efficace boîte à outils managériale pour le pilotage au quotidien des équipes multi-générationnelles actuelles

 

 

 

 

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