Télétravail : une réalité dans le Massif Central

par La rédaction

Nombreuses sont les entreprises du Massif-Central, grands-comptes et TPE/PME mais aussi administrations publiques, à avoir expérimenté le télétravail. Le think-tank Maceo a réuni ces différents acteurs pour réaliser une étude, lancé en avril 2010, sur l’impact de cette nouvelle forme de travail. Les conclusions publiées en août dernier apportent un avis largement favorable sur le télétravail. Paroles de télétravailleurs, mais aussi de managers et de RH, même si ces derniers ont été plus difficiles à convaincre.

 

Que d’éloges de la part des télétravailleurs

 

Les premiers concernés, les télétravailleurs, autant que certains managers qui l’ont expérimenté, mais aussi, évidemment les centres de télétravail et les nombreux rapports sur le sujet, ne tarissent pas d’éloges sur cette nouvelle forme de travail. Le rapport du Centre d’Analyse Stratégique vantait, dès 2009, les nombreux avantages du télétravail citant, en premier lieu, l’amélioration des conditions de travail des salariés ainsi qu’une meilleure conciliation entre vies personnelle et professionnelle. Le CAS va jusqu’à tirer sur la corde environnementale : le télétravail permet de réduire les émissions de gaz à effets de serre et la pollution dans les grands centres urbains. Certes. Mais c’est surtout sur le bien-être des collaborateurs, indéniablement lié à la performance des entreprises, que se joue le débat.

 

« Je commence la journée de travail beaucoup plus serein », témoigne l’administrateur des systèmes d’information du rectorat de Bordeaux, dans le film-documentaire réalisé à partir des conclusions de l’enquête Maceo. Il fait partie des volontaires de l’Education nationale qui ont expérimenté le télétravail 2 jours par semaine et se dit heureux d’échapper aux embouteillages et de ne plus « perdre de temps » en voiture.

 

Maceo s’est intéressé aux fonctionnaires télétravailleurs, mais aussi aux salariés du privé et aux indépendants. Dans le film, on retrouve ainsi un ingénieur en recherche et développement de logiciels de la PME Jalios. Il vit et travaille en Province, depuis un télé-centre, et passe une semaine tous les 15 jours dans les bureaux de son entreprise, à Versailles. Pour lui, le télétravail permet de se consacrer davantage à sa famille, de trouver « un équilibre » entre vie privée et professionnelle.

 

Les éloges se poursuivent avec une salariée en télétravail chez Michelin. « Je vis beaucoup mieux », affirme-t-elle, énumérant de nombreux bienfaits quotidiens : pas de stress lorsqu’il faut prendre la voiture sous la neige, possibilité de déjeuner chez soi et surtout une concentration accrue. Le DRH de Steria, entreprise spécialisée dans les nouvelles technologies et implantée à Toulouse, fait le même constat. Selon lui, le télétravail est synonyme d’amélioration de la qualité du travail parce qu’il permet au collaborateur « de se concentrer de manière plus durable ».

 

Toujours à Toulouse, chez Thalles Alenia Space cette fois, où 200 collaborateurs ont expérimenté le télétravail, on revient sur la notion de déplacements. Le temps perdu en voiture est réinvesti dans le temps de travail ; le collaborateur est moins stressé, moins fatigué et il fait des économies de carburant. La responsable support et service client y voit un autre intérêt : le télétravail est une forme de gratification, un signe de confiance entre le salarié et sa hiérarchie.

 

Des managers plus difficiles à convaincre

 

Du point de vue de la direction des entreprises, le CAS mettait en avant des avantages en termes de réduction des dépenses sociales, de logistique, et d’amélioration de la compétitivité. Mais il en évoque aussi les limites, parmi lesquelles, peut-être la plus importante, le fait que « le télétravail bouscule les modèles organisationnel et managérial ». Pour le manager, il est plus évident d’avoir son équipe « sous la main », entend-on. Tous, avant d’avoir expérimenté le télétravail, émettent les mêmes craintes : voir baisser la qualité et la quantité du travail effectué,  ne pas pouvoir contrôler, rencontrer des difficultés  à entrer en contact avec le télétravailleur…

 

Le télétravail est un processus et, en cela, il peut être dérangeant car il faut repenser toute l’organisation du travail. Comme en témoigne l’un des interviewés, il faut passer à un management non pas de contrôle du temps, mais à un management sur objectif, sur résultat. Au-delà de la relation de confiance, la condition sine qua non de la réussite d’un contrat de télétravail est la définition d’une feuille de route explicite, fixant des objectifs clairs. Faire des points réguliers, par mail ou téléphone, permettra de vérifier la tenue de cette feuille de route. Chez Michelin, l’une des managers qui compte dans son équipe une salariée en télétravail est claire sur le sujet : « Il y aura plus de réactivité de la part du télétravailleur qui se doit de justifier son travail à la maison », dit-elle.

 

A la direction de Jalios, l’employeur de l’ingénieur en télétravail deux semaines sur trois, on s’inquiétait davantage de l’isolement : n’allait-il pas s’ennuyer tout seul, chez lui ? L’entreprise ne risquait-elle pas alors de le perdre ? Pour ne pas être désocialisé, détaché de son équipe, le salarié n’entre pas immédiatement dans un 100% travail à domicile. Il s’agit, dans un premier temps, d’établir un contrat de quelques jours par semaine, et de faire des points réguliers avec le télétravailleur. Mais, c’est un fait, une personne qui ne supporte pas la solitude n’a aucun intérêt à tester cette forme d’organisation. C’est pourquoi le télétravail est basé sur une démarche volontaire du salarié.

 

Si le manager craint la baisse de qualité, l’effet inverse existe. Le télétravailleur se sent investi de « la mission de mieux faire ». Le DRH de Steria rapporte le témoignage de certains de ces collaborateurs en télétravail : « Certains ont le sentiment, à la fin de leur jour de télétravail, d’avoir fait l’équivalent de deux à trois journées de travail ». Enfin, reste une dernière crainte, celle de la confidentialité des données. Chez Michelin, comme chez Steria, le télétravail n’est ni envisagé ni envisageable pour les salariés qui manipulent ce type d’informations.

 

Quant aux réductions des coûts de structure, les entreprises restent prudentes sur le sujet. Encore en phase d’expérimentation pour la plupart des entreprises, le télétravail ne permet pas de réelles économies. Pour avoir un impact, il faudrait que cette nouvelle forme de travail soit développée à grande échelle.

 

 

Typhanie Bouju

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