e-recrutement, du virtuel au réel ?

par La rédaction

C’est au milieu des années 2000 qui voit l’avènement des blogs que les recruteurs se sont aperçus que les talents commençaient à mettre en avant leurs compétences et leurs expertises via le web. La mini-révolution RH débutait alors sa marche. Par la suite, la progression des réseaux sociaux comme Viadeo, LinkedIn puis Facebook a apporté une nouvelle dimension, en introduisant une bonne dose de 2.0 dans les processus de recrutement. Le networking online tend depuis lors à s’imposer comme la chasse gardée des entreprises soucieuses de doper leur marque employeur mais aussi comme le pré carré des candidats désireux de gérer leur carrière via leur e-réputation. Alors oui, les réseaux sociaux ont incontestablement démultiplié la notion de mise en relation et ouvert la voie à une forme de publicité sociale et contextuelle, mais ont-ils véritablement conquis leur place au sein des processus de recrutement ? Décryptage

 
A la question, les réseaux sociaux ont-ils aujourd’hui une vraie place dans les processus de recrutement ? La réponse semble être oui comme le confirme Olivier Fécherolle, Directeur général de Viadéo avant d’ajouter que les services RH ont mis du temps avant de s’apercevoir combien les réseaux sociaux pouvaient être un outil pertinent et efficace en matière de recrutement.
« L’offre Viadeo existe en effet depuis maintenant quatre ans mais il fallu attendre 2010 pour que les réseaux sociaux s’imposent véritablement comme un outil de recrutement à part entière », indique le Directeur général de Viadeo. Pourtant si l’on se réfère à l’enquête publiée il y a quelques jours par le site RegionsJob et réalisée auprès d’un échantillon de 379 recruteurs et 2 526 candidats, la réalité semble être tout autre. Si près de la moitié des recruteurs utilise les réseaux sociaux, seuls 22 % les placent parmi les trois outils qu’ils jugent les plus importants. Les jobboards restent largement en tête dans ce domaine (80 %) suivis au classement par les candidatures spontanées, les sites RH et l’Apec qui retiennent entre 32 et 35% des suffrages. Côté candidats, le constat dressé par RegionsJob semble être le même. Les sites d’offres d’emploi dominent largement avec 91 % des sondés qui les classent dans les trois moyens de recherche d’emploi les plus importants. Avec seulement 9 %, les réseaux sociaux sont donc bons derniers, à égalité avec la presse.
 
 
Mais alors, info ou intox ?
 
Les réseaux sociaux sont-ils des outils véritablement pertinents et efficaces ? « Certes les Jobboards et autres sites RH restent extrêmement plébiscités tant par les recruteurs que par les candidats. Néanmoins, ils donnent uniquement à voir la partie immergée de l’iceberg. Car les réseaux sociaux professionnels ont une longueur d’avance dans la mesure où ils permettent aux recruteurs d’accéder à des profils de candidats qui ne sont pas forcément en recherche d’emploi. C’est une belle opportunité pour les DRH à l’affût des nouveaux talents. Il y a aujourd’hui plus de 4,5 millions d’inscrits sur Viadeo. Parmi eux un grand nombre ne sont pas en recherche active et sont présents en vue de gérer leur carrière via leur réseau professionnel », précise Olivier Fécherolle. 
Une tendance que confirme l’étude réalisée par le site RegionsJob. En effet, il semble que les internautes soient de plus en plus attentifs à la problématique de l’identité numérique. Ils sont ainsi 75 % à avoir fermé l’accès à leur profil Facebook au grand public, contre 68 % l’an dernier. « Dans les années 80, les politiques parlaient d’employabilité autrement dit, il incombait au salarié de s’assurer qu’il était employable grâce à des diplômes et à ses compétences. Aujourd’hui, la notion d’employabilité s’est complètement retournée et ce sont désormais les salariés qui sont tenus de développer activement leur propre employabilité au travers notamment de la gestion de leur e-réputation. En sachant qu’une carrière dure en moyenne 40 ans et que l’individu se retrouve environ cinq fois sur le marché du travail, il apparaît que les réseaux sociaux tels que Viadéo et LinkedIn sont de véritables outils de gestion de carrière permettant aux utilisateurs de mettre à profit la force de leur communauté en vue de donner des informations – réorientation professionnelle, prétentions salariales, mobilité géographique – visant à faciliter l’évolution de leur vie professionnelle », explique David Guillocheau, Directeur associé au sein du cabinet RH Talentys.
 
 
Un outil probant dans la chasse aux talents
 
CQFD alors ? Les réseaux sociaux seraient donc un outil probant dans la chasse aux talents et aux profils pénuriques. Leur utilisation permettrait, en effet, de combler des postes difficiles à pourvoir, mais pas de faire du recrutement à grande échelle. En effet, seuls 28 % des recruteurs du panel RégionsJob ont déjà recruté au moins une personne sur les réseaux sociaux. Quant au nombre de répondants recrutés via ces derniers, il reste extrêmement faible (3 %) et démontre une forte disparité dans le taux de transformation des différentes plates-formes de réseau social. Ainsi, Viadéo se place largement en tête en termes des contacts générés puisque 55 % des utilisateurs ont déjà été contactés. En revanche, ces contacts restent très peu qualifiés et sont rarement suivis d’une embauche. Seules 4 % des personnes inscrites sont ainsi concernées. Avec 5 %, le média proposant le meilleur taux de transformation est le blog professionnel, le moins efficace étant Facebook avec 1 %.
Etre présent sur les réseaux sociaux dits grand public tels que Facebook reste néanmoins indispensable pour les entreprises car ces derniers s’imposent aujourd’hui comme un des canaux de communication incontournables pour toucher les masses et développer sa marque employeur. Pour autant, il ne faut pas les opposer aux réseaux sociaux professionnels qui facilitent la communication entre communautés d’experts comme le confirme Olivier Fécherolle « sur Viadeo les communautés RH fleurissent et ont vocation à rassembler en vue de diffuser des messages pertinents auprès d’une communauté de talents et donc de candidats potentiels. Dans les années à venir, tout l’enjeu des réseaux sociaux professionnels consistera à faire évoluer l’offre ». Les candidats utilisent, en effet, de plus en plus le web pour trouver des informations sur les entreprises ou sur l’actualité de leur secteur. Selon l’étude Regionsjob plus de 88 % des sondés indiquent se renseigner en ligne avant de postuler. Et plus de la moitié renonce à postuler suite aux informations trouvées. A contrario, plus de 77 % des candidats ont répondu à une annonce après avoir effectué des recherches sur la marque employeur. Les entreprises ont donc une vraie carte à jouer en maîtrisant leur e-réputation.
 
 
Une autre forme de sourcing
 
Outre la gestion de leur e-réputation, les salariés soucieux de booster leur carrière se doivent non seulement d’entretenir activement leur networking en répondant à des mises en relation mais également de consulter régulièrement les nouvelles applications et autres conseils dispensés par les experts en recrutement qui utilisent de plus en plus les réseaux sociaux comme outil d’accompagnement au recrutement.
A noter que via les pages Facebook et les applications telles que « Work with me », les réseaux sociaux ont ouvert la voie à une autre forme de sourcing et facilité le dialogue et le développement des relations informelles entre candidats et recruteurs. C’est notamment le cas du groupe Air France qui s’était positionné en précurseur en désignant dès 2007 des ambassadeurs de l’entreprise en charge de répondre aux questions des candidats via une FAQ.
Plus récemment, le groupe BNP a lancé « BNP Backstage », une plate-forme d’échange où les opérationnels et les chargés de recrutement répondent en direct aux questions ayant trait aux métiers, au processus de recrutement ou encore à la culture de l’entreprise. Ce type d’initiative traduit un vrai changement dans la mesure où il s’agit non seulement d’un véritable espace de dialogue mais également d’un outil d’aide et d’accompagnement des candidats dans le processus de recrutement. Dans la même lignée, la Société Générale lance du 31 mai au 22 juin prochain une opération baptisée « Push my career » à destination des jeunes diplômés. Plus de cent postes sont à pourvoir en CDI et les candidats peuvent se connecter sur la page Facebook de l’évènement afin de bénéficier de conseils d’experts en recrutement et d’outils d’aide au recrutement tels que des séances de coaching virtuel. « Il est clair que dans les années à venir, ces outils d’accompagnement vont se généraliser notamment via les réseaux sociaux et les  nouveaux supports tels que l’Iphone, l’Ipad ou encore le Blackberry.  », confirme David Guillocheau. Selon le Directeur général de Viadeo, « les nouvelles technologies s’adaptent très bien à la gestion des RH. A plus ou moins court terme, on pourrait par exemple utiliser des outils de géolocalisation afin d’optimiser le matching candidat/entreprise lors des salons dédiés au recrutement ». Une idée un peu folle mais qui prend tout son sens dans un marché en tension où la guerre des talents fait rage.
 

Alex IDEUVIMI

 

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