Le 18e baromètre sur la perception des discriminations dans l’emploi met en lumière un constat sans équivoque : le travail est le domaine dans lequel les discriminations sont les plus présentes.
Dans ce rapport publié en décembre 2025, la Défenseure des droits, en partenariat avec l’Organisation internationale du travail (OIT), s’appuie sur des données collectées entre 2016 et 2024.
Objectif ? Mesurer l’évolution des discriminations perçues et vécues dans le monde du travail.
Que disent concrètement les actifs de leurs expériences de discrimination dans le monde du travail ? Quels motifs ressortent selon les différentes étapes du parcours professionnel ? Les politiques diversité et inclusion, largement mises en avant par les entreprises, ont-elles réellement modifié l’expérience des actifs ?
Les résultats apportent des réponses nuancées. Ils montrent que les discriminations ne se manifestent pas de la même manière à l’embauche et en cours de carrière. Ils révèlent aussi que certains motifs persistent, que certaines populations restent plus exposées, et que le recours demeure largement minoritaire.
Retour sur quelques chiffres issus de l’enquête sur Les évolutions des discriminations dans l’emploi entre 2016 et 2024, 3ème volume.
L’emploi, là où la discrimination est la plus prégnante
En 2024, plus de 9 personnes sur 10 estiment qu’il existe des discriminations dans le monde du travail. Un niveau stable par rapport à 2016. Cela signifie que le ressenti des actifs n’a pour ainsi dire pas évolué en près d’une décennie.
Selon les actifs interrogés, cette perception est vraie quelle que soit l’étape du parcours professionnel. Peut-être la preuve, s’il en fallait une, que les inégalités ne se limitent pas à la seule phase du recrutement.
Ainsi, les discriminations sont jugées plus fréquentes par les actifs lors de la recherche d’emploi (43 %). Cependant, 29 % des répondants évoquent aussi une présence marquée des discriminations dans le déroulement de carrière.

Source : 18e Baromètre sur la perception des discrimination dans l’emploi (Défenseure des droits x OIT), 2025, page 7
Des discriminations différentes à l’embauche et en cours de carrière
À l’embauche, l’âge revient le plus souvent dans les récits de discrimination (42 %). L’origine ou la couleur de peau suit (21 %) en seconde position, suivie par la situation familiale : 16 % contre 7 % en cours de carrière. Elle touche davantage les femmes, avec 24 % contre 5 % des hommes.
Une fois en poste, les motifs de discrimination ne sont plus les mêmes. Le sexe arrive en première place du podium (41 %). Il est cité par 56 % des femmes, contre 13 % des hommes. L’âge recule, mais il reste plus cité par les 18–29 ans (32 %) que par les 50–64 ans (23 %). Enfin, l’état de santé ou le handicap est davantage évoqué en carrière qu’à l’embauche : 16 % contre 11 %.
Discrimination et carrière des femmes
Comme nous venons de le voir, les discriminations liées au sexe occupent une place prépondérante en cours de carrière. Être une femme augmente le risque d’être confrontée à une discrimination. Et c’est encore plus vrai aujourd’hui : alors qu’il était x 1,6 plus élevé en 2016, il était x 2 plus important en 2024.
Un risque qui ne s’atténue ni avec le diplôme, ni avec l’âge. En effet, les femmes titulaires d’un master ou d’un doctorat déclarent davantage de discriminations que les moins diplômées, montrant que la qualification ne constitue pas un « bouclier antidiscrimination ». De même, le risque persiste au-delà de 35 ans chez les femmes. Quand, à l’inverse, il tend à disparaître chez les hommes.
Pratiques d’entretien encore problématiques
Selon l’enquête réalisée par la Défenseure des droits, en partenariat avec l’OIT, les entretiens continuent de s’appuyer, en partie, sur des questions portant sur des critères protégés par la loi.
Ainsi, 1 personne sur 2 déclare avoir été interrogé sur l’un des critères de discrimination lors d’un entretien d’embauche ou d’une évaluation professionnelle.
Ces situations problématiques concernent en particulier certains publics : les jeunes sur leur âge ou leur apparence, les femmes sur leurs projets de parentalité. Le fait d’être perçu comme une personne non blanche suscite 9 fois plus de questionnements sur les origines.
De quoi interroger la place que continuent d’occuper les biais cognitifs et les stéréotypes dans ces situations.
- Sur une thématique similaire, consultez notre article : Vers la fin des politiques inclusion et diversité ?
Hausse des stigmatisations au travail
Alors qu’ils n’étaient « que » 25 % en 2016, les actifs sont désormais 34 % à déclarer avoir été confrontés à des propos ou comportements stigmatisants sur leur lieu de travail.
Ces situations recouvrent des réalités diverses (les chiffres indiquent donnée 2024 vs donnée 2016, ndlr.) :
- sexisme (20 % vs 14 %) ;
- racisme (11 % vs 9 %) ;
- handiphobie (9 % vs 5 %) ;
- homophobie (7 % vs 3 %) ;
- religion (7% vs 5 %).
Une stigmatisation qui semble s’inscrire dans la durée puisque 74 % des personnes discriminées au cours de leur carrière déclarent y avoir été exposées dans les 5 dernières années.
Peu de recours face aux discriminations en contexte professionnel
Si les discriminations demeurent une réalité largement partagée par les actifs, le recours des victimes reste, lui, très limité. En effet, lorsqu’une discrimination survient lors d’une recherche d’emploi, seules 15 % des personnes concernées engagent une démarche pour la faire reconnaître.
En pratique, la mobilisation est plus élevée en cours de carrière. Cependant, même dans ce contexte, le recours reste entrepris par moins d’un individu sur deux (46 %). Les jeunes et les personnes discriminées car perçues comme non blanches, bien que plus exposées, sont aussi celles qui se mobilisent le moins.
Les principaux freins évoqués ? La crainte d’une démarche jugée inutile ou sans effet, voire de représailles.
| Pour aller plus loin |
Visionnez l’épisode 3 de la saison 3 de T’as raté le coche, le podcast RH.
Entreprise inclusive ? Racisme, sexisme, homophobie sont encore là avec Christelle Vaugelade-Kalipé (DRH Bene Bono), Fabian Caldarella (Head of recruitment Artemys) et Michèle Ruffault (formatrice et conférencière).
Source(s) documentaire(s) :
- Les évolutions des discriminations dans l’emploi entre 2016 et 2024, Défenseure des droits x OIT 2025

