Le mal-être au travail n’est pas seulement subjectif

par La rédaction

Si les notions de bien-être – ou de mal-être – peuvent apparaître subjectives, elles ont un impact économique sur la performance des entreprises. Absences, accidents, maladies… le mal-être peut être mesuré en toute objectivité, à partir des données socio-économiques internes des entreprises. C’est la base de l’étude statistique, la première du genre sur le bien-être/mal-être au travail, que vient de publier le cabinet Mozart Consulting.

 

L’étude statistique Vs le baromètre psychologique

 

Depuis quelques années, le sujet du bien-être/mal-être au travail est au cœur du débat RH et on assiste à un florilège d’enquêtes sur le sujet. La plupart de ces études sont basées sur le ressenti des salariés et les actions mises en place dans l’entreprise pour favoriser le bien-être des collaborateurs. Certaines donnent lieu à des classements comme celui, bien connu, de l’Institut Great Place To Work. Victor Waknine, fondateur et associé-gérant du cabinet Mozart consulting propose une nouvelle approche, basée sur une analyse concrète des statistiques socio-économiques de l’entreprise. Il est le concepteur des indicateurs IBET – Indice du Bien-Être au Travail – et TMET – Taux de Mal-Être au Travail. L’IBET et les TMETS sont calculés à partir des statistiques liées aux mouvements de personnels, à l’absentéisme, aux accidents du travail et de trajet, aux maladies professionnelles et aux sorties forcées de personnel.

 

« Tandis que les sondages et baromètres basés sur des questionnaires subjectifs interrogent sur des intentions, des perceptions, l’IBET est une méta-mesure socio-économique de ce qui se passe dans l’entreprise. Son rôle est d’alerter les directions sur le niveau des dégradations du climat socio-organisationnel dues au mal-être au travail », explique Victor Waknine. Il fait la comparaison avec un médecin qui se contenterait de distribuer un questionnaire à ses patients et ne se baserait que sur le déclaratif pour établir une ordonnance. Un « vrai » médecin ausculte, relève des données concrètes (température, tension…) avant d’établir un diagnostic.

 

« Pour autant, je ne dis pas que les questionnaires subjectifs sont inintéressants. Mais il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs », plaisante le fondateur de Mozart consulting. La méta-mesure du mal-être au travail pourra déclencher une enquête subjective, qui sera, dès lors, mieux ciblée.

 

« L’IBET et les TMETS sont calculés à partir des statistiques annuelles que les entreprises sont tenues de communiquer à la DARES et la CNAMTS. Pour l’absentéisme, nous faisons confiance aux chiffres d’Alma », précise Victor Waknine. La comparaison entre les entreprises d’un même secteur s’avère donc parfaitement fiable. La base de données est identique d’une entreprise à l’autre ; le taux de réponse ne joue pas sur les résultats ; et aucun degré de subjectivité n’intervient.

 

L’industrie, moins en proie au mal-être que le tertiaire

 

L’étude de Mozart consulting classe les entreprises sur une échelle à 7 niveaux, qualifiant leur climat socio-organisationnel : Adhésion (A), Bonne pratique (B), Contenu (C), Contraint (C’), Dégradé (D), Désengagement (D’) et Epuisement (E). Aucun secteur n’atteint les extrêmes (A, D’ et E). L’étude met en avant une dégradation globale de 23% de la performance opérationnelle. Tous secteurs confondus, le climat socio-organisationnel des entreprises, pris dans sa globalité, est ainsi classé « contraint ».

 

Le secteur industriel est le seul à atteindre le niveau « Bonne Pratique », avec une somme des 3 TMETs[1] inférieur à 14%. A l’opposé, les activités tertiaires affichent des TMETS proches de ou supérieurs à 25%. Tout en bas de l’échelle, le Tertiaire 2, qui englobe les services de Santé, Hygiène, Logistique et les Services aux entreprises. « Le secteur des services est plus anxiogène par nature », analyse Victor Waknine. La notion de qualité du service est liée à l’appréciation subjective du client, ce qui crée des tensions en interne, mais aussi entre le salarié et le client. « Dans l’industrie, le processus est figé, il y a un stock, une logistique, et le client sait à quoi s’attendre. C’est plus rassurant. L’industrie fixe l’emploi et redynamise la région », poursuit le concepteur de l’IBET.

 

Autre enseignement utile de cette étude : des trois paramètres qui entrent dans la somme des TMETs, le taux le plus important, tous secteurs confondus, concerne les sorties forcées de personnel, loin devant l’absentéisme, les maladies et accidents. « Les sorties forcées coûtent très cher à la performance », commente Victor Waknine. C’est sur ce paramètre qu’il faudra donc se pencher.

 

 

Typhanie Bouju

 

 


[1] Le taux de mal-être est calculé à partir de 3 taux : le taux d’absentéisme pour maladie ordinaire, le taux de journées non travaillées pour Accidents de Travail / Maladies Professionnelles / Accidents de trajet et le Taux de Sorties Forcées.

 

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