Déconfinement progressif du travail, qu’en pensent les salariés ?

par La rédaction

L’annonce d’Edouard Philippe concernant le déconfinement prévu au 11 mai annonce un déconfinement très progressif, voire reporté pour les salariés en possibilité de télétravailler. D’une part, malgré l’envie de retourner travailler, tous s’accordent sur l’importance de déterminer des mesures sanitaires sécurisantes. D’autres part, ces derniers mois ont été riches d’enseignement par le télétravail, les stratégies clé qui ont fonctionné pendant le confinement total sont-elles transposables à un déconfinement progressif ? Oui, mais pas n’importe comment, explications.

La sécurisation du retour au travail est une priorité

Le déconfinement progressif n’efface pas la menace du coronavirus a bien rappelé le Premier Ministre. En effet, toute une tranche de salariés seront obligés de revenir au travail et il faudra assurer sa sécurité. Au delà des mesures de base, gel hydroalcoolique à disposition, rotation des effectifs et distanciation des postes de travail, certaines entreprises envisagent de prendre la température des collaborateurs à l’entrée des locaux et d’étaler les horaires de présence des collaborateurs.

Les trajets quotidiens préoccupent les salariés. Emilie, responsable dans le secteur de la technologie souhaite “un aménagement des horaires, notamment pour ceux qui prennent les transports en commun comme le métro et ces fameuses lignes blindées. Par ailleurs, un aménagement de l’espace pour le déjeuner – nous on a une petite cuisine alors ça va être bien compliqué !”

Julien, cadre dans la finance, soutient l’idée des horaires décalés pour désengorger les transports publics aux heures de pointe et propose même “la fermeture des espaces de restauration et livraison de plateaux repas directement aux postes de chacun”.

Les gestes barrières peinent encore à être respectés de tous. Paul, enseignant dans un établissement public aimerait voir “une démarche pédagogique auprès des adultes et des plus jeunes pour expliquer comment utiliser et mettre un masque (les règles d’usage n’étant pas respectées 4 fois sur 5).”

Les enseignements du confinement

Les leçons qui découlent de l’expérience du confinement sont multiples, peuvent-elle être transposées au retour au travail progressif ?

L’importance d’une communication soutenue

Tout au long du confinement, l’importance d’une communication fluide revient souvent. Pour Céline, urbaniste dans le secteur public, “le maintien de certaines réunions périodiques préexistantes a permis de conserver des temps d’échange et du lien.” Rémi qui s’occupe de l’audit dans un groupe de luxe recommande “d’appeler régulièrement ses équipes pour prendre des nouvelles et garder un lien social fort”.

Le cas échéant, Margaux, à la gestion des comptes pour un média public, déplore des écarts dans la transmission d’informations, comme ce “gros travail exécuté qui n’avait pas lieu d’être mais l’information n’a pas été communiquée correctement. Je l’ai compris une fois le travail achevé.”

Poursuivre les bonnes pratiques élaborées lors du confinement

Qui n’a pas eu mal au dos ces derniers mois ? Emilie suggère de revoir son installation maison : “il faudrait optimiser les conditions de travail à la maison (un meilleur siège, un deuxième écran) si nous devons nous installer dans un quotidien durable.”

Apprendre à se limiter aux horaires de travail est l’un des plus grands défis de ce confinement. Emilie, habituellement à temps plein, partage ses difficultés vis-à-vis de son activité partielle : “j’ai du mal à faire vraiment la demi-journée stricte, je fais souvent plus.”

Sa solution ? “Se fixer des missions à la semaine et au jour et de les respecter (mais cela était possible surtout du fait du ralentissement de l’activité car on est souvent débordé en temps normal).”

Thomas, chef de projet dans un agence pour le développement durable, a pu adopter un rythme plus apaisé. “Cela ne m’est jamais arrivé de travailler le soir car je n’ai pas de pression. Si j’avais voulu garder la même productivité il aurait fallu que je travaille en soirée pour rattraper ce qui est perdu la journée.” Ce père d’un enfant en bas âge en connaît d’autres qui n’ont pas eu la même chance : “Ils travaillaient le soir et se retrouvaient sous tension la journée, car ils devaient rendre quelques chose qui était attendu tout en devant gérer leurs enfants.” Résultat : des mises en congés après une période particulièrement stressante.

L’envie de retrouver son ancien quotidien

Olga, responsable retail dans l’habillement explique : “je suis au chômage partiel, mon activité ne justifiant pas que je télétravaille… je vais reprendre petit à petit à l’entrepôt, on va créer des groupes pour pas être trop nombreux. J’attends impatiemment de reprendre le travail pour être honnête !”

“Ce qui me plairait c’est s’ils ouvraient la possibilité d’aller à pied au bureau pour une journée entière où je sais que je suis tranquille, ce serait bien,“ avoue Thomas.

“Mon entreprise était contre le télétravail avant le début du confinement. L’organisation que nous avons mis en place a bien fonctionné. J’espère que cela permettra la généralisation du télétravail même après la sortie de crise,” confie Julien.

Les leçons du confinement pointent vers des changements nécessaires dans les modes de travail. Face à cette situation atypique qui dure, les entreprises devront composer avec l’incertitude, redonner le sens des missions et adopter une approche à la fois pragmatique et humaine vis-à-vis des salariés.

Mai TREBUIL

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