Rapport d’étude : violence sexuelle et sexisme au travail

par Laurène Boussé

La lutte contre les violences sexuelles et le sexisme en entreprise est encore malheureusement d’actualité. Grande cause du quinquennat, l’égalité femmes hommes demeure un objectif à atteindre dans le milieu professionnel. Selon le sondage Ekilibre Conseil – OpinionWay, 60% des salariés ont été exposés à au moins un agissement à connotation sexiste ou sexuelle en entreprise. Environ 16,5 millions d’actifs sont donc concernés.

L’enquête fait suite à l’entrée en vigueur, le 31 mars 2022, de la loi visant à renforcer la prévention en matière de santé au travail (découvrez notre article sur la loi du 2 août 2021). Celle-ci intègre désormais le sexisme dans le champ du harcèlement sexuel. L’étude a été réalisée en ligne auprès d’un échantillon représentatif de 1009 salariés du public et du privé, entre le 21 février et le 2 mars 2022.

 

«  Le terreau de la violence sexuelle, du sexisme en entreprise et des agissements à connotation sexuelle est présent dans le quotidien professionnel, dans l’ordinaire des situations de travail. »
Jean-Christophe Villette, Directeur associé Ekilibre Conseil

 

Que nous dit l’étude en matière de violence sexuelle et de sexisme en entreprise ?

Les chiffres clés

Au cours des 12 derniers mois :

  • Près d’1/10 salarié a subi des contacts physiques sans consentement, de façon régulière pour la moitié. Parmi eux, 75% ont fait l’objet de contacts sur la bouche, la poitrine, le sexe, les fesses ou les cuisses.
  • 40% des répondants déclarent ne pas avoir pu réagir ou s’exprimer sur le moment. Effectivement, 42% d’entre eux ont ressenti de la peur (peur des conséquences, peur des critiques en retour, peur de ne pas être entendu.e, peur d’être jugé.e, peur pour sa sécurité…).
  • Concernant le sexisme en entreprise, 21% des salariés ont fait l’objet de remarques appuyées concernant leur physique ou leur tenue.
  • 1/2  salarié (47% des répondants) a entendu des “blagues” à connotation sexuelle, et 38% ont entendu des “blagues” se référant spécifiquement au genre d’une personne. Les “blagues” représentent donc le type d’agissement le plus fréquent concernant la violence sexuelle et le sexisme en entreprise.

 

 

Comment se traduit la violence sexuelle ?

Selon  l’enquête, 14% des collaborateurs interrogés ont subi des regards insistants sur une partie de leur corps, des sifflements, des gestes ou des bruits grossiers à connotation sexuelle (21% des femmes interrogées, 7% des hommes). Ainsi, 3,85 millions de personnes sont concernées par cette violence sexuelle. Par conséquent, 3 millions de femmes vivent des actes de sexisme en entreprise.

Environ 10% des personnes interrogées ont fait l’objet d’une demande, de manière directe ou indirecte, d’un acte de nature sexuelle. Le taux atteint 13% chez les femmes, 8% chez les hommes, ce qui représente environ 2,75 millions de personnes.

 

«  La différence entre une violence sexuelle et la séduction c’est le consentement. La notion de consentement est très importante. Le consentement c’est un oui, et ne rien dire ce n’est pas consentir. »
Jean-Christophe Villette, Directeur associé Ekilibre Conseil

 

 

Lutte contre la violence sexuelle et le sexisme en entreprise : comment agir ?

Ce qu’en pensent les salariés 

  • Près d’1/2 salarié pense que son entreprise doit faire des efforts dans la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Pourtant, cette lutte est décrite comme un enjeu majeur pour 83% des personnes interrogées
  • Environ 76% des collaborateurs interrogés affirment que les manifestations liées à la violence sexuelle et au sexisme en entreprise ne diminuent pas. Au contraire, 14% d’entre eux pensent que la violence sexuelle augmente. Les auteurs de ces actes sont principalement des collègues (à 58%).

Mais, seulement 19% des répondants affirment avoir reçu du soutien auprès du service des ressources humaines. Les réactions les plus adaptées et aidantes face à la violence sexuelle et au sexisme en entreprise sont pour 36% celles des collègues, pour 24% celles du supérieur hiérarchique direct. 

 

« La plupart des grandes entreprises sont en mouvement sur ce sujet avec les plans d’action relatifs à l’égalité professionnelle, des formations auprès des cadres, la nomination de référents harcèlement sexuel dans les entreprises… Mais il faut continuer les efforts et faire en sorte que la prévention s’inscrive dans le quotidien des activités de travail, et pas simplement dans une intention prescrite. »
Jean-Christophe Villette, Directeur associé Ekilibre Conseil

 

Violence sexuelle : des conséquences néfastes 

  • 37% des répondants estiment que leur bien-être au travail en a pâti (6 millions de personnes)
  • Pour 33%, c’est leur motivation au travail qui a été impactée (5,5 millions de personnes)
  • 30% des répondants affirment que leur confiance en eux a été altérée

 

Quelles actions mettre en place pour lutter contre la violence sexuelle et le sexisme ?

  • Actions de sensibilisation : pour 60% des personnes interrogées
  • Sanctions : pour 39% des personnes interrogées. Les sanctions font partie des actions clés à mettre en place.
  • Démontrer l’exemplarité des dirigeants de l’entreprise
  • Promouvoir une politique engagée dans la lutte contre les violences sexuelles et sexistes
  • Favoriser l’égalité hommes femmes dans l’entreprise
  • Nommer et former des référents dédiés
  • Mettre en place des actions de formation
  • Organiser des ateliers thématiques pour favoriser le dialogue
  • Pouvoir recueillir des alertes, et réaliser des enquêtes spécifiques et impartiales en cas d’alerte
  • Donner la possibilité aux victimes d’être écoutées, accompagnées et protégées

 

Laurène Boussé

 

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