Innovation RH : Partageons ce qui nous départage

par La rédaction

Il y a de tout dans ce livre : de l’anecdote du baby foot aux citations de Schwarzenegger et Proust, au quizz façon Jeune et Jolie, à la blague qui ne fera sourire que les initiés de l’informatique, mais surtout du vécu. Tous les salariés d’OCTO ont été invités à s’exprimer sur les bonnes pratiques du management dans leur société. Vision idyllique… mais réelle pour cette société élue Great Place to Work.

 

Le Monde Merveilleux d’OCTO

Disney n’est plus l’unique propriétaire de la formule. Imaginez une entreprise où les salariés et la hiérarchie communiquent autour d’un baby-foot, où le management fait confiance aux initiatives de ses équipes, où les collaborateurs priment sur le client, où tous les livres que vous avez envie d’acheter vous sont offerts par la boîte, où chacun vient travailler tout sourire, ou travaille de chez soi si nécessaire… n’imaginez plus, ça se passe comme ça chez OCTO. Un peu idéaliste ? Plutôt « idyllique », selon Laetitia Riveron, la DRH de cette « petite entreprise de 150 personnes ». Et, à en croire l’ouvrage « Partageons ce qui nous départage », rédigé par les salariés eux-mêmes du cabinet de conseils en informatique, ce monde existe.
 
Ces petits billets d’humeur réunis dans un ouvrage paru en octobre dernier ont de quoi séduire les potentiels candidats. D’ailleurs, lorsque Laetitia Riveron reçoit une personne « qui [lui] plaît bien, mais qui est sceptique sur l’ambiance, [elle] lui donne le bouquin. Ce qui achève de le décider. C’est un formidable outil de recrutement ». S’il n’y a pas de raison de douter de la réalité de cette Great Place To Work, la DRH avait bien imaginé qu’il y aurait des sceptiques : « Notre première place au classement Great Place To Work[1] [ndlr : dans la catégorie des entreprises françaises de moins de 500 employés] a été une surprise. On s’attendait à être plus challengé que plébiscité sur nos méthodes ».
 

Management de Communautés non virtuelles

Derrière cette vitrine, « si belle que certains se demandent ce qui se cache derrière », un seul secret : l’esprit de communauté – ou plutôt corporate, pour rester dans le vocabulaire anglophone des penseurs américains qui dominent la « bibliothèque essentielle »[2] des OCTOs. C’est cette pensée collective qui a mené jusqu’à la publication de « Partageons ce qui nous départage », d’après une idée originale de David Alia, manager chez OCTO, lancée en juin dernier. Le principe : « nous avons demandé à tous les salariés de nous dire quelles sont les bonnes pratiques de management chez OCTO », explique Laetitia Riveron. Un challenge à relever en 3 mois, pendant les vacances d’été. Certains des auteurs avouent d’ailleurs avoir pris la plume sur la plage. Pari presque tenu : le délai aura finalement été de 4 mois.
 
« Partageons ce qui nous départage » n’est pas un énième ouvrage éthico-philosophique écrit d’une main RH. D’abord parce que ce sont principalement des ingénieurs informaticiens – inutile de fredonner la chanson ! – qui en sont les auteurs, et surtout parce que ce livre, parfois déconcertant mais toujours captivant, est un recueil de vécus, livrés en vrac. La DRH n’y a d’ailleurs pas inséré une ligne. Les articles ne sont volontairement pas signés « pour ne pas mettre une personne ou une autre en avant », justifie Laetitia Riveron. « D’ailleurs, je citais David Alia [ndlr : lui, signe la préface], mais je ne devrais même pas. Il en est l’initiateur, mais tout seul, il n’aurait rien fait », dit-elle en souriant. Esprit d’équipe, toujours !
 
Et pour jouer vraiment collectif, l’ouvrage et les débats qu’il suscite se poursuivent sur le blog éponyme[3], déjà chargé de commentaires dans le même ton que les articles. Il faut dire qu’OCTO avait tout prévu pour les susciter, insérant à chaque billet, un flash-code. Quant aux résultats des ventes en librairie, la DRH n’en a « aucune idée ! On ne l’a pas fait pour le vendre, mais pour le plaisir de le faire. Et il est, de toute façon, disponible sur le blog ». Partager le savoir est une habitude chez OCTO. Depuis la création, en 1998, de cette « communauté d’architectes de SI », la première en France, nous dit-on, le cabinet n’a cessé de publier des livres blancs, des articles dans la presse, des billets sur les blogs. « On croit en notre capacité de lever du business par la diffusion gratuite d’informations, affirme Laetitia Riveron. Le blog permet de montrer que nous avons, dans nos équipes, des gens très compétents et que nous savons les garder ». Un message à destination autant des candidats que des concurrents.
 

Quelles sont donc ces bonnes pratiques ?

Toutes découlent du leitmotiv ambiant : « On est plus intelligent ensemble que tout seul ». Et comme toujours, la clé réside dans la communication. « Bien souvent dans les entreprises, la communication vient d’en haut. Nous sommes convaincus qu’un échange d’informations sur ce qui se passe en haut et en bas permet d’obtenir de meilleurs résultats », assure la DRH. Elle-même en a fait l’expérience lorsque, à la lecture de l’ouvrage, elle a appris qu’un des salariés occupait son poste en télétravail. « Je ne le savais pas, dit-elle avec le sourire, mais c’est une décision du management que je trouve très cohérente ». Au fil des pages, elle a également découvert que cette liberté qu’ont les salariés d’acheter des ouvrages sur le compte de l’entreprise est une politique très appréciée.
 
Parmi les bonnes pratiques privilégiées par les OCTOs, il y a le Perfection Game. « Un protocole d’amélioration continue », selon les termes de l’auteur de l’article sur ce sujet, qui est aujourd’hui entré dans les mœurs de l’entreprise. Vous envoyez votre travail à un collaborateur, qui vous renvoie ses critiques – constructives évidemment – et y accorde une note. Objectif : atteindre les 10/10 en tenant compte, ou non, des remarques. « Je le fais systématiquement avec mon équipe », précise la DRH, qui pratique également le Vis-ma-vie. « Le principe est simple : un consultant qui veut se former à un atelier va en observer un autre l’animer chez les clients. Au terme de l’animation, ils font un débriefing », explique l’auteur du billet sur cette pratique. « J’ai envoyé une personne en charge du recrutement avec un consultant, raconte Laetitia Riveron, pour qu’elle se rende compte de ce qu’est une mission, un client, qu’elle se mette dans la peau des personnes qu’elle recrute ».
 
« Partageons ce qui nous départage », c’est finalement un dictionnaire des bonnes pratiques, à essayer chez vous, en famille, entre amis, et surtout dans votre entreprise. A quand le deuxième tome ? « On commence à se poser la question », révèle la DRH.
 
 
 Typhanie BOUJU

 

 

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