Entre philosophie Zen et sens des affaires : comment travailler avec la Chine ?

par La rédaction

Les Editions Afnor viennent de lancer une nouvelle collection : « Travailler efficacement à l’étranger ». Deux ouvrages ont déjà été consacrés à la Chine. Les grands groupes français y sont déjà présents, mais les PME restent encore frileuses face à la complexité de ce marché potentiel. Les différences culturelles entre Chine et Occident sont en effet de taille. Rencontre avec l’auteur, Marc Meynardi, qui y a fait ses premiers pas en 1984.

 

Dans votre ouvrage « Bien communiquer avec vos interlocuteurs chinois »[1], vous parlez de taoïsme, de Zen, du Yin et du Yang, du Feng Shui. Pourquoi cette approche culturelle, presque spirituelle, dans un ouvrage pratique ?

 

J’y aborde ces notions parce qu’on ne gère bien que ce que l’on comprend bien. Nous allons communiquer avec nos fils culturels, les Chinois avec les leurs et ainsi de suite. Il est important de comprendre ce qui construit leur culture, leurs attitudes. Les Chinois pratiquent le Yin et le Yang dans leur vie de tous les jours. S’il fait froid, on mange des haricots rouges pour équilibrer la chaud (Yang) et le froid (Yin). Mais la Chine change très vite. Si les Chinois ne sont pas prêts d’abandonner leur culture, ancrée dans 5000 ans d’Histoire, les jeunes sont complètement différents de leurs aînés. Ils tendent vers la globalisation, sont parfois arrogants de par leur éducation d’enfant unique. Et le respect des âges est parfois oublié.

 

Vous énoncez les 3 caractéristiques essentielles du taoïsme : l’harmonie, l’utilité du vide et le laisser-faire. Comment se manifestent ces principes – notamment le laisser-faire, à l’opposé de la culture occidentale – dans les relations professionnelles ?

 

Les Chinois n’agissent qu’au moment opportun. En négociations, ils font jouer la montre. Ils ne vont pas avancer sur le dossier, faire tourner les interlocuteurs jusqu’à vous rendre fou. Une stratégie chinoise consiste à attendre  le jour du retour pour les vacances de Noël. Ils savent que vous n’aurez pas d’autre vol. Mais une fois la décision prise, ils sont très prompts. Là non plus, les Occidentaux ne sont pas du tout sur la même longueur d’onde.

 

Quant à l’utilité du vide, la théorie se vérifie lorsqu’il s’agit de stockage. En Chine, on remplit tous les espaces vides. Sur la route, il est inutile de laisser de la distance avec la voiture de devant ; quelqu’un saura s’y glisser. Dans les appartements, c’est un fouillis monstre, à l’opposé de la philosophie Zen que l’on s’imagine.

 

Pouvez-vous revenir sur la « notion de face » qui tient un espace important dans votre ouvrage ?

 

C’est une notion essentielle en Chine et en Asie en général. En Occident, elle existe aussi. On l’appelle « l’honneur », mais elle est davantage basée sur l’individu que sur la communauté. En Chine, l’individu n’a pas de valeur, c’est sa place dans la société qui importe. L’individu naît avec un héritage social. Pour exister, il devra renvoyer une image positive et harmonieuse. Cela passe par des ressources matérielles – une voiture, un sac Vuitton, une montre Rolex – mais aussi symboliques : avoir des amis haut placés par exemple. L’entourage fonctionne comme un miroir. Je lui montre que j’ai de l’argent et des amis haut placés, il me renvoie une image positive de moi-même. Les Occidentaux ont l’habitude de dire que l’argent ne fait pas le bonheur ; pour les Chinois, l‘argent fait partie intégrante du bonheur. Et cela peut aller très loin : il vaut mieux se prostituer pour les femmes ou être un voyou pour les hommes que d’être misérables.

 

Les attitudes frontales et directes sont à proscrire en Chine. Je me souviens d’une erreur de jeunesse : j’avais insulté un Chinois, en public, et celui-ci s’était mis à me poursuivre armé d’un couteau ! En faisant cela, j’avais cassé l’harmonie face à son entourage. Dans une entreprise, s’en prendre à quelqu’un devant le groupe, simplement lui faire remarquer une erreur, c’est prendre le risque qu’il ne revienne pas le lendemain. Je pense à un autre exemple : Un dirigeant qui avait mis son directeur d’usine à la porte, s’est vu interdire de mettre les pieds dans l’usine. Il avait fait perdre la face à quelqu’un de haut-placé. Si vous vous énervez, tapez du poing sur la table – ce qui est arrivé à un ami français – vous risquez de voir l’usine fermer ses portes pendant un mois.

 

Comment les Chinois voient-ils les Français ?

 

Pour eux, nous sommes des romantiques. Lorsqu’ils sont en France, ils adorent voir les gens s’embrasser dans la rue, ce qui est interdit en Chine. Même les jeunes gardent cela pour leur intimité. Mais ce côté « romantique » suggère aussi que nous ne sommes pas très sérieux. Ils aiment comparer les pays entre eux et, par rapport aux allemands par exemple, qui sont très techniques, fiables, nous n’avons pas la réputation de l’Occidental carré. La France, c’est le luxe, la frivolité, le romantisme, des choses qui ne sont pas nécessaires. Mais on aime manger, et eux aussi ! Les Chinois, contrairement à ce que l’on peut parfois s’imaginer, aiment se retrouver autour d’une table, boire, rire, mais aussi travailler bien sûr.

 

 

Typhanie BOUJU

 

 


[1] Du même auteur et dans la même collection : Réussir vos négociations en Chine.

 

 

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