Et si nous avions tendance à surestimer l’importance du salaire fixe au détriment d’une vision plus globale et stratégique ? C’est autour de cette interrogation que s’est déroulé notre dernier rendez-vous Bibliothèque RH.
À cette occasion, nous avons accueilli Sandrine Dorbes, experte en rémunération et autrice de l’ouvrage La rémunération n’est pas qu’une question d’argent, éditions Dunod. Une discussion riche en éclairages sur les multiples dimensions – culturelles, émotionnelles et sociales – qui façonnent notre rapport à la rémunération.
Lever le tabou culturel : pourquoi l’argent reste une question sensible ?
Dans les entreprises françaises, la rémunération demeure un sujet hautement sensible. Selon une étude, seulement 17 % des Français se sentent à l’aise pour parler de leur salaire, et à peine un sur dix communique le montant exact de sa rémunération. Ce tabou culturel, ancré profondément dans notre histoire et nos croyances collectives, freine les discussions ouvertes autour de la reconnaissance salariale.
Cette gêne s’étend jusqu’aux entreprises elles-mêmes. Dans son livre, l’autrice révèle que nombre d’organisations ont accepté de témoigner, mais ont exigé l’anonymat, parfois après validation par plusieurs services internes. Une frilosité révélatrice du malaise ambiant, car même pour partager des bonnes pratiques, certaines entreprises n’ont pas voulu être citées.
Ce silence, souvent dicté par la peur d’un retour de bâton, contribue à entretenir le flou et les malentendus autour des politiques de rémunération.
Si on parle publiquement d’équité salariale, on prend le risque qu’un salarié nous rétorque : ‘Page 27, vous avez dit que…’, et de voir surgir des revendications ».
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Vers une approche plus stratégique et humaine de la rémunération
Pour dépasser ces blocages, Sandrine Dorbes plaide pour une approche globale, structurée et cohérente de la rémunération. Cela passe par la mise en place de règles claires, partagées et compréhensibles, même dans les petites structures. Comme elle l’indique, après tout :
Une politique de rémunération, ce n’est rien d’autre qu’un ensemble de règles appliquées à tout le monde.
Elle souligne également l’importance de la communication régulière sur le sujet. Trop souvent, les RH n’abordent la rémunération qu’au moment de l’entretien annuel ou en réponse à une demande. Or, pour désamorcer les tensions, il faut parler de rémunération plus fréquemment, dans une logique de transparence progressive.
Un exemple évoqué pendant le webinaire : les bilans sociaux individuels. Sandrine raconte comment, en tant que salariée, elle avait complètement oublié une prime reçue un an plus tôt. Ce n’est qu’en relisant son bulletin de paie qu’elle en a pris conscience. D’où l’intérêt de documenter et d’expliquer régulièrement les éléments de rémunération.
Par ailleurs, elle souligne également l’importance de reconnaître l’émotionnel pour renforcer l’équité. En effet, la rémunération n’est pas seulement un sujet comptable, mais aussi un marqueur de reconnaissance, de valeur perçue et d’estime de soi.
Pour désamorcer cette tension, elle recommande aux RH et aux managers d’écouter activement les ressentis, de recadrer les discussions sur les règles en place, et surtout d’accepter les désaccords :
On n’a pas besoin que tout le monde soit convaincu, on a besoin que chacun comprenne ce qu’on fait et pourquoi on le fait.
À travers son expertise et ses anecdotes, Sandrine Dorbes nous invite à sortir de l’ombre ce sujet souvent évité, pour le penser avec plus d’humanité, de clarté et de cohérence. Son livre, « La rémunération n’est pas qu’une question d’argent », s’impose comme un guide précieux pour toutes les entreprises qui souhaitent repenser leurs pratiques RH en profondeur.