On parle beaucoup des difficultés de recrutement dans l’industrie. Moins des salariés qui y entrent par la reconversion, ni de ceux qui en sortent par le même chemin. C’est précisément ce double mouvement d’effectif que documente une étude publiée par Transitions Pro et OPCO 2i, à partir des parcours de 35 000 bénéficiaires d’un Projet de Transition Professionnelle ayant achevé leur formation en 2022 ou 2023.
Qui arrive dans l’industrie via le PTP, et qui en part ? Ces reconversions débouchent-elles sur une insertion durable ? Et quels bénéfices concrets les salariés en retirent-ils ? Décryptage.
PTP dans l’industrie : ce que révèlent les flux de reconversion
Un secteur d’activité qui perd autant qu’il gagne
Sur les 35 000 salariés ayant achevé une formation PTP , 10 % ont suivi une formation orientée vers un métier industriel. Ce qui représente environ 3 400 personnes. Dans le même temps, 9 % des bénéficiaires provenaient d’une entreprise relevant du secteur industriel au moment de leur départ en formation, soit environ 3 200 personnes.
Les flux entrants et sortants sont donc quasiment à l’équilibre. En revanche, ils ne concernent pas les mêmes profils, ni les mêmes métiers.
Parmi les salariés qui se reconvertissent vers l’industrie, 79 % ne travaillaient pas dans le secteur avant leur formation. En majorité, ils sont issus du commerce, du transport et de la logistique. Autant de secteurs qui partagent avec les métiers industriels un socle de compétences transférables. Ce public se distingue par un profil plus masculin que la moyenne des bénéficiaires PTP (76 %), avec un âge moyen de 39 ans. Les formations les plus plébiscitées relèvent du génie climatique, de la menuiserie et de l’électricité. Dans 61 % des cas, il s’agit de certifications de niveau 3 — Titres professionnels et CAP constituant l’essentiel des parcours financés.
Les salariés qui quittent l’industrie via le PTP présentent un profil distinct. Plus jeunes que l’ensemble des effectifs industriels (74 % ont moins de 45 ans), ils s’orientent davantage vers le transport routier (15 %) et l’informatique (10 %). 78 % ciblent une formation hors du champ industriel, confirmant que le PTP constitue pour eux une véritable rupture sectorielle.
Dans les deux cas, les candidats à la reconversion déclarent avoir engagé leur démarche en réponse à une situation professionnelle jugée insatisfaisante : conditions de travail dégradées (QVCT), perspectives d’évolution limitées, risque de licenciement, etc.
Une insertion portée par les métiers en tension
Six mois après la fin de leur formation, 61 % des reconvertis vers l’industrie occupent un poste en lien avec la certification obtenue. Ce taux est identique à celui de l’ensemble des bénéficiaires PTP. 32 % sont encore en cours de transition, en recherche d’emploi ou en complément de formation. Moins d’un salarié sur dix abandonne définitivement son projet.
Pour les salariés issus de l’industrie, le taux de transition réalisée à six mois est légèrement inférieur : 55 %. Un écart qui s’explique en partie par les formations choisies. En effet, le transport et l’informatique affichent des taux d’insertion plus faibles que la santé ou le génie civil, qui sont davantage plébiscités par l’ensemble des bénéficiaires PTP.
En revanche, ces moyennes masquent des disparités importantes selon les certifications. Pour les reconversions vers l’industrie, les taux de réalisation à six mois varient de 40 % à plus de 80 %. Les meilleurs résultats sont enregistrés pour le TP Technicien d’intervention en froid commercial et climatisation (82 %), le TP Technicien de maintenance industrielle (79 %) et le TP Menuisier agenceur (74 %). Des formations qui correspondent à des métiers en tension, ce qui facilite une insertion rapide après certification. À l’inverse, le CAP Ébéniste et le Titre Designer en architecture d’intérieur, par exemple, affichent des taux inférieurs à 45 %. En cause ? Des métiers qui ouvrent davantage sur des projets de création d’entreprise, dont la concrétisation dépasse souvent l’horizon des six mois.
Sur le plan contractuel, 52 % des reconvertis vers l’industrie décrochent un CDI dans les six mois suivant leur formation. 16 % créent leur entreprise, un taux supérieur de 6 points à la moyenne PTP. Du côté des salariés issus de l’industrie ayant réalisé leur transition, 54 % sont embauchés en CDI et 14 % deviennent chefs d’entreprise.
Reconversion vers et depuis l’industrie : le bien-être avant l’augmentation de salaire
Pour les salariés, entrants et sortants, de l’industrie, les bénéfices de la reconversion sont tangibles. Par exemple, 81 % des reconvertis vers l’industrie estiment que leurs conditions de travail se sont améliorées ; 69 % jugent leurs compétences mieux reconnues ; 61 % trouvent leur nouveau poste plus intéressant. Des résultats similaires sont observés chez les salariés issus de l’industrie ayant réalisé leur transition, avec 87 % qui trouvent leur nouveau poste plus intéressant.
L’impact sur la rémunération reste en revanche plus limité : seuls 45 % des reconvertis vers l’industrie et 40 % de ceux qui en sont issus déclarent un salaire supérieur après leur transition. Des taux inférieurs à la moyenne de l’ensemble des bénéficiaires PTP (54 %).
Source documentaire :
- Étude les reconversions professionnelles des bénéficiaires du PTP dans l’industrie, Transitions Pro & OPCO 2i, mars 2026.
