Etre créatif pour recruter un créatif, « Be my Trainee »

Le 24 septembre dernier, l’Agence de conseils en stratégie digitale Plan.net lançait une originale campagne de recrutement pour un stagiaire. Nom de code de l’opération : « Be my Trainee », une démarche à l’image du profil qu’elle recherchait : créatif mais pas caricatural, à l’humour décalé mais jamais vulgaire. Pour ce, l’agence a joué sur les mots et avec les idées reçues, et déjoué les standards du recrutement. Un processus 3 en 1 qui permet, en 7 questions posées sur un blog, d’identifier la personnalité du candidat, de vérifier ses compétences et ses connaissances, le tout sans jamais regarder son CV.

Rencontre avec Geoffrey Justeau, l’instigateur de cette démarche qui bouscule les modes de recrutements traditionnels.

 
Pour toucher des candidats à la hauteur de la créativité attendue, il fallait un recrutement à cette même hauteur. Pas de CV ni de lettre de motivation, mais un « concours » sous la forme de 7 mini challenges, curieux, étonnants, parfois même déstabilisants. « Envoie tes réponses avant le 15 octobre 2010 (t’as le droit d’être à la bourre si t’es vraiment créatif ) », annonçait le blog créé pour l’occasion. Tutoiement et liberté, le ton est lancé. Bilan : quelques fous rires [1], des idées folles mais pertinentes, d’autres « à côté de la plaque » et 3 recrutements. « Nous avons reçu une trentaine de candidatures, rencontré 6 personnes, et recruté plus de stagiaires que prévu (3 au lieu d’1) », raconte Geoffrey Justeau. Le premier heureux élu a rejoint l’équipe depuis un mois.
 

De la personnalité, pas un CV

Pour devenir le nouveau « trainee » – prononcez à la française – de l’agence, il fallait juste être soi-même. S’il est difficile de décrire le profil idéal, Geoffrey Justeau savait ce qu’il ne voulait pas : « ni une caricature de publicitaire », ni « un gratte-papier ». Pour postuler, il suffisait de donner son nom, son prénom, sa période de stage et la preuve de sa créativité. « Nous recherchions davantage la passion de la publicité, qu’un super CV ou des stages dans des grands groupes ». Pour ce qui est des compétences effectives, « les réponses suffisent à prouver leur capacité à faire des phrases. Nous n’avons pas besoin d’une liste de leurs jobs d’été ».
 
Le défi 6 était un test de rapidité de frappe. L’objectif des 52 mots/minute n’a pas souvent été relevé. Certains ont réitéré l’exercice plusieurs fois. D’autres ont opté pour un montage trompeur, mais preuve de créativité et de réactivité.
 
Il s’agissait davantage de cerner la personnalité du futur stagiaire, le ou les univers dans le(s)quel(s) il évolue et sa capacité à s’adapter à plusieurs humours, sans jamais tomber dans le grossier ou l’incompréhensible. « Nous sommes tombés sur des personnes trop sûres d’elle ou qui était tombées dans le vulgaire ». Attention, un trainee, même prononcé à la française, est un stagiaire et rien d’autre.
 
Les tests psychotechniques n’avaient, pour autant, par leur place dans ce concours. Ils y sont même moqués dans la question 2 : Quel est ton animal totem ? « Nous avons réfléchi aux questions posées lors des processus de recrutement classiques », se souvient Geoffrey Justeau. Le test de la symbolique de l’animal (parodié par l’ajout du mot totem) n’est pas toujours perçu comme pertinent, surtout du côté des candidats. Certains ont joué le jeu, d’autres s’en sont amusé, comme Julien Thibon qui a répondu : « le toucan, parce qu’il peut tout ».
 
La question suivante était plus sérieuse et cherchait à en savoir plus sur la culture publicitaire, l’esprit critique, les goûts des candidats. Il s’agissait de donner « un buzz et un bouse », un exercice délicat quand on ne connaît pas le nom de l’agence auprès de laquelle on postule. « Les réponses ont été franches. Tous ont bien assumé leur choix, sans jamais juger », rapporte le recruteur. Si le nom de l’agence n’apparaissait nulle part sur le blog, c’est pour « éviter d’influencer les réponses. On ne postule pas de la même manière auprès d’un groupe ou d’une agence indépendante ».
 
L’agence a fait tomber les barrières du recrutement classique jusqu’au moment des entretiens, qui s’apparentaient « à une discussion sur leur vie, ce qu’ils font, leurs affinités ». Jusque là, CV proscrit. « On fait confiance aux dires des candidats ».
 

Créativité et réactivité

Derrière l’apparente « décontraction », il s’agissait de recruter des personnes capables de sérieux – mais qui ne se prennent pas trop au sérieux – d’inventivité et de réactivité.
Tandis que la première question – Que signifie JRLTEA [2] ? – testait « la capacité à être créatif dans un cadre limité », la dernière – Qui a dit Jacques a dit ? – éprouvait l’imagination du candidat « sans limite, dans un cadre vide de sens », explique Geoffrey Justeau. Si la bonne réponse existe, la donner n’est pas un critère de sélection.
 
La question 5 est un autre test de créativité : créer une signature pour une marque de textile, tout à fait confort mais pas vraiment jeune et glamour. Un exercice difficile. Pour travailler dans la publicité, « il faut faire preuve d’ouverture d’esprit, être capable de plusieurs humours pou s’adapter à la variété des projets », commente le futur maître de stage.
 
S’ils avaient plusieurs jours pour réponde aux questions, les candidats ont été mis à l’épreuve de la réactivité, en situation déstabilisante, voire gênante. Ils étaient invités à laisser un message sur un répondeur. « Be my trainee », disait une voix grave, à laquelle répondait une vois féminine « Oh Oui ! ». « L’un avait retourné tous les mots de la phrase, il a fallu que j’écoute le message une quinzaine de fois pour comprendre ! », s’amuse Geoffrey Justeau.
 
Si ce type de recrutement ne s’applique pas à tous secteurs, dans la publicité et la communication, il pourrait se multiplier. Plan.net [3] envisage de recycler le principe pour d’autres postes. « L’exercice du répondeur serait idéal pour un commercial, par exemple. Comment réagirait-il face à une réflexion agressive, une demande irréalisable ? ». A suivre donc.

 

 

Typhanie Bouju

 
[1] Un best-of des réponses est disponible sur http://bemytrainee.blogspot.com/
[2] Pour les novices du langage sms/msn, JRLTEA signifie Je Rigole La Tête En Arrière
[3] http://www.plan-net.fr/

 

 

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