Discriminations au travail : le silence est d’or

par La rédaction

Le silence reste souvent de mise face aux situations de discriminations dans le monde du travail, qu’il s’agisse des victimes ou des témoins. La hausse du chômage et la crainte grandissante de la précarité n’y sont sans doute pas étrangères mais tout de même ! En 2011, sur 1266 réclamations enregistrées par la HALDE au premier semestre et le Défenseur des droits* au second, plus de la moitié portait sur la question de l’emploi. Discriminer mais aussi ne pas dénoncer les comportements discriminants serait donc devenu monnaie courante dans l’entreprise du XXIème siècle ? Réponse

 

Le 25 janvier dernier, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), le Défenseur des droits et l’Organisation internationale du travail (OIT) rendaient public les résultats du 5ème « Baromètre sur la perception des discriminations au travail : regard croisé salariés du privé et agents de la fonction publique ».

Réalisé par l’institut CSA auprès d’un échantillon représentatif de plus de 1 000 personnes, salariés du privé et agents de la fonction publique, ce sondage confirme que la discrimination s’est instillée à tous les niveaux de l’entreprise, privée comme publique.

 

En effet, plus d’un quart des salariés et agents ont le sentiment d’avoir déjà été victime de discrimination dans le cadre de leurs activités professionnelles et plus d’un tiers en ont été témoins. Parmi les premiers critères de discrimination cités par les victimes : le sexe, la maternité et l’âge pour les salariés du privé. Bien qu’en baisse, la proportion d’individus témoins d’une discrimination demeure à un niveau élevé : 34 % dans la fonction publique (-8 points) et 38 % dans le secteur privé (-6 points). « La discrimination dans le monde du travail est perçue comme une situation inacceptable. Toutefois on mesure une crainte de la combattre ou de la dénoncer.

Sans relâche il faut faire savoir que des recours existent et qu’ils ne fragilisent pas ou n’exposent pas les victimes », indique Dominique Baudis, le Défenseur des droits.

 

Qui discrimine qui ?

 

Dans 87 % des cas, la discrimination a lieu au cours de la carrière quand étonnamment seulement 13 % concerne l’accès à l’emploi. Sans surprise aucune, l’auteur le plus fréquemment cité des discriminations vécues et observées reste le supérieur hiérarchique direct.

Et c’est bien là, tout le problème. En effet, face à une discrimination dont ils sont victimes ou témoins, 42 % des salariés du privé ne réagissent pas ou se taisent. C’est 11 % de plus qu’en 2010. « L’accès à a parole sécurisée est un enjeu de premier ordre », réaffirme Catherine Tripon, porte-parole de l’Autre Cercle la fédération nationale des associations d’homosexuels et homosexuelles luttant contre les discriminations.

C’est là que les représentants du personnel et les syndicats ont un rôle important à jouer. Sont-ils jugés efficaces pour défendre les salariés et les agents publics confrontés à une discrimination sur leur lieu de travail ? 75 % affirme que c’est le cas dans la fonction publique pour 61 % dans le secteur privé.

 

« Il est important que les éléments du dialogue social soient cités par les salariés comme un des moyens les plus efficient pour résoudre ces problèmes liés à la discrimination », précise Jean-François Trogrlic, Directeur du bureau parisien de l’OIT. Et cela semble être le cas puisque 92 % des agents de la fonction publique et 88 % des salariés du privé estiment que les mesures visant à lutter contre les discriminations au travail doivent être discutées dans le cadre du dialogue social.

Le mot de la fin ?« Il y a néanmoins, un élément rassurant : le monde professionnel reste un lieu de vie où l’acceptation de l’autre apparaît de meilleure qualité que dans le reste de la société », affirme le Directeur du bureau parisien de l’OIT. Nous voilà rassuré…

 

 

Emilie Vidaud

 

 

*Le Défenseur des droits est une autorité administrative indépendante. Cette institution succède au Médiateur de la République, au Défenseur des enfants, à la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) ainsi qu’à la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS)

 

 

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