L’holacratie est-elle encore une utopie en 2020 ?

L’holacratie est le nom donné au concept de l’entreprise libérée. Il y a quelque temps, myRHline se demandait dans un article si dans le cadre de l’holacratie, les équipes autogérées étaient vraiment viables. Après des années de mise en pratique, plusieurs dirigeants tirent des conclusions plutôt négatives sur l’holacratie… même si les avis restent divisés.

L’entreprise libérée qui fonctionne est-elle une question de dosage ?

Michel Perrin, directeur de la PME suisse Uditis, est revenu dans un article du Temps sur l’échec de l’holacratie dans son entreprise : “L’idée était que chacun se débrouille et fasse son travail en étant autonome et engagé. C’était typiquement le modèle de l’entreprise libérée. Mais c’est un modèle qui ne fonctionne pas, parce qu’il est dogmatique, alors que certaines personnes n’aiment pas être autonomes, ou avoir des responsabilités.

Après avoir pris des distances avec le modèle initial de l’entreprise libérée et avoir co-écrit de nouvelles règles avec les collaborateurs, l’entreprise fonctionne désormais selon sa propre organisation : plus d’horaires fixes, des associés moins consultés et des collaborateurs plus autonomes… sans pour autant avoir brisé toutes les normes de l’entreprise traditionnelle.

Le secret de la réussite de l’entreprise libérée serait-il de ne pas l’adopter à 100 % ? 

Certains principes de l’holacratie relèvent essentiellement de l’agilité, de la souplesse et de la flexibilité. Avancer dans ces directions est déjà un point positif.

Des solutions pour faire prospérer une holacratie en 2020

Bernard Marie Chiquet est le Fondateur de l’institut iGi, créateur du management constitutionnel, auteur, professeur et Master Coach en Holacracy. Dans un article pour Forbes, il raconte pourquoi de nombreux dirigeants ont connu l’échec avec l’implémentation d’une holacratie.

Sans patron ni cadre, sans structure donc, comment une entreprise peut-elle continuer son activité comme avant ? 

Bernard Marie Chiquet se pose la question de savoir comment faire fonctionner l’organisation sans fonctions managériales : “Rien ne peut fonctionner si personne n’est prêt, et a fortiori apte, à assumer les décisions, à prioriser les projets. Sans hiérarchie ni gouvernance, chacun se pense légitime pour donner son avis, participer aux processus de décision. L’écoute et le dialogue prônés se transforment en un brouhaha stérile.

Une vision très pessimiste de l’entreprise libérée, certes… mais pourtant vécue par beaucoup d’entreprises.

Ses pistes pour réussir avec l’entreprise libérée se basent, de manière contre-intuitive, sur la structure : “Mettre de la structure reste le véritable préalable au bon fonctionnement de l’organisation, et le management en est le socle.

Il explique aussi l’importance de créer une “Constitution” pour établir des règles simples partagées par chacun au sein de l’organisation : “Tout attendu est explicite, gouvernance et processus. Point de règle qui ne soit explicite. Chacun peut désormais devenir autonome et responsable, apte à décider et à prioriser.

L’holacratie n’a donc pas vocation à devenir anarchie, mais à créer un modèle d’entreprise plus axé sur le self-management, l’autonomie et la démocratie.

Au-delà de l’entreprise libérée

Et si la plupart des entreprises se disant libérées ou adeptes de l’holacratie faisaient fausse route ? Début 2020, Thierry Weil et Anne-Sophie Dubey de La Fabrique de l’Industrie ont publié une note pour redéfinir l’entreprise libérée d’aujourd’hui. Analysant les différentes pratiques existantes et les points de vigilance à surveiller, ils reviennent sur l’essence même de ce concept encore parfois flou.

Dans ce papier intitulé “Au-delà de l’entreprise libérée”, des réponses sont apportées aux principales questions sur l’holacratie :

  • Comment développer et pérenniser l’autonomie ?
  • Quelles sont les étapes et l’instrumentation utilisée ?
  • Quelles sont les difficultés rencontrées et comment les surmonter ?

L’entreprise libérée reste médiatisée, tantôt pour ses bienfaits, tantôt pour ses dangers. Le nombre d’entreprises qui s’y risquent continue toutefois d’augmenter et alors que certaines réussissent, d’autres retournent à une organisation pyramidale.

 
Brice SCHWARTZ

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