L’insertion professionnelle serait-elle devenue un enjeu de société ?

L’insertion des jeunes et des différents publics éloignés de l’emploi est un enjeu économique et de cohésion sociale, qui impose la mobilisation de tous les acteurs : État, collectivités, associations, entreprises… Parmi ces dernières, certaines montrent l’exemple par leur engagement…

« La crise n’est pas derrière nous, c’est pourquoi nous devons poursuivre nos efforts pour soutenir notre jeunesse. L’entrée des jeunes dans le monde du travail et leur accès à une offre de formation ou d’emploi constituent un enjeu de cohésion sociale », a récemment déclaré Élisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion.

Avec la crise provoquée par la pandémie, l’insertion professionnelle est plus que jamais d’actualité. C’est d’ailleurs un enjeu socio-économique majeur en France depuis le milieu des années 1970, lorsque les crises pétrolières ont provoqué une rupture avec la dynamique antérieure de plein emploi. La montée du chômage des jeunes et du chômage de longue durée a placé la question de l’insertion professionnelle au cœur des politiques publiques.

 

Définition de l’insertion professionnelle

Même si les points de départ et d’arrivée du parcours d’insertion varient selon les définitions et les situations, l’insertion professionnelle est le processus qui amène un jeune sortant du système éducatif ou une personne éloignée de l’emploi à une position stabilisée sur le marché du travail, la signature d’un CDI étant le but ultime. Indissociable de l’insertion sociale, cette intégration se définit également en opposition à l’exclusion et à la précarité. Elle passe en particulier par l’appropriation des normes et des règles du monde de l’entreprise.

Afin d’aider ces exclus de l’emploi stable et régulier, les politiques publiques cumulent des mesures pour la formation et l’emploi et des actions d’accompagnement social, les meilleurs résultats étant obtenus par les contrats d’insertion en entreprises, complétés par des actions intensives de formation et d’accompagnement social.

Dernière initiative en date, le plan « 1 jeune, 1 solution », lancé par le gouvernement en juillet 2020, a pour ambition d’« aider les jeunes de moins de 30 ans à faire face à la crise en leur permettant de trouver un emploi, un apprentissage, une formation ou d’entrer dans un parcours d’insertion sur mesure ». Il est doté d’un budget de plus de neuf milliards d’euros.

Parallèlement, de multiples acteurs – salariés, citoyens, associations – exercent une pression forte sur la prise en compte de cette question de l’insertion professionnelle par les entreprises. Depuis le Grenelle de l’insertion en 2008, l’État exhorte les acteurs économiques à s’engager pour l’insertion, et les marchés publics incluent désormais des clauses d’insertion.

 

Eiffage, acteur majeur de l’insertion professionnelle dans les métiers du BTP

Lieu d’inclusion et d’insertion sociale par excellence, le BTP en particulier recrute une grande variété de profils pour des métiers auxquels il est possible de se former quel que soit son niveau d’études, son expérience professionnelle ou son âge. Eiffage, par exemple, est très impliqué dans l’insertion professionnelle. Le groupe s’est depuis longtemps mis en ordre de marche pour répondre aux clauses sociales prévues dans les marchés publics, et va même souvent au-delà des exigences contractuelles ou réglementaires. Par exemple, sur le chantier du portique de la fusée Ariane 6, plus de 100 000 heures de travail ont été réalisées par des personnes en insertion, pour seulement 62 000 heures prévues par la réglementation. Le PPP conclu par Eiffage pour la rénovation de la Grande Arche de La Défense a également permis de proposer un projet global et durable d’insertion : un engagement de 110 000 heures d’insertion a été signé permettant d’engager, avec la Maison de l’Emploi de Paris, des actions sur l’alternance et la montée en compétences des personnes appelées à travailler sur ce chantier.

Cet engagement se traduit aujourd’hui à grande échelle sur les chantiers du Grand Paris Express (GPE), le futur grand métro de la région Ile-de-France. La Société du Grand Paris (SGP) voit en effet dans la réalisation de ce grand projet urbain « une source d’opportunités extraordinaires en matière d’emploi, d’insertion et de formation ». Et la SGP intègre dans ses marchés des clauses de responsabilité sociale : au moins 10 % du volume horaire du chantier doit être réservé à des personnes en insertion. Au total, 15 millions d’heures d’insertion, réalisées par des personnes éloignées de l’emploi, sont prévues sur 13 ans.

Le grand chantier du lot 1 de la ligne 16 du métro, entre Saint-Denis et Aulnay-sous-Bois, a par exemple des retombées socio-économiques locales importantes. Eiffage a signé une Charte Entreprise-Territoire avec la collectivité Plaine Commune, qui prévoit de réserver 500 000 heures de travail à des publics en insertion professionnelle – demandeurs d’emploi depuis plus d’un an, bénéficiaires du RSA, jeunes de moins de 26 ans sans qualification…

« Nous mettons un point d’honneur à participer à cet effort de solidarité nationale, en accueillant des collaborateurs qui ne sont pas tous déjà formés au BTP, mais qui, pour 30 % d’entre eux, resteront ensuite chez nous en CDI », explique ainsi Guillaume Sauvé, président d’Eiffage Génie Civil et d’Eiffage Métal.

Cette « respiration RH » implique ainsi des besoins importants et permanents en formation. Le groupe dispose pour cela de plusieurs centres de formation « métiers » et de l’Université Eiffage pour les métiers transverses. Au total, 5 000 formations différentes sont proposées. Eiffage Construction prévoit 700 à 800 nouvelles embauches en 2021, majoritairement en CDI, et a aussi l’ambition d’accroître sa proportion d’alternants, qui atteint aujourd’hui 4 % de l’effectif.

 

Carrefour affiche ses ambitions

La grande distribution fait aussi des efforts pour attirer vers ses métiers les publics éloignés de l’emploi et encourager l’insertion professionnelle. C’est le cas par exemple de Carrefour.

« Dans le contexte de crise qui frappe aujourd’hui de plein fouet les jeunes générations et augmente leurs difficultés à trouver des opportunités d’emploi pérenne, il nous semble essentiel, en tant que premier employeur privé de France de nous engager plus que jamais pour l’avenir professionnel des jeunes », soulignent ainsi les dirigeants de l’enseigne.

Dans le cadre du plan gouvernemental « 1 jeune, 1 solution », Carrefour s’est ainsi engagé à réaliser 15 000 recrutements – 7 000 en CDI et 8 000 en alternance – soit une hausse de 50 % par rapport à 2020.  Objectif affiché : recruter et former des jeunes sur le long terme en leur offrant des perspectives de carrière au sein du groupe. 50 % de ces recrutements sont réservés aux jeunes issus de quartiers défavorisés, grâce aux partenariats de l’enseigne avec des associations et à l’ancrage de ses magasins dans les quartiers de la politique de la ville (QPV). L’enseigne accordera à ses apprentis issus des QPV une somme de 500 euros pour passer le permis de conduire. Enfin, 3 000 stages de troisième seront également ouverts aux élèves de collèges d’éducation prioritaire (REP/REP+).

« Et nous tiendrons nos engagements », a tenu à préciser Alexandre Bompard, le président de Carrefour.

Pour favoriser l’accès au premier emploi des jeunes, Carrefour travaille avec les Missions locales. Et pour préparer les jeunes au monde de l’entreprise et à ses codes, le groupe mène également des actions de présentation de ses métiers, de visites de magasins, d’accueil en immersion professionnelle… Il est aussi partenaire de l’association « Nos Quartiers ont des Talents », qui œuvre pour favoriser l’insertion des jeunes diplômés issus des quartiers prioritaires grâce à un système de parrainage ou d’ateliers de coaching.

Le groupe est également partenaire des EPIDE, acteurs reconnus de l’insertion des jeunes sortis du système scolaire sans diplôme ni qualification, grâce à un parcours adapté et individualisé en internat sur plusieurs mois… Et aussi des Écoles de la 2e Chance (E2C), qui luttent contre le décrochage scolaire et accompagnent les jeunes sans diplôme ni qualification. Avec Pôle Emploi, Carrefour travaille aussi sur la Période de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP), qui permet de confronter le candidat aux conditions réelles du poste, de le conforter dans le choix d’un métier et de sécuriser un éventuel recrutement.

 

Engie Solutions, partenaire des Missions locales

Dans le secteur de l’énergie, Engie Solutions, l’entité du groupe qui regroupe l’ensemble des activités d’efficacité énergétique destinées aux collectivités et aux entreprises, a également signé un partenariat avec l’association régionale des missions locales d’Île-de-France (ARML-ÎdF) dans le cadre du plan gouvernemental « 1 jeune, 1 solution ». Objectif : favoriser le recrutement et l’insertion des jeunes accompagnés par ces missions locales (issus de quartiers prioritaires de la politique de la ville, reconnus « travailleurs handicapés » ou éloignés de l’emploi).

« Nous avons des opportunités d’emplois et d’insertion via les clauses sociales prévues par les marchés publics. Intégrer des jeunes éloignés de l’emploi fait partie de notre démarche RSE », souligne Yasmina Zid, directrice RSE et transformations au sein d’Engie Solutions.

Ce partenariat prévoit un partage d’expérience : des chargés de relations entreprises des missions locales vont découvrir le métier de chargé de recrutement chez Engie Solutions, et à l’inverse, les missions locales proposeront aux chargés RH d’Engie une immersion au cœur de leur accompagnement.

« Cela doit permettre à nos conseillers de mieux connaître les métiers d’Engie et les attendus en termes de savoir-être, de codes d’entreprise, pour sélectionner les bons profils et bien les préparer en amont », explique Jérôme Boillat, délégué général d’ARML IDF. Et « les recruteurs d’Engie pourront, de leur côté, mieux appréhender le type de jeunes qu’on accompagne ».

Engie diffuse largement ses offres d’emploi, d’alternance et d’emplois francs dans le réseau des Missions locales.

L’énergéticien a également fait de l’alternance une priorité : il vise 10 % d’alternants dans ses effectifs français en 2021. Ce qui représentera plus de 7 500 collaborateurs, répartis sur 200 métiers et suivant des formations du BEP/CAP à Bac +5. Parmi les raisons de cette politique volontariste, « l’investissement de long terme » figure en première ligne, avec l’objectif affiché de recruter en CDI la moitié des jeunes alternants à l’issue de leur formation. Pour Engie, l’alternance est « la voie royale pour optimiser les compétences des jeunes et leur appétence pour se former et devenir opérationnel rapidement ».

Ce soutien à l’insertion se traduit également par l’engagement du groupe dans le PaQte (Pacte Avec les Quartiers pour Toutes les Entreprises), programme à travers lequel le groupe s’engage à promouvoir l’apprentissage et à recruter des alternants issus de quartiers prioritaires ou de zones rurales. Engie privilégie ici la motivation des jeunes, au-delà des connaissances techniques ou de la formation antérieure. Le temps long offert par l’apprentissage facilite l’intégration des jeunes éloignés de la formation et de l’emploi. Et Engie, comme Eiffage ou Carrefour, par exemple, affiche une politique volontariste pour favoriser l’insertion professionnelle.

 

Claire Delisles

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1 commentaire

Marie-Andrée POTA décembre 30, 2021 - 9:23
Belle initiative!
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