Lexique iconoclaste de la formation : Granularisation des savoirs

par La rédaction
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Granulariser les savoirs consiste à découper les apprentissages en grains pédagogiques autonomes. La granularisation des contenus est une histoire ancienne, on la retrouve chez Aristote, et ses classements, ou chez les encyclopédistes… ou plus simplement dans le dictionnaire, où l’on découpe les phrases en mots pour les regrouper par classement alphabétique. En entreprise, la granularisation des savoirs trouve un écho avec les référenciels de compétences, découper les métiers ou les fonctions en grains de compétences distincts. La granularisation est au cœur de notre histoire occidentale des apprentissages, découper pour mieux comprendre. Alors pourquoi cette actualité ?

 
Outre l’avantage financier, le gros avantage de la granularisation des savoirs est de rendre plus accessible les savoirs, il y a popularisation formative. « Comment comprendre Piaget en moins de deux minutes ? », nombre d’apprenants veulent bien faire l’effort surtout si c’est pour deux minutes, pour dix ou vingt heures, on aurait sans doute moins de candidats. La granularisation des savoirs permet de toucher plus de monde avec  des techniques d’ancrage pour favoriser l’accroche et l’impact en si peu de temps. Tout un travail de slogan, de synthétisation et de pitch. Mais cette simplification n’est pas neutre, il y a un choix dans le contenu et ce choix nécessite des a priori qui sous réserve de simplification peuvent s’apparenter à du spectacle au sens de Guy Debord, la formation deviendrait-elle un simulacre de formation ?
 
Pour reprendre l’exemple de Jean Piaget, qui le connaît ? Qui s’intéresserait à un grain sur l’auteur ? Spontanément, la majorité se détournerait de ce grain, or justement, c’est cette majorité qui profiterait le plus de ce grain. La granularisation profite à ceux qui sont déjà formés. Il faut donner envie aux autres d’avoir envie de ces grains… la formation devient séductrice pour capter l’attention. La granularisation nécessite un marketing ad hoc.
 
Il y a un second changement, la formation devient immédiate, « j’ai besoin, je prends », j’ai un entretien d’embauche, je clique sur le grain pour savoir quoi répondre, ou quelles stratégies gagnantes. Il ne s’agit plus de savoir mais d’être connecté, la problématique de la formation n’est plus l’acquisition des savoirs avec un travail de mémorisation mais le fait d’assurer la couverture connectique de l’apprenant. La formation passe d’une stratégie de stock à une stratégie de flux.
 
Cela est-il gênant ou s’agit-il d’une évolution « naturelle » de la formation ?
 
Tout est possible, mais la vraie problématique est l’agrégation des grains, la structuration des idées. Il ne s’agit pas tant prendre un grain après l’autre que de prendre du recul sur le fait que chaque grain mis bout à bout forme une mosaïque formative. Toutes ces touches qui impressionnent forment un tableau, celui de la connaissance ou de la compétence ou d’autre chose. Il s’agit de penser la pensée. Si la structuration n’est plus là, ne s’agirait-il pas de penser le vide ? Et que devient le « je pense donc je suis » ? La granularisation interroge l’identité, à moins que ce soit l’identité qui est en train de naître qui cherche la granularisation pour sortir des stéréotypes classiques… après tout ne parle-t-on pas d’une nouvelle génération qui arrive avec la génération Y ?

 

Stéphane DIEBOLD
 

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