La présence d’animaux au travail séduit particulièrement les jeunes générations et s’inscrit dans une dynamique QVCT plus large. Avant de se lancer, les RH doivent évaluer l’impact sur l’organisation, la cohésion et le bien-être. Quels critères et quelles étapes pour décider en toute objectivité ?
Chiens au travail : un concept en expansion rapide
Longtemps cantonnée à quelques startups ou entreprises anglo-saxonnes, la présence d’animaux au bureau gagne du terrain. Aux États-Unis, le « Take Your Dog to Work Day » est devenu un rendez-vous national. Chaque année, des centaines d’entreprises participent à cette journée symbolique, au point que nombre d’entre elles ont ensuite pérennisé la pratique via une politique pet-friendly.
La France n’échappe plus à cette dynamique. Portée à la fois par l’influence de ses voisins outre Atlantique et par l’évolution des attentes des collaborateurs, la question des animaux au travail s’invite désormais dans les discussions RH.
À ce titre, certaines organisations ont déjà franchi le pas. La branche Petcare du groupe Mars par exemple, accueille ainsi les chiens de plusieurs collaborateurs sur site. L’entreprise propose même un jour de congé spécifique en cas de deuil animal.
Dans la sphère publique, la Ville de Nice a lancé le dispositif « Chien au bureau », permettant aux agents de plusieurs collectivités territoriales d’amener leur canidé sur leur lieu de travail, sous conditions strictement encadrées.
Accueillir des animaux au bureau : des bénéfices oui, mais quelques précautions à prendre
Si ces initiatives restent encore minoritaires, elles s’inscrivent dans une tendance de fond. Plusieurs enquêtes montrent que les entreprises dites pet-friendly sont perçues comme plus modernes, plus humaines et plus attentives au bien-être de leurs collaborateurs. Et pour cause : la présence d’un animal peut favoriser les échanges informels, détendre l’atmosphère et créer du lien entre collègues, y compris entre des équipes qui se côtoient peu.
Des bénéfices notamment relayés par Jérôme Friteau, DRH de la CNAV après un an d’expérimentation. Dans un post LinkedIn, il explique en effet que la présence régulière des animaux de compagnies dans les bureaux contribue à :
- une ambiance plus détendue,
- plus d’interactions informelles,
- plus de sourires,
- plus de respiration dans les journées parfois denses,
- une capacité plus naturelle à prendre du recul face aux tensions.
Pour autant, cette perception positive ne doit pas occulter les zones de vigilance. Allergies, peurs, phobies, risques sanitaires ou de morsures : les animaux ne font pas l’unanimité. Une politique dog-friendly peut rapidement devenir source de tensions, voire d’exclusion pour certains collaborateurs. D’autant que, même si l’animal reste juridiquement sous la responsabilité de son propriétaire, la responsabilité de l’employeur peut être engagée. Les mesures de prévention se doivent donc d’être suffisantes.
Autrement dit, accueillir des chiens au travail ne relève plus d’un choix organisationnel que d’un « avantage sympa ».
Politique pet-friendly : sécuriser la démarche en 6 étapes
Avant toute décision, une approche méthodique s’impose :
- Sonder les salariés : un questionnaire permet d’évaluer l’acceptabilité du dispositif (allergies, appréhensions, contraintes spécifiques, etc). L’objectif n’est pas de rechercher l’unanimité, mais d’objectiver les points de friction potentiels.
- Consulter le CSE : la présence d’animaux modifiant les conditions de travail, il entre pleinement dans son champ de compétence. Cette étape permet également de nourrir le dialogue social et d’anticiper les objections.
- Mettre à jour le Document Unique d’Évaluation des Risques (DUER). Hygiène, cohabitation, circulation dans les locaux, procédures d’évacuation en cas d’urgence… Les risques spécifiques doivent être identifiés et formalisés, tout comme les mesures de prévention associées.
- Formalisation des conditions d’acceptation des animaux : vaccination à jour, identification (puce), déclaration auprès de l’I-CAD, assurance responsabilité civile, voire exclusions selon la taille/le comportement/l’âge de l’animal.
- Mise en place d’une charte interne : elle précise les responsabilités des propriétaires (sécurité et propreté notamment), les règles de présence dans les espaces communs, ainsi que les sanctions en cas de non-respect.
- Adapter l’environnement de travail : accueillir des chiens et/ou des chats suppose également de repenser certains aspects matériels et organisationnels comme des zones autorisées ou interdites, de la signalétique, etc.
Dans les faits, peu d’entreprises optent pour un accès totalement libre. La plupart privilégient des dispositifs progressifs, limités à certains jours ou à certains espaces, afin de préserver l’équilibre collectif.
Bonnes pratiques observées sur le terrain
Certaines organisations choisissent de tester le dispositif via une journée spéciale « chien et chats au bureau ». Ceci afin d’évaluer concrètement les réactions avant d’envisager une politique pérenne.
D’autres désignent un référent animal – RH ou collaborateur volontaire – chargé de centraliser les questions et de veiller au respect du cadre fixé. Certaines entreprises se font accompagner par des acteurs spécialisés, comme Poilu.s Paris ou DoggyWorky, qui proposent un accompagnement opérationnel.
Des outils clés en main pour aller plus loin
Pour les RH qui souhaitent se pencher sur la question, plusieurs ressources existent :
- questionnaire d’autodiagnostic pour évaluer la maturité de l’organisation (DoggyWorky) ;
- annuaire d’entreprises dog-friendly en France pour s’inspirer (Poilu.s Paris) ;
- un exemple de charte chien au bureau, déployée par une collectivité (Ville de Saint-Pierre-les-Elbeuf).
Autoriser les chiens au travail peut prêter à sourire. Pourtant, c’est un révélateur des attentes contemporains en matière de QVCT et personnalisation de l’expérience collaborateur. La clé réside moins dans la réponse, oui ou non, que dans la manière de décider qui, au-delà des animaux, dit beaucoup de la culture d’entreprise.

