Absences : Pourquoi fait-on l’entreprise buissonnière ?

par La rédaction

L’absentéisme, un fléau qui touche aussi bien les établissements scolaires que les entreprises. A l’origine, la même question ; que se pose aussi bien l’élève que le salarié : à quoi bon être présent ? Ni le salaire, ni l’argument « si tu ne vas pas à l’école, tu ne trouveras pas de travail », ni la sanction : rien ne fonctionne. Si ce n’est l’éternel filon de la motivation. Usure professionnelle, jusqu’au burning-out, et surtout perte du sens de la présence, comment y remédier ?

 

La pénibilité existe-t-elle ?

Selon le dernier baromètre de l’absentéisme d’Alma Consulting Group, les principales causes d’absentéisme, citées par 38% des répondants, sont la pénibilité et les conditions de travail. Derrière ces facteurs, et l’absence pour maladie, se faufile le vieillissement de la population, une des explications de l’absentéisme que mentionne Pascal Gallois, associé du cabinet Pactes Conseil[1]. Selon lui, le terme de « pénibilité » n’est plus forcément adapté, en dehors du secteur industriel. Il parle plutôt de « stress » ou « d’usure professionnelle », un phénomène directement lié au vieillissement de la population active. 
 

L’insouciance de la jeunesse

« Il n’existe pas autant de causes de l’absentéisme que d’entreprise, mais chacune a sa spécificité », précise le formateur, qui insiste sur le fait qu’il faut être prudent sur la définition de l’importance de l’absentéisme dans une entreprise. « Il faut prendre en compte le profil démographique de l’entreprise et traiter les moyennes nationales avec précaution », continue Pascal Gallois, l’auteur de L’absentéisme, comprendre et agir et de Manager (presque) sans stress. On pourra se référer aux chiffres de la Chambre des Métiers ou du Conseil de la profession, mais surtout « à titre informatif », insiste-t-il. Et de préciser : « Le taux est plus parlant est celui qui établit un rapport entre le nombre de jours d’absence et le nombre de jours travaillés. »
 
« Une entreprise industrielle avec une population de plus de 45 ans aura un plus fort taux et des absences plus longues, qu’une population de cadres dont la moyenne d’âge est de 25 ans », illustre Pascal Gallois. Mais dans ce deuxième exemple, il met en garde : le taux d’absentéisme peut être bas « en apparence ».  
 
A l’opposé de la première cause évoquée, le vieillissement de la population, il cite l’entrée sur le marché de la génération Y « qui n’a pas les mêmes relations au travail, au management, se situe dans une relation plus conflictuelle, n’a pas l’impression d’être écoutée, manque d’autonomie ». Des sentiments qui se traduisent par un désintéressement et des absences « perlées, moins longues et plus fréquentes », mais tout aussi révélatrices d’un mal-être.
 

Une cause, une seule

De façon générale, « la cause principale de l’absentéisme est le sentiment qu’a le collaborateur de ne pas être reconnu, de ne pas avoir de valeur aux yeux du management et de l’entreprise », résume Pascal Gallois. Selon lui, « les personnes qui ont des responsabilités ou le sentiment d’être important sont très rarement absentes ». Il prend l’exemple du technicien de maintenance, sans qui la machine ne fonctionnerait pas. Sa présence est primordiale au fonctionnement de l’entreprise. Il le sait et ne s’absente pas ou peu. Le spécialiste de l’absentéisme poursuit sur un exemple opposé : « l’archétype du centre d’appel : chacun y est remplaçable, chacun réalise la même tâche ». Le sens de la présence disparaît de l’esprit du collaborateur, qui pourra être remplacé au pied levé par un intérimaire.
 
La solution : redonner cette idée d’importance de chacun dans l’entreprise, l’utilité d’un individu dans un système, « faire que mes collaborateurs comprennent que les compétences, leur présence, leur créativité et leur engagement comptent pour l’entreprise ». Mais suffit-il de le leur dire ?
 

Des massages pour les présents…

Certains le disent, non avec des mots, non avec des fleurs, mais avec des massages et autres actions en faveur du bien-être des employés. Malgré tout, cela ne fait pas encore partie des actions les plus couramment mises en place. Selon le baromètre d’Alma Consulting Group, les entreprises favorisent la prévention des Accidents du Travail, les contre visites médicales, les aménagements des postes de travail ou la polyvalence des salariés.
 
D’autres, plus rares, optent pour vraies actions « bien-être », de la sieste au massage. Ce nouveau type d’actions envoie un message : « vous êtes important dans l’entreprise », analyse Pascal Gallois. Il se souvient d’une expérience, il y a 4 ou 5 ans, chez Carrefour. Les caissières avaient bénéficié d’une séance de massage. « Le taux d’absentéisme avait baissé de 2 tiers ! », s’étonne encore le consultant, avant d’expliquer « ce n’est probablement pas l’effet thérapeutique qui a fonctionné, mais cet effet « on s’occupe de vous ».
 

…des coups de fouet pour les absents ?

Tous les points de vue s’accordent sur l’inefficacité de la pénalisation, notamment financière, ou de la sanction. « «S’il s’agit de cibler les populations qui abusent réellement des absences – qui en réalité sont peu nombreuses – il ne faut pas mettre en route un rouleau compresseur sur l’ensemble des salariés », précise Pascal Gallois.
 
Les contre-visites médicales ne sont pas plus efficaces. « Elles sont comme des radars sur les routes », plaisante-t-il. Selon lui, il faut se pencher sur la raison qui pousse les personnes à préférer la salle d’attente du médecin à leur bureau. « A son retour, le collaborateur ne sera pas plus motivé qu’avant ».
 
Après une longue période d’absence, la personne est déconnectée et a « probablement perdu en compétence ». Elle a besoin d’un accompagnement professionnel, et « d’un soutien psychologique », ajoute-t-il. Les absences perlées aussi ont besoin d’être accompagnées car « elles sont le signe d’un problème dans le travail qui pèse sur le moral. Il vaut le coup de faire un entretien exploratoire, pour comprendre pourquoi la personne est en train de se désengager ».
 
 
 Typhanie BOUJU

 

 

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