CV vidéo : tout un programme

par La rédaction

Longtemps cantonné aux domaines créatifs, de l’informatique et de la communication, le CV vidéo trouve désormais des adeptes dans tous les corps de métier.

Le CV vidéo est-il efficace ? Comment s’y prendre pour ne pas entacher son e-réputation ? Son utilité et son mode d’emploi sont très subjectifs. Pour éviter les erreurs et suivre les bons exemples, la meilleure méthode reste l’observation des flops et des tops. En voici un aperçu.

 
Les CV chantés
 
« La vie, c’est plus marrant. C’est moins désespérant, en chantant », et chercher du travail aussi. Si la démarche n’est pas nécessairement plus fructueuse que le bon vieux pack CV + LM, elle a le mérite de divertir, à la fois son réalisateur et ses spectateurs, parmi lesquels, peut-être, de potentiels recruteurs. Le CV vidéo se veut une démonstration d’originalité, mais surtout des compétences techniques, voire artistiques. Condition sine qua non : maîtriser les bases de l’audiovisuel. Attention à la qualité de l’image et du son ainsi qu’au format et à la durée de la vidéo.
 
« Etre bon dans son job ne suffit pas toujours pour se faire remarquer », commenteNicolas Catard, alias Stivostin, au bas de son CV vidéo déposé en septembre 2009. « Cet excellent chef de projet » décide alors de chanter ses 10 ans d’expérience web plutôt que de les mettre sur papier. Il rédige quelques couplets en anglais pour démontrer ses aptitudes linguistiques.
 
« Je veux travailler (…) je ne veux pas rester à ne rien faire toute la journée », entonne-t-il. Pour s’occuper pendant ce laps d’inactivité volontaire, il réalise donc un CV vidéo et se fait connaître. En deux jours, son clip est visionné plus de 20 000 fois. « Je ne suis pas un professionnel, j’ai fait le morceau et le clip tout seul, avec les moyens du bord, et ça vaut ce que ça vaut », annonçait-il, avec modestie. La vidéo a aujourd’hui été vue près de 115 000 fois, son auteur est entré dans le Star Système du Web et a fait du « buzz » un business.
 
« J’ai trouvé un job ! », s’exclame-t-il, toujours en chanson, 8 mois après la mise en ligne de sa première vidéo. « Le job que je cherchais », précise-t-il. Dans ce nouveau clip, il s’affiche aux côtés de plusieurs « chômeurs en recherche active à qui j’ai voulu donner de la visibilité ».
 
Mais, si la fin des comédies musicales est toujours heureuse, la réalité est plus rude, et cela quelque soi les talents chorégraphiques et les performances vocales de chacun. L’originalité est un pari, dont le succès est très aléatoire. Le CV vidéo d’Isabelle Moreau, vu plus de 53 000 fois, a surtout fait des émules moqueurs. Sur l’air du tube de Sœur Sourire, elle chante son envie de trouver un emploi dans la communication. Le clip « Isabelle communique-nique-nique » est désormais classé dans les rubriques « humour ».
 
Les CV d’artistes
 
En 2004, Alexandre Guéniot « ne savait plus quoi faire d’original pour son CV » et « décide [lui-aussi] de le chanter », sur l’air d’une musique folk américaine. Il se démarque des exemples précédents car il ne se met pas lui-même en scène, mais crée un personnage à son effigie qui se balade dans un univers animé. L’adepte de l’originalité et du graphisme n’en est pas à sa première tentative de CV décalé. Avant cette animation Flash, il avait essayé le CV imprimé sur papier photo en couleurs, orné des personnages dont il est le créateur. Parmi eux, la mascotte de Polytech’ Montpellier, qui apparaît également sur ses cartes de visite. Objectif : « qu’ils ne puissent pas le jeter à la poubelle », argumente-t-il sur son site[1].
 
D’autres idées des plus farfelues lui étaient passées par la tête, comme « un hélicoptère qui balancerait des cartes de visites partout (avec mon CV au dos) », raconte l’artiste. Ou, plus sobrement, un T-shirt « A vendre ». Son CV Flash fut « un succès planétaire », dixit son auteur, carte de la répartition des visiteurs à l’appui. Parmi le « millier d’e-mails » de réponses, il reçoit une « centaine d’offres d’emploi dans les premiers mois et beaucoup d’offres alléchantes ». Plusieurs émanent de Microsoft, chez qui il décroche un stage, transformé, en 2005, en CDI.
 
Un autre exemple de CV animé, celui de Jean-Benoist Werth a le mérite d’être parmi les plus courts (1min16), concis et efficaces. « Ca, c’est moi, en 2001 », commence-t-il. A l’écran s’affiche un personnage Lego. A mesure que le bonhomme jaune tourne sur lui-même et revêt plusieurs costumes, la voix-off énumère ses différents postes et les étapes de sa vie : de l’école de commerce à Euro RSCG en passant par la CCI de Nice et jusqu’à la création de sa start-up. « Là, c’est ma boîte et moi en train de se faire dévorer par la crise de 2009 », poursuit le graphiste, sur le même ton invariablement calme, avant de s’afficher « nu », en recherche d’emploi.
 
De formation artistique et amatrice de théâtre, Florence Porcel, alias Fleur de Cent-Lys, s’inspire, non des films d’animation, mais du 7ème art et de Jean-Pierre Jeunet pour réaliser un CV « façon Amélie Poulain », comme elle l’intitule elle-même. Mis en ligne en novembre 2009, il a été vu plus de 50 000 fois et retenu l’attention de Nicolas Catard, aux côtés duquel elle tourne un « tube de l’été » en août 2010.
Dans son CV, elle se présente, à la troisième personne, comme une étudiante en journalisme culturel. Ou « presque », car pour le devenir, elle a besoin de trouver un contrat d’apprentissage en alternance. C’est dans ce but qu’elle réalise son court-métrage. Quatre mois plus tard, elle informe ses « fans » qu’elle a trouvé un poste de journaliste web. « Ce n’est malheureusement pas un contrat d’apprentissage, mais un stage » que « je n’ai pas trouvé grâce à ma vidéo ».
 
Le CV inclassable
 
La vidéo de Mathieu Vaidis, tournée en 2007 sur l’esplanade de la Défense, restera dans les anthologies. Et cela même si elle est de plus en plus difficile à dénicher sur Internet tant ses parodies sont nombreuses.
 
« Je vais tenter de vous dire, en trois minutes… », commence la vidéo. Puis il faut tendre l’oreille pour distinguer la suite. Toutes ses phrases sont inaudibles, couvertes par une bande-son (« Relax » de Mika) dont le choix reste mystérieux et les bruits de fond des différents espaces de tournage. Sur le plan technique, il est cité par nombre de sites de conseil en création de CV vidéo, comme l’exemple à ne pas suivre.
 
La victime de ce « buzz négatif » – il l’avoue lui-même – s’est aujourd’hui évanouie de la sphère Internet. Sur son blog (www.vaidis.com), la vidéo a disparu, remplacée par un appel au soutien à UNICEF. Le « malheureux initiateur » de ce CV explique : « [je souhaite] que vous puissiez m’aider à ce que toute visite de mon site puisse être à terme utilisée par la communauté au service d’une noble cause ». Malheureusement, la pirouette ne suffit pas à redorer le blason de son e-réputation.
 
Le CV réalité
 
Le CV vidéo tend à se standardiser et à s’affranchir de ses fioritures. Le seul fait d’utiliser un logiciel de montage en lieu et place d’un traitement de texte constitue une prise de risque. Héritiers de la vague d’originalité qui sévit depuis 2004, les candidats actuels au CV vidéo se révèlent plus classiques. Nombreux se mettent en scène dans leur quotidien professionnel et ne cherchent pas le buzz. Plutôt que de diffuser leur création sur les géants de la vidéo virale, ils optent pour des sites dédiés, comme YouJob, KlipJob ou encore Easy-CV.
 
Certains sites de recrutement, à l’image de CarrièreOnline, ont saisi l’opportunité et lancé leur web TV. Au milieu des conseils pratiques et des fiches métiers s’intercalent plusieurs CV vidéo. La plupart ne sont ni chantés ni artistiques. Tels des présentateurs TV, les candidats exposent leurs compétences et expériences, avec incrustation de texte à l’arrière plan. Simple… et efficace ?
 
 
 Typhanie BOUJU
 

 

Articles RH relatifs

Laisser un commentaire