Alors que le débat sur la destruction d’emplois par l’intelligence artificielle occupe les esprits, les données du Global Hiring Report 2025 de Deel racontent une autre histoire. Celle d’un métier né de l’IA, en pleine explosion, et qui pose aux professionnels RH des questions inédites : comment recruter, rémunérer et former des profils qui n’avaient pas de nom il y a trois ans ?
L’intelligence artificielle supprimerait des emplois. C’est ce que nous entendons régulièrement depuis 3 ans. Pourtant, le rapport annuel de Deel sur le recrutement mondial apporte une nouvelle perspective. En 2025, le poste ayant enregistré la plus forte croissance à l’échelle internationale n’est pas un métier de la tech historique.
Il s’agit du métier de formateur IA (AI trainer), en hausse de 283 % par rapport à 2024. On en dénombre désormais plus de 70 000, répartis dans plus de 600 entreprises à travers le monde. Un chiffre qui dit à lui seul ce que le débat public peine encore à formuler concernant l’impact de l’IA sur l’emploi : l’intelligence artificielle peut être à l’origine de nouveaux besoins humains et créer de nouveaux métiers. En voilà la preuve.
Formateur IA : définition du métier d’IA Trainer
Le métier de formateur IA (IA Trainer) consiste à évaluer, corriger et noter les réponses produites par un modèle d’intelligence artificielle. En somme, il s’agit de fournir la matière humaine qui permet au modèle de s’améliorer. C’est aussi ce que les spécialistes appellent le RLHF, pour Reinforcement Learning from Human Feedback : une boucle d’apprentissage dans laquelle le jugement humain constitue le critère de qualité à partir duquel le modèle s’ajuste.
Ainsi, les tâches du formateur IA consistent, par exemple, à :
- comparer deux réponses générées et indiquer laquelle est la meilleure ;
- rédiger des exemples de réponses idéales ;
- signaler des erreurs factuelles, des biais ou des formulations inappropriées.
Derrière cette mécanique commune, les profils peuvent être très différents.
D’un côté, des annotateurs généralistes, chargés d’étiqueter des données ou d’évaluer des contenus sans expertise disciplinaire particulière. De l’autre, des experts métiers (médecins, juristes, mathématiciens, traducteurs, par exemple) sollicités pour affiner les modèles dans des domaines où la précision est indispensable. La frontière entre ces deux catégories est aussi une frontière salariale : les seconds sont significativement mieux rémunérés.
Dès lors, cette diversité de profils se retrouve dans les rémunérations : 25 % des offres proposent des taux horaires supérieurs à 40 euros de l’heure, tandis que la tranche la plus représentée (30 % des IA Trainers) se situe entre 15 et 20 euros de l’heure.
Pour les directions RH, cela signifie une chose concrète : il n’existe pas encore de grille de référence stabilisée pour ces métiers. Construire une politique salariale cohérente, attirer les bons profils sans surpayer ou sous-valoriser, relève encore largement du tâtonnement. Les équipes compensation & benefits vont devoir s’y atteler sans attendre.
| Selon Deel, ce sont les formateurs IA en traduction qui s’imposent comme les profils les plus recherchés en France. Reflet d’un besoin croissant d’ancrage linguistique et culturel des modèles déployés à l’échelle européenne. |
Nouveau métier, écart existants : la parité salariale à l’épreuve de l’IA Training
Si la croissance du métier est inédite, les écarts salariaux qui l’accompagnent eux ne sont pas nouveaux.
En France, les données de Deel révèlent un écart de rémunération marqué : les femmes occupent 44 % des postes de formateurs IA, mais perçoivent un salaire médian d’environ 15 euros de l’heure, contre 34 euros pour leurs homologues masculins. Un différentiel qui interpelle d’autant plus qu’il dépasse largement ce que la seule répartition sectorielle peut expliquer.
Car une partie de l’écart s’explique, certes, par une segmentation des spécialités. Par exemple, les rôles en psychologie sont majoritairement occupés par des femmes, ceux en mathématiques très largement par des hommes. Or, les seconds sont mieux rémunérés.
Néanmoins même sur les postes généralistes, l’écart demeure significatif. L’Espagne et l’Italie, elles, n’enregistrent qu’un euro cinquante de différence entre les genres sur ces mêmes fonctions. Le contexte national joue donc un rôle, et la France, malgré son arsenal législatif sur l’égalité femmes-hommes, ne s’en sort pas bien dans ce comparatif. Pour les DRH, c’est un signal d’alerte : les nouveaux métiers de l’IA risquent de reproduire, voire d’amplifier, les inégalités structurelles déjà à l’œuvre dans la tech.
- Pour aller plus loin, visionnez notre podcast HR Tech Stories
| IA, emploi et bullshit : ce que l’IA change vraiment | Futur du travail : l’IA va-t-elle épuiser nos cerveaux ? |
AI Trainers : Ce que la fonction RH doit anticiper dès maintenant
Au-delà des chiffres, ce que révèle l’essor du formateur IA, c’est une transformation profonde de la chaîne de valeur des compétences. Comme le souligne Maxime Hoff, porte-parole de Deel en France, si l’IA crée massivement de nouveaux emplois, elle déplace simultanément les curseurs de l’employabilité : l’enjeu n’est plus seulement de former les équipes en place, mais de préparer les générations futures à des métiers qui, pour certains, n’ont pas encore de nom.
Or les organisations peinent déjà : une étude Deel de novembre 2025 révélait que 57 % des entreprises françaises rencontrent des difficultés à trouver des formateurs qualifiés. Et ce, malgré un investissement massif : 62 % d’entre elles déclarent engager des moyens significatifs sur ce sujet.
Le métier de formateur IA est ainsi la démonstration d’un marché du travail en recomposition accélérée. Pour les professionnels RH, il incarne à la fois une opportunité de positionnement stratégique, en anticipant les besoins en compétences, et un défi immédiat de structuration : référentiels métiers à construire, grilles salariales à élaborer, viviers de candidats à identifier. Les organisations qui sauront s’y préparer dès maintenant disposeront d’un avantage compétitif décisif. Les autres risquent de courir après un marché qui, lui, n’attendra pas.
Source documentaire :
