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Mettre ses Soft skills en avant grâce aux jeux vidéo : la belle idée de la start-up Kirae

par La rédaction
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Si quelques irréductibles réfractaires s’amusent encore et toujours à dire que les jeux vidéo rendent idiots, pour la plupart des mortels, le débat n’existe plus. En effet, au cours des dernières années, de nombreuses études ont démontré que les jeux vidéo pouvaient accroître nos capacités mémorielles, augmenter notre vitesse de réflexion, nous aider à prendre des décisions plus rapidement, nous apprendre à mieux nous organiser pour gérer plusieurs tâches simultanément, etc. La liste est longue comme un jour sans pain. Et quand on regarde ces compétences acquises grâce aux jeux vidéo, il est difficile de ne pas faire le lien avec les softs skills, qui occupent les discussions RH depuis plusieurs années maintenant.

Cette similitude, Lisa Ferrer, CEO de la toute jeune start-up rennaise “Kirae”, ne s’est pas contentée de la constater. À vrai dire, la jeune femme y a vu une belle opportunité. Gros plan sur une entreprise qui souhaite utiliser les jeux vidéo et les sciences cognitives pour développer les softs skills et les valoriser !

Un parcours professionnel annonciateur

Avant de se lancer dans la création de Kirae, Lisa Ferrer a été directrice d’une médiathèque en zone rurale où elle s’est rapidement spécialisée dans la médiation numérique. Elle y a notamment utilisé les jeux vidéo comme médium pour travailler la coopération, la communication ou encore les échanges transgénérationnels.

Durant cette période, elle a également été aux côtés de nombreuses personnes en insertion professionnelle et de demandeurs d’emploi qui venaient chercher, à la médiathèque, un accompagnement utile pour éclairer leurs démarches, tant auprès de Pôle Emploi que d’employeurs directs.

Son expertise lui a rapidement permis de rejoindre le département de la Gironde, afin d’accompagner l’ensemble des bibliothèques du territoire (240 établissements) sur le sujet de la médiation numérique.

“Et puis, j’ai fait un burnout… Il y avait une énorme inadéquation entre le cadre de travail que j’avais choisi et la façon dont je fonctionnais. J’avais l’impression de passer mon temps à me cogner contre des murs. À cette occasion, je me suis dit que j’allais me reconvertir et mettre mes compétences de médiation et de gestion de projet dans le privé. Mais je me suis vite rendue compte que les recruteurs ne regardaient pas du tout ma candidature ! Mes compétences transverses étaient très dures à faire valoir et au vu des piles énormes de CVs qu’ils avaient sur leur bureau, je passais vite à la trappe.”

Au croisement de la science cognitive et du jeu vidéo

Kirae s’inspire directement du nom du demi-dieu Chiron, centaure de la mythologie grecque, qui apprit à Achille, Jason ou encore Asclépios les arts de la musique, de la médecine, de la guerre, etc. Pour l’ancienne bibliothécaire, s’inspirer de ce nom faisait sens, puisque Chiron aidait ces héros à transcender un potentiel existant. Mais quel rapport dans tout ça, vous demandez-vous sans doute ? La start-up a un objectif équivalent !

Kirae, c’est une application mobile qui donne accès à des mini-jeux dont les mécaniques ont été construites à partir des sciences cognitives, avec l’aide de différents laboratoires. Tout ça dans le but de révéler le potentiel de chacun et d’aider à valider ou acquérir des Soft Skills.

“C’est un peu comme Clash of Clans ou Candy Crush Saga, sauf qu’on développe des compétences cognitives associées à un certain nombre de Soft Skills lorsqu’on joue. Le principe est simple : on se connecte, on fait son petit entraînement quotidien, on consolide un score et on développe certaines compétences. Et lorsqu’un utilisateur dépasse un certain palier, il va débloquer un badge numérique.”

Ce badge permet d’attester, comme un tiers impartial, la possession effective d’une compétence douce. Basés sur la technologie Open Badges mise en place par la fondation Mozilla, ces badges sont accompagnés de métadonnées. En clair, en cliquant sur un badge placé à la fin d’un CV, le recruteur est capable de voir qui a délivré le badge, à qui, quand et ce que la personne a fait pour obtenir le niveau de compétence concerné. Cela permet au recruteur d’avoir une vision à 360° du candidat. De son côté, le candidat n’a pas à se justifier sur l’acquisition d’une compétence.

“Le recruteur peut donc voir sur quelles mécaniques cognitives le postulant a acquis et développé ses Soft Skills. Le candidat n’a pas à s’épancher en précisant qu’il a appris telle ou telle compétence en prenant soin d’un proche malade. Cela évite de trop rentrer dans le personnel. Par ailleurs, nous cherchons aussi à rendre univoques les Soft Skills. Aujourd’hui, la grosse problématique est que si on demande ce qu’est l’adaptabilité à deux personnes, on aura deux réponses différentes. Le badge permet d’avoir une réponse unique, une seule définition, sur laquelle les deux parties peuvent s’entendre.”

Le début des jeux vidéo au service des Soft Skills prévu pour l’été 2021

Aujourd’hui, en phase d’expérimentation de son prototype, l’équipe de Kirae compte faire son déploiement commercial durant l’été 2021. Dans un premier temps, la solution s’adressera principalement aux écoles, aux organismes de formation, aux entreprises et aux structures d’insertion.

Si la dirigeante a bien conscience que les badges délivrés par Kirae n’ont pas, aujourd’hui, une autorité toute puissante – l’entreprise envisage une normalisation européenne dans les années futures à ce niveau – elle compte sur le principe d’endossement pour augmenter leur valeur.

“Plus les gros employeurs et grandes structures reconnaîtront l’autorité de nos badges en les endossant et plus ces derniers auront de la valeur dans le monde RH.”

Cette vision de cercle vertueux rejoint la démarche RSE de l’entreprise qui souhaite accompagner les personnes ayant du mal à valoriser leurs compétences sur le marché du travail en proposant des “accès suspendus” à Kirae. À l’instar du café suspendu ou du sandwich suspendu de nos boulangeries, les accès seront redistribués à des associations en lien avec des valeurs que la société commanditaire choisit d’honorer. Ainsi, une entreprise engagée dans la lutte pour l’égalité femme/homme pourrait apprécier que les accès suspendus qu’elle aura commandés soient remis à une association comme Force Femme, par exemple.

Virgil Dablon

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