Discrimination positive, où en est-on ?

par La rédaction
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La discrimination positive consiste à « favoriser certains groupes de personnes victimes de discriminations systématiques » notamment en contexte de recrutement, dans le but de rétablir l’égalité des chances. Les discriminations en cause peuvent être de nature raciale, être fondées sur le sexe, la religion, l’âge ou le statut social. État des lieux de cette pratique en France et dans le reste du monde.

En France, la discrimination positive est timide

La constitution l’interdit en France, mais des mesures de discrimination positive font déjà partie de notre société. On l’observe dans les moyens supplémentaires alloués aux zones urbaines sensibles, dans la loi pour la parité Femmes-Hommes en politique ou encore dans la loi sur les logements sociaux qui favorise la mixité sociale.

Si certains politiciens, notamment d’extrême droite, s’élèvent contre le principe, d’autres en ont fait un cheval de bataille, comme l’actuel Président Emmanuel Macron. Celui-ci s’exprimait ouvertement en faveur de mesures de discrimination positive durant sa campagne pour la présidentielle. Il mettra ensuite en place les emplois francs dès novembre 2017, pour favoriser l’emploi des personnes issues de quartiers moins favorisés. Pour chaque entreprise qui recrute une personne habitant en quartier défavorisé, une prime de 15 000e sera versée, étalée sur 3 ans, ou 5 000e sur 2 ans si le salarié est en CDD. Mais le démarrage est timide, comme en témoigne le bilan de la phase de test, qui laisse paraître une relative frilosité de la part de certaines entreprises et un manque d’information de l‘autre.

Plus récemment, Ségolène Royal prenait la parole pour défendre le principe : “La discrimination positive, c’est l’égalité des chances. Il faut (la pratiquer) en plus, sans retirer des droits à ceux qui n’ont pas besoin de discrimination positive. Il ne faut pas opposer les uns aux autres, il faut entrer dans des logiques de réconciliation, en agissant pour l’égalité des chances.

Si de plus en plus d’entreprises cherchent à favoriser l’égalité des chances et la diversité avec le recrutement inclusif, aucune loi n’encadre la pratique par ailleurs. Côté enseignement supérieur, on observe en revanche des succès, comme avec Sciences Po, longtemps considérée comme une école réservée aux enfants de familles aisées. L’école met en place en 2001 un concours d’entrée parallèle pour favoriser l’accès aux plus défavorisés. 1600 étudiants ont été intégrés au cursus par cette voie d’admission en une quinzaine d’années.

Et la discrimination positive ailleurs dans le monde ?

Pionniers de la pratique, les États-Unis ont mis en place les premières mesures de discrimination positive lors de la lutte pour les droits civiques et l’abolition de la ségrégation raciale, dns les années 60. On pourrait penser le pays rompu à l’exercice, en réalité des frictions demeurent sur le sujet.

Des 2007, Le Monde Diplomatique mettait en lumière le déclin de l’affirmative action qui encadre la discrimination positive dans les universités. Dernièrement Donald Trump oeuvrait afin d’annuler les mesures pour promouvoir les minorités, mises en place par Barack Obama durant son mandat. Par ailleurs coté universités, la réputée Yale fait face à des accusations de discrimination depuis 2 ans.

Du côté de l’Angleterre, certaines entreprises prennent des mesures radicales dans le sens de la diversité et du recrutement inclusif. HSBC annonçait en juillet dernier son intention de doubler le nombre de salariés noirs aux postes de direction d’ici à 2025, pour arriver à une population équivalente à la part de cette minorité dans la population anglaise. Une décision en réponse aux mouvements de revendication qui ont suivi la mort de Georges Floyd, causée par un policier américain.

La pratique de la discrimination positive soulève toutefois des questions. Comment l’encadrer pour que la pratique ne porte pas préjudice aux personnes non issues de minorités ? On peut penser au cas où une personne plus qualifiée serait écartée au nom de la discrimination positive. Par ailleurs, comment s’assurer que la “carotte” de la prime des emplois francs en France n’aura pas pour effet de défavoriser des candidats plus qualifiés au profit de candidats “rémunérateurs” ?

Mélanie LE GUEN

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