Lexique iconoclaste de la formation : Teasing

par La rédaction

Faut-il teaser la formation ? En bon français, faut-il aguicher les apprenants ? La formation devient-elle aguicheuse ? Cette technique issue de la vente est-elle une illustration de la marchandisation de la formation ? Que penser de cette technique d’accroche pour le monde de la formation ?

 

Teaser, aguicher, peut prendre plusieurs sens, aguicher, c’est séduire, attirer dans ses filets, détourner du droit chemin… rien de bien morale. Mais abstraction faite de la morale, le marketing a repris la technique pour développer une technique d’accroche, attacher à un croc, comme technique initiale d’une relation durable. De quoi s’agit-il ? Eveiller la curiosité, capter l’attention. La technique est simple, proposer un message incomplet dont l’épisode suivant est attractif. Teaser, c’est attirer pour attirer. En 1981, sur les panneaux d’affichage une jeune femme en maillot de bain annonçait « le 2 septembre, j’enlève le haut », et ce fut fait avec un mot « le 4 septembre, j’enlève le bas », et effectivement le 4 septembre ce fut fait avec un mot « l’afficheur qui tient ses promesses ». La transgression pour éveiller l’attention. Que peut-on en dire pour le monde de la formation ?

 

Dans un monde d’infobésité, la formation a un devoir d’audience, être capable de mobiliser le temps de cerveau disponible des apprenants. Accrocher l’apprenant, le marketing de la formation devient un outil essentiel dans l’économie de l’attention. Cela n’a rien de nouveau, l’art de la rhétorique des anciens proposait déjà des accroches qui n’ont rien à envier aux pitchs actuels. Mais la tendance est à l’impact, faire beaucoup en peu de temps. On retrouve tout le talent d’un Voltaire ou d’un Oscar Wilde qui savait trouver les mots pour se dire. Il y a aujourd’hui avec le teasing une façon de transmettre nouvelle avec un vocabulaire et une grammaire qui gardent l’attention, une nouvelle pédagogie qui va bien au-delà de la simple accroche.

 

La pédagogie teasée est une pédagogie événementielle. Il s’agit de progresser par sauts pédagogiques. Mais pour sauter, il faut capter toute l’attention de l’apprenant, c’est le rôle du buzz, faire du bruit, ébruité l’événement, teaser le show, l’événementiel. La force de l’attention dans l’apprenance est que cela renforce la durabilité de la mémorisation et l’efficacité de la formation. L’ingénierie pédagogique devient un travail de cristallisation du temps apprenants autour d’un moment fort de la formation. Le travail de cristallisation est un travail d’écriture entre des temps forts et des temps faibles pour ne pas fatiguer l’apprenant. Et les temps forts nécessite une codification du temps, un travail de préparation de monter en tension pour stimuler la curiosité apprenante.

 

Le fait d’utiliser le teasing permet de penser la formation comme un media. La théorie de l’information peut venir au secours de la formation pour travailler la transmission en infobésité, les médias sont déjà en concurrence d’attention, et in live, une nouvelle vie donnée à la formation, sortir des formations aseptisées pour proposer des formations où il se passe quelque chose. Il s’agit de prendre en compte l’apprenant dans sa dimension émotionnelle et physiologique, une formation au plus près de la réalité de l’apprenant et non de sa fiction. Une belle histoire à écrire.

 

Stéphane Diebold

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