L’intelligence artificielle accélère tout. Les tâches, les flux d’information, les injonctions à produire, et même le rythme des transformations. Mais une variable reste stable : notre capacité humaine à traiter l’information. Dans cet épisode de HR Tech Stories, Christophe Patte reçoit Jérémy Lamri pour poser une question simple: l’IA va-t-elle saturer nos cerveaux avant d’augmenter notre performance ?
L’IA est partout, et chacun y va de sa prédiction. Pourtant, le débat se focalise encore trop souvent sur la technologie elle-même : ce qu’elle sait faire aujourd’hui, ce qu’elle ne sait pas faire, et le moment où elle remplacera tel ou tel métier. Une lecture trompeuse, car elle masque le vrai sujet : l’IA ne change pas seulement les outils. Elle change le tempo du travail.
Dans cet épisode de HR Tech Stories, Christophe Patte échange avec Jérémy Lamri, CEO de Tomorrow Theory. Ensemble, ils déplacent l’angle d’analyse. Comment l’IA recompose-t-elle la charge cognitive au travail ? Pourquoi l’accélération technologique peut-elle servir à prédire les risques psychosociaux ? Et quel rôle les RH doivent-ils jouer pour préserver la capacité d’apprendre, de se concentrer et de créer de la valeur ?
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Intelligence artificielle, rythme de travail et capacité humaine
Comme l’explique Jérémy Lamri dans HR Tech Stories, l’erreur la plus fréquente consiste à conclure que, puisque la technologie n’est pas « au niveau » aujourd’hui, elle ne bouleversera rien demain. Or, l’IA avance vite, et ce qui paraît marginal à un instant T peut devenir structurant quelques mois plus tard.
Dans les organisations, cette accélération augmente la quantité d’informations à traiter, la complexité des décisions, et le niveau d’attention requis pour naviguer entre des tâches de plus en plus fragmentées. Or, face à cette intensification, la capacité humaine n’est pas extensible. On ne rajoute pas de mémoire vive à un cerveau, CQFD.
Le risque est donc celui d’un décrochage cognitif progressif. Pas une « panne » brutale, mais une saturation. Avec des individus finissent par ne plus pouvoir absorber, prioriser, ni se concentrer.
L’échange explore aussi un biais collectif : se rassurer en se disant que l’humain trouvera toujours refuge dans ce que la machine ne sait pas faire. Une posture défensive qui, pour Jérémy Lamri, manque de perspective. L’enjeu n’est pas de se « planquer » dans des angles morts technologiques. L’enjeu est de décider quel modèle de travail on veut construire, si la technologie peut, potentiellement, automatiser une part croissante des processus.
Soutenabilité de la charge cognitive
Pour comprendre ce qui se joue, Jérémy Lamri propose une grille de lecture très opérante : la charge cognitive. Autrement dit, la quantité d’informations à traiter sur une période donnée, et l’énergie nécessaire pour le faire.
Il distingue notamment le travail de fond, celui qui permet de créer de la valeur, et une charge parasite qui vient le perturber. Interruptions, changements de tâche, sollicitations numériques, réunions sans objectif : ce bruit organisationnel consomme une énergie disproportionnée. Le simple fait de « switcher » en permanence épuise, et empêche de maintenir l’attention sur ce qui compte.
D’après lui, c’est même l’un des paradoxes actuels du travail cadre : une grande partie de l’effort intellectuel se dissout dans des activités qui ne produisent pas de valeur durable. Et l’IA, si elle est intégrée sans cadre, peut amplifier ce phénomène. Elle fait gagner du temps, donc elle augmente le rythme, donc elle pousse à en faire plus. Sans réduire les parasites.
En ce qui concerne la responsabilité, Jérémy Lamri ne parle pas d’une injonction individuelle à « mieux gérer son attention ». Il renvoie plutôt à la structure : processus, environnement de travail, et capacités d’apprentissage. Sans un contexte qui protège la concentration et la montée en compétences, les discours sur les skills-based organizations (SBO) restent des concepts. Une organisation apprenante ne se décrète pas, elle se construit par des conditions concrètes.
Pour aller plus loin
L’IA va-t-elle réellement augmenter nos capacités, ou accélérer notre épuisement ? Comment distinguer ce qui crée de la valeur de ce qui consume l’énergie cognitive ? Et comment les RH peuvent-ils construire un cadre protecteur, sans freiner la performance ?
Toutes les réponses dans HR Tech Stories, le podcast vidéo RH qui explore comment la technologie transforme les pratiques RH.
À propos de Tomorrow Theory
Tomorrow Theory est un studio d’innovation RH dédié à l’analyse et à l’anticipation des transformations du travail. Fondé par des acteurs engagés de l’écosystème RH, il accompagne les organisations sur des sujets clés comme l’IA, les compétences, la santé mentale et les nouveaux modèles organisationnels, avec une conviction forte : la technologie n’a de valeur que si elle renforce l’humain.


L’invité HR Tech Stories