Dons de JRTT : est-ce bon pour la marque employeur ?

par La rédaction

 

Depuis la loi Mathys de 2014 autorisant les salariés à donner des jours de congés à des parents d’enfants malades, les entreprises, et plus largement les partenaires sociaux, se mobilisent sur le sujet. Récemment, Etam a fait part de la signature d’un accord permettant à ses collaborateurs de donner 2 jours maximum par salarié. Au total, cette première campagne a permis de recueillir 154 jours –abondés à hauteur de 10% par la direction – autorisant ainsi une salarié à s’absenter pour s’occuper de son enfant gravement malade sans perte de salaire. Solidarité, bienveillance, générosité… toutes ces valeurs sont au cœur de ces démarches. Nous avons demandé à Bénédicte de Peyrelongue, enseignant chercheur à l’Inseec spécialisée en marketing et co-auteure de « L’entreprise, une affaire de don »*, quel impact pouvait avoir ce type d’initiative sur la marque employeur mais aussi sur l’engagement des salariés.

 

La mise en place d’un système de don de jours de congés peut-elle être bénéfique à la marque employeur d’une entreprise ?

Bénédicte de Peyrelongue : oui ce type d’initiative donne une image positive de l’entreprise à l’extérieur. Cela diffuse une dose d’humanité, d’empathie et bienveillance. On se dit que dans cette société, les uns portent une attention aux autres.

 

Quel peut être l’impact de ce type de pratique sur l’engagement des salariés ?

Bénédicte de Peyrelongue : tout dépend de la façon dont le sujet est abordé. Pour être réussi, le don doit s’inscrire dans le cercle vertueux du « demander, donner, recevoir et rendre ». Un don aura davantage de valeur s’il est reçu. S’il n’implique aucune réaction du récepteur, alors il est vain. Deuxièmement, un don est plus facilement reçu s’il est demandé. Pour « fonctionner », un système de don de jours de congés doit être vu, valorisé et reconnu. Si la demande émane de la direction, les salariés doivent sentir que cette dernière est effectivement engagée dans le projet. Les dirigeants peuvent par exemple décider d’abonder le compteur des jours donnés par les collaborateurs. Ce serait un signal fort en interne.

 

Les dirigeants doivent-ils « remercier » les donateurs ?

Bénédicte de Peyrelongue : Le don est libérateur, il rend heureux. Dans le comportement des gens qui donnent, il y a une part de « gratuit » qui, spontanément, n’appelle pas de retour. Le pire serait de leur donner un retour matériel. Cela relèverait presque de l’insulte car dans ce type de don, on n’est pas dans le comptage mais dans la pure solidarité et la générosité. Cela étant, rien n’empêche l’employeur de diffuser un message de remerciement. Les dirigeants doivent faire savoir leur fierté d’avoir des collaborateurs comme ça. S’ils ne le font pas, le don peut rapidement devenir un poison.

 

C’est-à-dire un poison ?

Bénédicte de Peyrelongue : si l’employeur est juste dans le calcul de son image, s’il ne remercie pas ses salariés pour leur geste, le cycle vertueux peut se transformer en cycle diabolique. Les salariés auront l’impression d’avoir été pris au piège et on ne les y reprendra plus.

 

Comment une entreprise doit-elle se comporter vis-à-vis des non-donateurs ?

Bénédicte de Peyrelongue : l’employeur doit veiller à ce que ce système de don ne devienne pas une contrainte sociale. Personne ne doit se sentir obligé de donner. Et l’entreprise n’a pas à juger ni à stigmatiser ceux qui ne donneraient rien. Ce n’est pas parce que les gens ne donnent pas de jours de congés que leur engagement pour la cause est moins fort. Peut-être ont-ils auparavant permis au salarié concerné de partir plus tôt pour s’occuper de son problème familial. Peut-être ont-ils besoin de leurs jours de congés pour s’engager en faveur d’une autre cause à l’extérieur de l’entreprise. On ne sait pas, donc pas de jugement. Si l’employeur organise une cérémonie autour de cette initiative de dons de jours de congés, tout le personnel doit être convié. Donateurs et non-donateurs.

 

Recueillis par Sylvie Laidet

 

* avec  Pierre-Yves Gomez, Anouk Grévin et Olivier Mascle, Nouvelle Cité, 2015.